I- E Juge, avec feu
La liberté consiste à faire Tout ce qui peut nous servir ou nous plaire. Sans nuire aux intérêts d'autrui :
Or, est-il d'intérêt plus sacré que celui
D' l'Être auquel on a donné naissance.
De l'Être dont le Ciel confie à notre cœur
Et la foiblesse et l'innocence, Et qui peut , en sortant de notre dépendance ; Nous demander un jour compte de son bonheur ? Martin.
Mais vous savez que la masse commune De la fortune des parens Assure pour jamais l'intérêt deî enfans.
LE Juge, tris-vlvemcnt.
11 s'agit bien de la fortune !
Quand l'innocence et la vertu Sont en danger, tout est perdu.
Martin.
Où voyez-vous ? . . .
LE Juge.
Je vois un époux , une mère Loin du toît conjugal exilés sans retour; Et je vois leur enfant isolé sur la terre , Privé , presque en naissant , de bonheur et d'amour:
Mais leur amour pour lui sera toujours le même
LE Juge.
Eh ! doit-on s'éloigner de l'Être qjlkl'on aime ?
Martin.
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L'aim3-t-on moins quand on en est absent? ^
Oui , l'amitié ressemble à la lumière
Qui s'afloibliî en s'éloignant.
C'est dans ses bras qu'on doit élever son enfant j
C'est entre son père et sa mère .
Qu'il doit croître au sein de l'amour.
C'est là qu'il doit recevoir tour à tour ^ |
Et rendre innocemment caresse pour caresse. Il faut ( car l'amitié d'un seul ne suffit pas ) Que des bras de son père il passe dans les bras De sa mère, et, lui seul ^ épuise leur tendresse. Enfin , pour affermir son heureux naturel , Son esprit incertain , sa raison chancelante ,
11 faut sur cette jeune plante Concentrer tous les feux de l'amour paternel.
Oui; mais la Loi
La loi , Monsieur , est Inutile Où régnent de concert l'amour et les vertus. La Loi seroit bien moins facile Si nous étions moins corrompus, Martin.
Enfin , si c'est un mal , c'est un mal nécessaire.
LE Juge.
Je n'en accuse aussi que nos égaremens ; Et plains la Loi des maux qu'elle est réduite à faire Pour en éviter de pl'^s grands.
i8 LEDIVORCE,