‹ Le divorceChapitre 55 sur 151 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

dont la publicité le vouera cependant à la malignité publique? L’injustice, sans doute, est ici du côté du public : mais se trouve-t-il beaucoup d'hommes assez forts, assez courageux pour la braver? Est-on maître de détruire tout à coup le préjugé, et ne faut-il pas ménager un peu l'empire de cette opinion quelquefois injuste, J'en conviens, mais qui peut aussi, sur beaucoup de points, atteindre et flétrir, quand elle est bien dirigée, des vices qui échappent aux poursuites des lois ? | ù

« Si le divorce pouvait avoir lieu dans des cas semblables, sans éclat ét sans scandale, ce serait un bien, on serait forcé d’en convenir.

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Cés arguments sont sans réplique. Pourquoi donc le même homme qui les fait valoir propose-t-il, dans la loi de 1803, de rendre le divorce par consentement mutuel impossible : 1° quand le mariage est conclu depuis moins de deux ans; 2° lorsqu'il est conclu depuis plus de vingt ans; 3° lorsque la femme a dépassé sà 45° année; 4° lorsque les époux n’obtiennent pas le consentement de leurs parents quatre fois reproduit ?

Est-ce qu’une femme, dont le mari a atténté à la vie six mois après son mariage, ser4 moins intéressante que si elle était mariée depuis deux ans, et sera moins arrêtée par cette « honnêteté publique qui em-

96 Le Divorce pêche une femme de traîner son mari à l’échafaud, quoique cfiminel ? » sa

Est-ce qu’un mari, dont la femme a été adultère, aura moins souci de l'opinion publique parce que son mariage datera de vingt ans, ou parce que sa femme aura dépassé sa quarante-cinquième année ?

Enfin, qu'ont à voir les parents en cette matière ?

On comprend à la rigueur que le consentement des parents soit exigé lorsqu'il s’agit de conclure un mariage, parce que, à l'abri des entraînements de la passion, ils peuvent ainsi empêcher des unions désastreuses; et cependant la loi ne leur permet pas d’empécher, mais seulement de retarder un mariage en rendant nécessaires certaines formalités.

Mais lorsqu'un mariage est conclu et que la vie entre époux est intolérable, qui donc est le meilleur juge? les parents ou les parties intéressées ? Ne se peut-il même pas que les époux ne veuillent pas, par délicatesse, mettre leurs parents dans la confidence des faits qui dictent leur détermination? Et cependant, ici, où cette intervention ne s'explique plus, le législateur de 1803 faisait de ce consentement des parents, qui n’est pas une condition indispensable lorsqu'il s’agit d'un mariage à conclure, une condition indispensable lorsqu'il s'agissait d’un mariage à dissoudre par voie de consentement mutuel.

C'était une contradiction impossible à justifier et

ue l’on ne saurait faire revivre aujourd’hui.

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