D'ÉPINOY, JULIETTE, DE RHODES
Vous voilà!
DE RHODES, souriant.
11 y a des choses curieuses!... J'étais à peine rentré chez moi... que j'entends jouer mon téléphone... Hallo! hallo! — C'était Guillemot, votre avocat, qui était au palais, — et qui m'avertissait que le cas dont je vous parlais tantôt se présentait justement ce matin. Un autre procès en divorce, qui devait se plaider aujourd'hui, se trouvait remis par indisposition de l'avocat... Guillemot demandait si je pouvais l'autoriser à faire passer immédiatement votre affaire, le président consentait.
JULIETTE, avec anxiété.
Ehhien!
DE RHODES
Eh bien! j'ai jugé inutile de vous con-
sulter de nouveau... j'avais encore votre autorisation toute chaude... j'ai dit oui.
El puis?
DE RHODES
Et puis, vingt minutes après, le téléphone, comme je l'avais prévu, m'avertissait que c'était terminé... au gré de vos vœux, bien entendu. M. d'Épinoy ne se défendant pas, laudience n'élait plus qu'une simple formalité.
Alors, c'est fini?
Elle s'assoit, très troublée.
DE RHODES, assez vivement, — remarquant son émotion.
Oui!... Ah çà! j'espère que vous n^'allez pas me désavouer, maintenant... il serait un peu tard !
J éprouve un peu de surprise, de saisissenient... c'est naturel.., mais je ne puis que vous remercier de votre dévouement.
d'épinoy.
Et moi aussi, je tiens à remercier M. de Rhodes du zèle véritablement singulier qu'il a bien voulu mettre à hâter notre mutuelle délivrance... Je ne sais jusqu'à quel degré cet empressement fiévreux à pousser les choses au pire rentre dans les devoirs de sa profession... Je n'en juge qu'au point de vue de la délicatesse com-
mune, de l'honneur ordinaire, et à ce point de vue il me permettra de lui dire...
JULIETTE, se levant.
Roger!
DE RHODES, l'écartant doucement.
Ah! pardon^ madame... Laissez-moi dire deux mots... Je n'ai pas, en effet, de leçons à recevoir de M. d'Epinoy sur mes devoirs professionnels que je crois connaître mieux que lui... Pour ce qui est de la délicatesse et de l'honneur, on sait qu'il y est passé maître, et je serai heureux de recevoir à cet égard toutes les leçons qu'il voudra hien me donner...
d'épinoy.
Parfait, monsieur, c'est entendu...
11 fait un mouvement pour se retirer.
JULIETTE, l'aiTêtant.
Roger... ce que vous faites là est pire que ce que vous avez jamais fait! Jusqu'ici, malgré tout, je pouvais encore conserver pour vous quelque sentiment d'estime...
même d'affection... Je pouvais croire que votre faute... votre crime envers moi, si odieux qu'il fût, n'était que le fait d'une heure de passion, de faiblesse, d'irréflexion... mais maintenant, quand, après avoir brisé ma vie, vous voulez m'enlever le seul ami qui me reste... quand vous essayez de m'arracher dans ma détresse,... dans mon naufrage qui est votre œuvre, le dernier appui qui me soutienne... qui m'attache à la vie... vous faites l'action d'un méchant homme... d'un cœur vil...
d'une âme basse !
d'épinoy.
Quand M. de Rhodes aura Thonneur d'être votre mari... je vous donne ma parole que je me ferai une obligation de le respecter en cette qualité... mais il ne l'est pas... et votre langage plus ou moins sérieux à ce sujet me permet encore de croire qu'il ne le sera jamais.
Prenez ma main, Pierre, elle est à vous. — (AciÉpinoy.) Maintenant, voyons si v'otre parole vaut quelque chose.
D ÉPI NO Y, après un moment de lutte douloureuse contre luimême .
Monsieur... recevez mes excuses.
De Rhodes le salue avec gravité.
DE RHODES
Vous avez quelques arrangements à prendre... Je vous laisse.
Il ealue encore et se retire.