‹ Le divorceChapitre 59 sur 151 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

Sur les deux premiers points, M. Léon Richer, dans l'ouvrage que, plusieurs fois déjà, j'ai eu l’occa= sion de citer, répond avec une logique serrée dans un passage que je ne saurais mieux faire qu: de reproduire : Lau

« Le devoir veut qu’un homme, qu’une femme à qui répugnent les obligations conjugales, ne restent pas soumis honteusement aux servitudes (ce ne sont plus que des servitudes) qu’impose forcément la cohabitation.

« Et je parle, en m’exprimant ainsi, non-seulement au nom du devoir moral, mais encore au nom du devoir religieux.

« J'ajoute que je parle au nom de la pudeur.

« Si quelqu'un ose me contredire sur ce dernier point, je me charge de lui répondre!

« Mais j'entends formuler une autre objection; celle-là, je l'avoue, m’émeut et me touche.

« C’est toujours du devoir qu’il s’agit, mais du devoir entrevu sous un autre aspect.

« Deux jeunes époux se sont liés l’un à l’autre, ils ont consenti librement, volontairement, une union basée tout à la fois sur les convenances et leur mutuelle affection ; ils se plaisaient, ils s’aimaient. L'un d’eux peut-il donc, plus tard, sous prétexte d'autonomie, de dignité, de respect de soi, exiger une rupture qui, peut-être, va jeter le désespoir dans l’âme de celui qui continue toujours d’aimer ?

« Oui! répondrai-je.

« Pas plus, entendez-vous bien, que vous n'êtes | tenu, par bonté de cœur, d’épouser l’homme ou la

femme qui vous aime, mais que vous n’aimez pas, Je

ne vous regarde pas comme obligé de rester la femme ou le mari de l'être que vous avez cessé d’aimer — que vous haïssez peut-être !

« Est-ce que vous tenez compte, avant le mariage, de cette délicate question de l’amour non partagé ? Vous jetez-vous généreusement dans les bras de la personne qui vous aime, pour lui éviter les larmes ? Non: vous détournez la tête, si vos affections vous portent ailleurs, et vous ne vous croyez pas bien cruel pour céla. DR ae

« La’ réponse peut paraître fort dure, je ne me le dissimule pas ; mais qu’on veuille bien y réfléchir, et l’on verra qu’au fond j'ai raison, Mon esprit se refuse à comprendre qu’un époux malmené par l’autre (la désaffection ne vient guère sans que des causes sérieusés l’aient amenée), ou même un époux qui n'aime plus — qui aime ailleurs, si vous voulez — soit contraint de se sacrifier au bon plaisir de son conjoint ; c’est, il me semble, pousser un peu loin le dévouement et l'abnégation. »

Quoi de plus juste ? Quoi de. plus vrai ?

L'amour seul enlève aux relations sensuelles le caractère de brutalité et de débauche, les moralise et les purifie.

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