‹ Le divorceChapitre 12 sur 151 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

et vont jusqu'à profiter de la fiction légale #s pater est pour introduire dans la famille des enfants qui, en fait, n’appartiennent pas au mari.

La situation du mari ou de la femme à

qui le hasard de la loterie matrimoniale n’a pas été propice est horrible, [ls ne peuvent pas échapper à cette alternative : l'enfer dans leur ménage ou la séparation ; souvent les deux, parce qu’on hésite longtemps avant de se décider au scandale d’une séparation et que, cependant, existence dans de certaines conditions devenant insupportable, on finit par y être fatalement entraîné.

Cette séparation, qu’elle soit amiable ou qu’elle soit judiciaire, quelle position fait-elle aux époux séparés — parmi lesquels, ne l’oublions pas, il y a le plus souvent un innocent, quand il n’y en a pas deux, c’est-àdire quand l'impossibilité de la vie commune ne résulte pas d’une simple incompatibilité d'humeur?

Elle les condamne à la solitude absolue, à la chasteté absolue ou au concubinage.

Il n'existe de joie, de bonheur ici-bas que dans l'intimité du foyer domestique, de la famille.

Ce bonheur-là, en principe, tous les citoyens peuvent y aspirer, sans doute ?

Eh bien! non. Tous ne peuvent pas y aspirer.

Il existe dans la société française une classe de pa- rias à qui la famille est interdite, qui n’ont pas droit au foyer domestique, à l’amour, aux joies de la paternité ou de la maternité. Ce sont les séparés de corps.

ue Le Divorce

À ceux-là, la loi dit : « Tu as un cœur qui veut aimer et vivre ; tu te sens capable d’élever des enfants et d’en faire des citoyens utiles. Je te le défends. Tu n’aimeras pas, tu n’auras pas d'enfants, tu dessécheras ton cœur dans l’isolement et la solitude; quand la vieillesse arrivera, tu seras soigné par des mercenaires et tu mourras en maudissant cette société marâtre qui t'a voué à l’égoïsme et à la souffrance, toi qui ne demandais qu’à te dévouer et à aimer! »

La loi leur dit encore :

« La nature a voulu que, comme tous les êtres de la création, l’homme eût la faculté de se reproduire. Elle est allée plus loin ; elle a voulu que cette faculté devint un besoin impérieux de sa nature. Elle a fait de la reproduction une fonction dont l’accomplissement est nécessaire non-seulement à la conservation de l'espèce, mais à la santé de l'individu. Pour toi, cette fonction est supprimée. Tu en soufiriras, tu pourras être atteint par une de ces maladies que provoque l'excès de la continence, tu en mourras peut-être; peu importe, je te condamne à la chasteté, à la continence absolue. »

Et comme l’être humain ne se soumet pas de gaîté de cœur à un châtiment auquel il lui est loisible d’échapper, il arrive souvent que le séparé fait sans la Loi ce que la loi ne lui permet pas de faire avec elle. On lui défend de se remarier légalement, il se livre au concubinage. Là où l’on aurait pu avoir deux ménages légaux, honorés, acceptés par la société ; deux ménages

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