DE RHODES, D'ÉPINOY
DE R H O D E S , qui vient de relire les lettres.
Dites-moi, d'Epinoy, pendant que nous sommes seuls, voulez-vous me permettre une observation?
d'épinoy.
Dites.
DE RHODES
Vos lettres ont un double objet, n'est-il pas vrai? Le premier est de fournir une base sérieuse à l'accusation formulée contre vous, — le second est d'empêcher qu'à propos de celte malheureuse séparation, les soupçons du public ne s'égarent sur une personne dont vous tenez à ménager la réputation et le repos... n'est-ce pas?
d'épinoy.
Evidemment.
Eh bien! qu'est-ce qui prouve que ces lettres n'ont pas été adressées précisément à cette personne sur qui vous ne voulez pas que les soupçons se portent?
d'épinoy.
Allons donc! On n'écrit pas dans ces termes-là à une femme du monde !
de RHODES.
Eh! les femmes du monde sont devenues si tolérantes !
d'épinoy.
Au surplus, vous pouvez avoir raison...
Mais ce n'est qu'un nouveau post-^criptum
LK DIVOUCK I)K .irLIETTK.
à ajouter. (ll prend .me des lettres et écrit.) « YOllS
avez dansé votre pas de deux, ce soir, avec un brio infernal! »
DE RHODES
C'est ('a. Parfait! L'indication suffit... On cherchera à l'Opéra ou à l'Eden.
H met les lettres dans sa serviette d'avocat. JULIETTE r:'utrant, habillée pour sortir.
Yenez-vous, de Rhodes ?
DE B H ODES
Voilà!
N'oubliez pas les lettres?
DE RHODES
Elles sont là!
D ÉPINOY
Au revoir!
Juliette et de Ulioiles surlenl.
d'épi NOY, seul.
Il triomphe, lui! — Nous réglerons cola un jour ou l'autre! — II est clair, maintenant, qu'elle ira jusqu'au bout... Quelle femme étrange !.. . Il devieat indispensable d'avertir Clotilde... Elle doit s'en douter... dureste... (ii s'assoit et écnt.) « Chère princesse, vous aviez raison, vous avez gagné votre pari de l'autre soir. J'attends maintenant vos instructions... »
Entre Baptiste.
Qu'est-ce que c'est?
HAPTISTE.
Monsieur, c'est madame la princesse qui est là.
d'épinoy.
Est-ce que vous ne lui avez pas dit que madame est sortie?
BAPTISTE
Pardon, monsieur... Mais comme madame ne va pas tarder à rentrer, puisque c'est son jour, madame la princesse m'a dit qu'elle allait l'attendre.
d'épinoy.
Faites entrer, bien entendu.
Baptiste introduit la princesse et sort. LA PRINCESSE.
Déjà sortie, votre femme?
d'épinoy.
Oui, princesse : elle est allée faire une petite course.
LK DIVORCK DE JULIKTTK. 1«)
LA PRINCESSE j après s être assurée que le domestique n'est plus là.
Je suis morte d'inquiétude... Pourquoi ne m'ciYCz-vous pas écrit?
Je vous écrivais. .
Il lui doîiDc la letirc commencée, LA PRINCESSE, après ravuii- lue, avec effroi.
Elle nous avait entendus!
Oui.
LA PRINCESSE
rirand Dieu. (^EIIc se laissa tomber sur une chaise
Apre? un sileiico.) Et puis qUOi?
d' ÉPINOY.
Une scène. . . très pénible naturellement . . . Elle a demandé le divorce... Je n'ai pu le
lui refuser... J'ai espéré pendant deux jours qu'elle pourrait se raviser... mais elle est bien décidée... Elle est déjà chez son avoué, — avec de Rhodes.
LA PRINCESSE
Le divorce!... Un éclat... un scandale pareil I... mais alors je suis perdue !
d'épinoy. ,
Non... rassurez-vous... Votre personne restera hors de cause. Cela est parfaitement convenu. Je n'ai consenti au divorce qu'à cette condition. Juliette continuera même de vous voir chez vous et chez elle comme de coutume... Enfin, sur le conseil de de Rhodes, je me prête à la supposition d'une intrigue banale.. . avec une danseuse quelconque. J'ai même écrit des lettres, — qui serviront de preuves.
],!•; DIVOKCK DK JULlKTTlv 111
Et pensez-vous que le public s'y trompera!... Et, en tout cas, mon mari ne sera pas dupe de votre prétendue intrigue...
Cette séparation étrange, éclatant après quelques mois de mariage, va faire renaître tous ses soupçons, qui se réveillaient déjà depuis quelque temps,.. Non... je serais perdue... voyez-vous! — Il faut absolument, mon ami, obtenir qu'elle se désiste... n'importe par quel moyen !
d'épinoy.
Je n'en vois aucun. — C'est une âme plus forte que vous ne le pensez, que je ne le pensais moi-même... très droite, d'ailleurs, et incapable de se prêter à une transaction équivoque.
{<ur ces paroles, la priiiresse lui jcltc ù la dérubcc un regard inquiet et irrité.
LA PRINCESSE
Alors... il n'y a qu'une rupture absolue entre nous deux qui pût la satisfaire?
d'épinoy.
Vous pensez bien qu'il ne m'est pas venu H l'idée de la lui proposer.
LA PRINCESSE, lui pi-enunt la main .
llélas! qui sait si l'heure de ce terrible sacrifice n'est pas arrivée, mon amil
d'ÉPINOY, incertain.
'Est-ce que vous en auriez le courage Clotilde?
L4 PRINCESSE
Je pressens de tels malheurs pour nous deux qu'il faudra peut-être le trouver, ce coura§"e... Mais une rupture n'aurait-ellc
].K DIVORTE DK JULIETTE,- 113
pas aussi ses dangers?... Comment expliquer à mon mari un changement si subit, si complet dans nos relations?
d'épinoy.
Si jamais un pareil sacrifice vous semblait nécessaire, Clolilde, si vous m'ordonniez de m'y résigner... il est certain qu'il ne faudrait pasl'accomplir à demi... Je devrais quitter Paris... peut-être la France pendant quelque temps...
LA PRINCESSE, violemment, se levant.
Ail! malheureux I... vous ne demandez qu'à vous sauver avec elle !
1> ÉPl.NOV , severe.
Ainsi c'était un piège?
LA PRINCESSE
Et comme vous y êtes tombé avec
111 LE DIVORCR DK .TULIRTTK.
empressement, mon ami I... Ah ! n'essayez pas de nier... vous l'aimez!... vous ne pouvez pas vous en taire ! chacune de vos paroles trahit votre admiration pour elle... vous ne pouvez pas prononcer son nom sans y ajouter un éloge!
d'épinoy.
Je lui rends simplement la justice que je lui dois. — Ce n'est pas une raison pour vous faire douter d'un amour, d'une passion dont je vous ai donné des preuves — presque criminelles,
LA PRINCESSE
Gomment, criminelles !
d'épinoy.
Croyez-vous donc qu'il ne m'en ait pas conté de fouler aux pieds tout sentiment de
probité et d'honneur pour tromper indignement cette innocente et loyale créature !
LA PRINCESSE
Gomme vous l'aimez!... comme vous seriez heureux, n'est-ce pas? si je vous disais : — Tout est fini entre nous... Allez ! partez tranquillement avec votre innocente et loyale créature... avec votre chère femme bien-aimée ! . . . Seulement, il y a un malheur... c'est que je ne suis pas faite pour ces générosités-là... Je ne sais ni me résigner ni pardonner... je sais aimer et haïr... rien de plus... et si jamais vous donniez suite à votre projet de départ, votre voyage serait vite interrompu, je vous en avertis !
d'épinoy.
qn
Veuillez vous expliquer, princesse... Par
LA PRINCESSE
Par celui qui aurait droit de uous demander des comptes à tous deux !... Je sais parfaitement que je risquerais ma vie comme la vôtre... mais, il y a des choses que je crains plus que la mort, soyez-en sûr !
D ÉPINOY
Glotilde... je ne songeais pas à ce projet de voyage... c'est vous qui me l'avez en quelque sorte suggéré... mais maintenant vos paroles de menace me posent une alternative telle que je ne. puis plus hésiter .^.. Je passerai l'hiver hors de France. — Avec ou sans ma femme, je partirai demain I
Entre Rapliste.
BAPTISTE
Monsieur, c'est M. le prince de Chagres qui est en bas... Il demandait si madame
la princesse était encore dans l'hôtel, et je venais m'informer. . .
LA PRTNCESSE.
Veuillez dire au prince que je suis là, qu'il peut monter^.
Baptiste sort.
LA PRINCESSE, à d'Kpinoy.
Roger, vous voyez bien que vous me rendez folle. Prenez garde ! Donnez-moi votre parole de ne plus songer à ce dépari; ou je vous jure que dans deux minutes mon mari saura tout.
d'épinoy.
Désirez-vous que j'assiste h l'entrelien?
LA PRINCESSE
Si vous voulez!
IIS JJ<] DIVOUTE DK JllLIKTTK.
d'éptnoy.
Je reste donc. — Car cela m'intéresse.
Kntre le prince.