Chapitre LL 1i
Sans doute, il n’en est pas toujours ainsi; mais lorsqu'on songe aux difficultés de tout ordre que la société accumule autour de ces ménages libres; lorsqu’on songe que le plus souvent, par suite même de ces difficultés, les unions libres s’établissent entre personnes appartenant à des classes différentes et conséquemment éloignées les unes des autres par leur éducation, on ne peut être étonné que d’une chose, du
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nombre considérable de ces unions qui résistent à
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toutes les causes de destruction dont elles sont entou-
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We: est à se demander si la liberté n’est pas une cause de constance e et si le divorce n’amènerait pas l'union dans les familles comme la République entraîne l’ordre dans la rue et l’union entre les citoyens.
Lorsqu'un époux qui aime son conjoint sent que ce dernier peut l’abandonner, il veille sur sa propre conduite : l’autre en fait autant et il en résulte une foule de concessions et de prévenances réciproques qui font naître l’harmonie.
Lorsque, au contraire, les époux peuvent se reposer
. sur les droits que la loi leur confère, les concessions deviennent plus rares, les prévenances disparaissent, et, là où la liberté et une crainte salutaire du divorce auraient amené l'harmonie, l’ndissolubilité du mariage entraîne la discorde.
D'ailleurs, en dehors même :le la loi, est-ce que les difficultés de.la vie matérielle ei l'amour des enfants,
i2 Le Divorce
lorsqu'il y en a, ne sont pas des chaînes naturelles plus fortes cent fois que celles que la loi peut établir ?
Le divorce n’a donc point pour effet de détruire la famille, et c’est au contraire au nom du droit à la famille que nous en réclamons le rétablissement.
Sans doute, si la loi avait puissance sur les intelligences et sur les cœurs; si, en décrétant l’indissolubilité du mariage, elle pouvait décréter en même temps que tous les époux s’aimeront avec constance ou tout au moins qu'ils comprendront leurs devoirs réciproques et sauront les remplir ; sans doute, alors, le mariage indissoluble serait une institution admirable : il réaliserait notre idéal. |
Mais la morale qui condamne l’inconduite, et la loi qui punit le crime n’ont pas la puissance de les empêcher, et c’est en cela que l’indissolubilité du mariage est funeste, parce que l'indissolubilité du mariage, c’est l’irrévocable.
Tous les jours nous voyons des femmes se tromper, et, là où elles croyaient lier leur sort à celui d’un honnête homme, s’allier à des misérables qui les trompent, qui gaspillent leur fortune, qui les battent et qui les abandonnent, sans que la loi, dénuée de sanction efficace, qui leur permet de se faire réintégrer dans le domicile conjugal, puisse les protéger contre cet abandon.
Tous les jours aussi, nous voyons des hommes honnêtes s’unir à des femmes qui déshonorent leur nom