I, K D I V O K C E DE J U L I ETTE
LA PRINCESSE
Pas même im nuage ?
Pas même... pas Tombre... depuis dixhuit mois... depuis notre mariage, enfin.
LA PlUNCESSE.
C'est beau... Et vous l'aimez bien?
Beaucoup, beaucoup.
LA PRINCESSE
Chère enfant!... Elle est gentille I... Et il vous le rend?
Je le crois... il ne me le dit guère... Mais, vous savez, ce n'est pas son genre!
LA PRINCESSE
Un peu froid, alors?
Oh! non... pas froid précisément...
Mais... vous le connaissez... il n'a pas beaucoup d'abandon, mon mari... Pas expansif... un peu réservé... un peu railleur... Enfin, je l'aime comme cela... et puis je sens qu'il est très tendre, au fond...
LA PRINCESSE
C'est le principal...
r*i est-ce pas, princesse?... Eh! mon Dieu!
certainement, quelquefois j'aimerais à le
voir sortir de sa réserve... à l'entendre me
dire de ces choses comme on en dit au
théâtre... Oui, certainement... mais enfin
il est bon, il est digne, il est fier... je le trouve charmant et je suis très heureuse
(mie lui prend les mains.) Ct je VOUS reiHercio
encore, et je vous remercierai toujours !
LA PRINCESSE, lui baisant le front.
Chère petite !... c'est bien doux à entendre, tout cela...- Hélas! vous savez qu'en fait de bonheur je suis forcée de mo rattraper sur celui des autres.
Mais, princesse...
LA PRINCESSE
Ohl sans doute, — je n'ai pas de griefs sérieux contre le prince, qui est un excellent homme, et positivement un homme sans défauts.. . Il n'a que des travers : seulement ils sont insupportables... cette manie, par exemple, de me conter ses bonnes fortunes, ses aventures o-alantes d'avant son
LE DIVORCE DE JULIETTE. Il
mariage... pour me prouver à quel point il était adorable et irrésistible... Eh ! qu'est-ce que cela me fait qu'il l'ait été, mon Dieu ! s'il ne Test plus!... Et puis celte inconcevable jalousie dont il se défend comme un beau diable, — mais qui, par le fait, empoisonne sa vie et la mienne... Toujours à me surveiller, toujours à me regarder dans les yeux pour savoir si je le trahis... il serait même dangereux, au besoin!... Ah! le voilà ! ... — Excellent, d'ailleurs ! Excellent!
Entrent le prince, d'Epinoy, de Rhodes, Sartigny. LE PRINCE.
Ah! chère amie, je vous cherchais!
LA PRINCESSE
Bien entendu, mon ami!
LE PRINCE
Je craignais que vous ne prissiez froid.
::j LK DIVORCE DE JULIETTE.
Du tout!
LE PRINCE
Il est certain que pour une fin d'automne, >:elte soirée est remarquablement douce.
Oui, c'est dommage d^être obligée de ïentrer.
LE PRINCE
Comment! vous ne nous restez pas un moment, madame?
?son, mon prince... D'abord, je n'aime pas les liommes qui sortent de table. Ils sont trop aimables... et puis, j'entends des voitures qui arrivent... il faut que je me Tende à mon devoir, (a de Rhodes.) Eh bien !
Pierre, comment trouvez-vous ma petite illumination?
DE RHODES
Superbe ! On se croirait au café des Ambassadeurs !
Insolent ! — Est-ce que voas ven.^z, princesse?
LA PRINCESSE
Oui, ma mignonne, je vous suis.
Pardon, princesse... voulez-vous me faire l'honneur de danser la première vahe avec moi?
LA PRINCESSE
Demandez à mon mari.
LE PRINCE
A moi? Quelle plaisanterie! Est-ce que vous avez besoin de ma permission pour accorder une valse ! Vous voulez donc m e couvrir de ridicule, ma chère t
LA PRINCESSE, ù (VEpinoy.
Alors, oui, monsieur.
La princesse et Juliette s'éloignent et rentrent au château.