LES FÊTES DU MARIAGE A PARIS
Le V avril eut lieu le mariage civil dans la grande galerie du palais, devant les ambassadeurs, les ministres, les grands officiers de l'Empire, les sénateurs et les conseillers d'État. Le prince archichancelier de l'Empire, assisté du secrétaire de l'État de la famille impériale (les mêmes qui avaient figuré au divorce de Napoléon avec Joséphine), prononça le mariage des deux souverains, suivant les formalités du Code Napoléon.
Le lendemain se firent l'entrée publique à Paris et le mariage religieux. A une heure, la voiture impériale, celle qui avait figuré au sacre de 1804, s'arrêta sous l'Arc de triomphe. Elle était précédée de plusieurs détachements, de nombreuses voitures contenant les maîtres des cérémonies, les chambellans, les grands officiers, les dames du palais, les princes et princesses. La voiture de Leurs Majestés était entourée des maréchaux, des
généraux, des aides de camp, des écuyers et des pages. Une haie de troupes bordait le chemin, depuis la porte Maillot jusqu'aux Tuileries ; une population immense était accourue de toutes parts, tandis qu*un soleil resplendissant succédait à la pluie intense qui avait attristé la veille. Si bien qu'un flatteur put s'écrier, en s'inspirant de Virgile :
Longtemps fâché, le ciel vient nous sourire.
Jupiter et César se partagent TEmpire.
Douze pièces de canon placées sur les hauteurs de l'Arc de triomphe et douze autres pièces sur la terrasse du bord de l'eau mêlaient leurs salves à celles du canon des Invalides. Le préfet de la Seine présenta à l'Empereur et à l'Impératrice les hommages et les vœux de la grande cité. Des jeunes filles vinrent offrir des corbeilles de fleurs à Marie-Louise. Les acclamations de la foule, des orchestres et des chœurs placés de distance en distance, saluaient le cortège. A trois heures, l'Empereur et l'Impératrice firent leur entrée dans la galerie de Diane, où se trouvaient réunis huit mille invités. A ce moment. Napoléon apparaissait dans toute sa gloire. Le vainqueur de Wagram, l'allié de l'Autriche soumise et docile, s'avançait précédé des hérauts d'armes, des pages, des maîtres des cérémonies, des officiers de la maison du?
vice-roi d'Italie, de ses écuyers, de ses aides de camp, du gouverneur des Tuileries, des grands aigles, des ministres, du grand chambellan, du grand maître des cérémonies, du grand écuyer, du prince vice-grand électeur, du prince vice-connétable, du prince archichancelier, du prince Eugène vice-roi d'Italie, du roi de Naples, du duc de Guastalla, du roi de Westphalie, du roi de Hollande, et suivi du colonel général de la garde, du grand maréchal du palais, du premier aumônier, de la reine d'Espagne, de la reine de Hollande, de la reine de Westphalie, de la grande-duchesse de Toscane, de la princesse Pauline, des chevaliers d'honneur, des dames d'atour, du grand-duc de Wurtzbourg, de la vice-reine d'Italie, de la grande-duchesse de Bade, du prince de Bade.
Napoléon traversa le premier salon réservé aux sénateurs, aux conseillers d'État, aux députés, puis le second salon où se trouvaient les membres de la cour de cassation, des autres cours, des tribunaux, et les diverses autorités de Paris. Il entra dans la galerie. De nombreux spectateurs l'acclamèrent, lui et la nouvelle impératrice. Au fond de cette galerie étaient disposés la chapelle et deux rangs de tribunes où s'étaient placés le corps diplomatique, les princes de la Confédération, les officiers et dames des maisons de l'Empereur et de l'Impératrice qui n'étaient
pas du cortège, les femmes des ministres et des grands officiers. A droite de l'autel, on avait mis des sièges pour les cardinaux, à gauche pour les évêques. Napoléon jeta un coup d'œil sur le côté droit et s'aperçut que treize cardinaux sur vingtsept n'assistaient pas à la cérémonie. Il prit cette absence pour un blâme de sa conduite vis-à-vis du Pape qu'il tenait enfermé à Savone, puis pour une protestation contre la légitimité du second mariage; il en conçut la plus violente irritation. Je reviendrai plus loin et avec détails sur cet incident qui, dans ces circonstances, avait en effet l'importance la plus considérable, et qui servira en quelque sorte d'épilogue au récit du divorce, de l'annulation canonique du mariage avec Joséphine et du nouveau mariage avec Marie-Louise.
A droite et à gauche de l'estrade s'étaient rangées les députations du Sénat, du Conseil d'État, du Corps législatif. La bénédiction nuptiale fut donnée à l'Empereur et à l'Impératrice par le cardinal Fesch, grand aumônier, qui, se souvenant de l'absence du propre pasteur dans la cérémonie du 1" décembre 1804, avait exigé cette fois la présence du curé de la paroisse de la Madeleine et de deux évéques. La cérémonie achevée, l'Em-
' J*ai emprunté tous ce^ détails au programme, scrupuleusement suivi, du grand maître des cérémonies, le comte de Ségur.
pereur et Flmpératrice retournèrent au palais, au milieu de vivats enthousiastes. Là, tous les corps de la garde défilèrent sous leurs yeux. Un banquet magnifique, un concert, un feu d'artifice, des illuminations nombreuses terminèrent cette pompeuse journée. Le lendemain, l'Empereur et l'Impératrice, se tenant sur leur trône, reçurent les hommages des principaux corps de l'État. Le Sénat, par l'organe de son président, le comte Garnier, félicita les souverains. Lui qui avait gémi sur la fatale nécessité qui séparait Napoléon et Joséphine, s'écria : « L'Europe contemple avec ravissement l'auguste fille des souverains d'Autriche sur le trône glorieux de Napoléon; et la Providence, Sire, en vous réservant cette illustre épouse, a voulu manifester de plus en plus qu'elle vous a fait naître pour le bonheur des nations et pour assurer le repos du monde, » Le comte Defermon, au nom du Conseil d'État, déclara « qu'il voyait avec transport sur le premier trône du monde le héros le plus grand et le plus chéri, la princesse la plus distinguée par ses vertus, ses grâces et ses éminentes qualités » . Le comte de Montesquiou, président du Corps législatif, mêla ses vœux aux acclamations des peuples. « Sire, dit^ il, nous verrons les plus doux sentiments de la nature inspirer votre génie, l'esprit de famille s'unir à l'amour de la patrie, et la France recevoir de nou-
veaux bienfaits de la tendresse paternelle. » Tous parlèrent de leur émotion, de leur allégresse, de leur amour, de leur reconnaissance, de leurs transports, tous jurèrent fidélité éternelle au héros, au grand homme, au prince auguste, au génie qui s'appelait Napoléon. Et quelques années après* I...
Pour le moment, c'est un concert unanime. Pas une voix discordante. Les poètes, qui n'ont pas besoin comme Danaé de se réfugier dans une tour d'airain pour recevoir une pluie d'or, célèbrent à l'envi le* grand Napoléon. C'est Tissot qui, dans les Adieux de Vienne, s'écrie :
Suivez vos grands destins, ô jeune souveraine, Achille vous attend aux rives de la Seine!...
C'est Arnault qui, ayant Michel pour collaborateur, chante ainsi les myrtes unis aux lauriers :
O Napoléon, ô Louise, Que votre rè{;ne s'éternise, Sans cesse rajeuni par la fécondité !
' Les fonctionnaires, comme les courtisans, rivalisaient depuis longtemps d*adulation «ervile envers leur nouveau maître. La flatterie la plus extraordinaire que j*aie relevée est encore celle du préfet du Pas-de-Calais qui s*écriait : « Pour assurer le bonheur et la gloire de la France, pour rendre à Cous les peuples la liberté du commerce et des mers, pour humilier les audacieux perturbateurs du l'epos des deux mondes et fixer enfin la paix sur la terre. Dieu créa Bonaparte et se reposa!,.. » Ce préfet s'appelait Lachaise. Des malins ajoutèrent ce distique à la fin de son discours:
Et pour se mettre plus à Taise, Auparavant il fit Lachaise.
C'était le digne piédécesseur des Champagny,des Fontanes, des Lacépède et des Lacretelle.
et présente à Leurs Majestés sa cantate imprimée en encre d'or sur peau de vélin.
C'est Esménard qui glorifie Napoléon le Grand, l'Hymen et le futur héritier :
Hymen, presse les pas de la vierge timide Qui franchit avec lui le seuil mystérieux.
Sur son front innocent si la pudeur réside,
L*amour brille en ses yeux.
Roi de Rome et du monde, héritier de TEmpire, Déjà dans Ta venir les nymphes d'Hélicon, Que Louise chérit^ que sa présence inspire.
Ont salué ton nom !
C'est Etienne qui compose le Chant d'Alcïde.
Napoléon joue le rôle d'Alcide, et la reine de Cythère lui présente une aimable épouse. Mais Bellone reproche à Alcide d'être infidèle à la Victoire, lorsque Minerve lui amène une vierge au regard céleste qui fera le bonheur d'Alcide et des humains :
Bientôt de toutes parts éclate Tallégresse.
La paix renaît soudain au céleste séjour.
Un tel choix satisfait l'une et Tautre déesse.
On voit la Victoire et TAmour
Se réunir à la Sagesse
Et les Grâces former sa cour !
C'est Népomucène Lemercier qui écrit une ode à l'Hymen :
Succédez^ flambeaux d*hyménée, Aux torches de la guerre embrasant les remparts! La fille du Danube est Tépouse donnée
A l'indomptable Hls de Mars!
C'est Tauteur de PoUxène, Aignan, qui offre à
l'Empereur et à rimpératrice la Vision du vieillard. Sur les bords de la Durance un vieux pontife demande à Dieu la fin de la guerre et de seg maux. Une voix lui annonce Tapparition d'un génie qui fera s'enfuir la discorde et sera le protecteur de la justice et de la religion.
L'Hymen lui sourira; de sa couche féconde
Naîtra la joie du monde, Et la Bile des rois lui donnera des fils...
La voix se tut. Alors, par un nouveau miracle, Sur le disque de feu jailli du tabernacle Une invisi<ble main {vraya : Napoléon.
Le saint vieillard s'incline, et dans le sanctuaire
Sa voix octogénaire Chanta jusqu'au matin Thymne de Siméon.
C'est Armand Gouffé qui présente un hommage
poétique à Napoléon sur l'air : Avec vous sous le
même toit :
L'Aurore cherche les (>rands guerriers Jusque sur le char de Bellone.
Le dieu joint le myrte aux lauriers Pour leur tresser une couronne.
N'as-tu pas des droits bien connus A cette couronne chérie?
Mars l'obtint des mains de Vénus, Obtiens-la des mains de Marie !
C'est Chazet qui compose un pot pourri sur l'air : Tai vu partout dans un voyage :
Quelles fleurs choisir aujourd'hui Pour cette alliance immortelle?
11 faudrait des lauriers pour lui.
Il faudrait des roses pour elle.
Eh bien, pour n'avoir qu'une fleur,
Prenez celle que je propose.
C'est |)Our la grâce et la valeur Qu'on inventa le laurier-rose!
Désaugiers, dans ce torrent d'hymnes, d'odes, de sonnets, de couplets, de madrigaux et de stances, apporte la note populaire sur l'air connu : Bon voyage, mon cher Dumolletf
Ab ! ({ifeu fête
Pour les Français I
Sur mon honneur, j* crois qu* j*en perdrai la tête.
Ah! queu fête
Pour les Français,
Et queu déchet pour messieurs les Anglais!...
Enfin, le terrible censeur, M. Coupart, abandonne en ce jour ses impitoyables ciseaux pour la lyre. Il y module trois couplets. Voici le dernier :
Le présent remplit tous nos vœux En Fondant un règne admirable.
Et Tavenir offre à nos yeux L'image la plus agréable.
Ajoute encor à tes bienfaits^ O Ciel, accueillant notre hommage I Ah! pour le bonheur des Français Donne un fruit à ce mariage * !
Les Perrot, les Gazelle, les Sauzon, les Ducray- Duminil, les Antignac, les Saint-Ursin, les Rougemont, les Brugnière et autres fournisseurs ordinaires de YAlmanach des Muses écrivirent force chansons et couplets sur ce grand événement. Nous
^ Parceval-Grandmaison, Baour-Lormian, Michaud^ Soumet prirent part aussi au concours général. Seuls, Delille et Ducis refusèrent d'écrire le moindre à-propos.
n'en citerons aucun fragment, non pas que leurs compositions soient inférieures aux précédentes, mais il convient de n'abuser de rien, même de cette poésie.
Le théâtre voulut se signaler, lui aussi, dans toutes ces ovations. A l'Opéra, M. Derivis chanta une cantate mise en musique par Berton ; au Théâtre-Français, les acteurs représentèrent un à-propos de Bouilly à la suite de Monsieur de Crac; à rOpéra-Gomique, Dazancourt et Gavaudan dirent des couplets de circonstance ; à TOdéon, on donna le Marché aux Fleurs de Planard, comédie en un acte, remplie d'allusions au mariag[e impérial. Le Vaudeville joua le Meunier et le Chansonnier ; les Variétés, les Réjouissances autrichiennes ; l'Ambigu, le Mariage de la valeur; la Galté, les Trois Moulins; la salle des Jeux gymniques, V Union de Mars et de Flore; le Cirque olympique, \a Lanterne de Diogène, toutes pièces qui soulevèrent des bravos unanimes et qui nous étonnent aujourd'hui par leur fadeur et leur nullité.
Aux compliments des poètes et des auteurs dramatiques succédèrent les lettres officielles et les adresses. Puis vinrent les compliments des souverains. Le 22 mars, devançant la cérémonie nuptiale, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, avait écrit à l'Empereur que Theureux événement
du mariage de S. M. Impériale et Royale avec S.A. Impériale l'archiduchesse Marie-Louise lui avait causé la joie la plus vive. Il chargeait le maréchal comte de Ralkreuth de lui présenter ses félicitations, u Que Sa Majesté, disait-il, lui permette d'être l'organe de mes sentiments invariables envers Elle. Il lui confirmera mon inébranlable attachement à son système politique. Il l'assurera que je n'ai pas de plus grand désir que de remplir à son gré tous mes engagements, ni de vœu plus ardent que de voir s'établir entre la France et la Prusse cette intimité de relations, dont seul je me promets un retour de bonheur pour mes peuples, etc., etc.*. 9 Ces flagorneries et ces courbettes forment un contraste piquant avec la raideur et la morgue prussiennes. 11^ est bon de les rappeler à l'occasion et de montrer aux gallophobesque, nous aussi, nous avons la mémoire du passé... Le 9 avril, l'empereur d'Autriche informa Napoléon qu'il avait reçu une lettre de sa fille chérie. « Elle ne contient, déclarait-il, que l'expression du bonheur dont elle jouit depuis qu'elle se trouve près de Sa Majesté. Ses devoirs, ses sentiments envers son époux lui seront toujours chers, et elle sera constamment occupée à embellir son existence. Que Votre Majesté compte sur les sen-
* Catalogue de la collection des lettres autographes du barou de TrémoDt, ancien préfet de TEmpire. (Paris, 1852» p. 84.)
timents d'estime, de tendresse et de haute considération que je lui ai voués, * etc. ^ » Le 10 avril, l'impératrice d'Autriche remercia Napoléon d'une lettre qu'il lui avait adressée et où il lui donnait l'assurance de son entière satisfaction. « Son unique désir, affirmait l'Impératrice en parlant de sa fille, est de faire le bonheur de Votre Majesté, et j'o se me flatter qu'elle réussira, car je connais à fond son caractère qui est excellent. Louise me promet d*être bien exacte correspondante, et ce commerce amical me sert de dédommagement h sa perte que \e ressens très vivement... » Et faisant l'éloge des qualités de Marie-Louise : « Si je dois m'attribuer quelque chose, c'est d'avoir soigneusement conservé en elle cette candeur qui, en la rendant au commencement pins timide aux yeux du monde, lui vaudra l'estime et l'amour de Votre Majesté. On me reprochera peut-être que ma chère fille a peu d'idées, peu d'instruction. J'en conviens. Mais, pour le monde et ses dangers, on ne les connaît que t rop tôt, et l'avouerai-je avec franchise? elle n'avait que dix-huit ans. J'ai préféré qu'elle fût moins
> Affaires étrangères. — Vienne, vol. 386. — Le 29 mars, Napoléon avait écrit de Compiègne à François JI : « La fille de Votre Majesté est depuis deux jours ici. Elle remplit toutes mes espérances^ et depuis deux jours je n*ai ceçsé de lui donner et d'en recevoir des preuves des tendres sentiments qui nous unissent. Nous nous convenons parfaitement. Je ferai son bonheur et Je devrai à Votre Majesté le mien... »
instruite à Tavantage de conserver jalousement son innocence, et je m'occupais uniquement à lui former un cœur sensible, un esprit droit et des idées claires sur ce qu'elle savait. C'est à Voire Majesté que je l'ai remise. Je La prie en mère d'être l'ami, le guide de ma fille, comme elle en est l'époux le plus tendre ! Elle sera heureuse, si Votre Majesté lui permet de s'adresser à Elle avec confiance en toute occasion ; car, je le répète, elle est jeune et trop peu aguerrie pour éviter sans guide les dangers du monde et pour jouer son rôle avec mesure. Mais je m'aperçois que j'ennuie Votre Majesté par une si longue épître. Qu'EUe l'attribue à l'eiFusion d'un cœur maternel, qui ne tarirait jamais en paroles, lorsqu'il s'agit du bonheur d'une fille chérie ' . . . » Enfin, l'archiduc Charles adressait des remerciements à Napoléon pour la décoration de la Légion d'honneur qu'il lui avait fait remettre : «L'estime d'un grand homme, « disait-il, est la plus belle moisson du champ « d'honneur, et j'ai toujours été jaloux. Sire, de « mériter la vôtre *. » On voit qu'entre la cour de Vienne et la cour des Tuileries l'accord semblait être parfait.
* Affaires étrangères. — Vienne, supplément, 1810.
* L'Empereur lui avait offert le grand aigle de la Légion d'honneur et la croix de la Légion d'honneur qu'il avait luimême coutume de porter. « L'une, avait-il écrit, est un hommage à son génie comme général, et Tautre a sa rare valeur comme soldat, [n
Mais Napoléon y tout en croyaijt à la sincérité des sentiments qu'on lui témoignait, donnait, par l'entremise de Champagny, des instructions particulières au comte Otto.
« S. M. l'Empereur et Roi, disait-on à notre ambassadeur, s'est uni à la cour de Vienne par le plus fort et le plus doux des liens. Il lui est agréable de penser que les sentiments de l'Autriche correspondent à ceux qu'il a pour elle et qui sont tous des sentiments d'amitié et de paix. Il ne se défie donc aucunement des sentiments de cette puissance .
« Mais sans prévoir ni soupçonner que ces dispositions puissent changer, il n'en désire pas moins connaître, autant qu'il est possible, la situation vraie de l'Autriche, ses moyens, ses ressources, en un mot tout ce qui constitue sa force présente. » Ainsi, l'Empereur demandait à être renseigné sur Tarmée et les finances, sur les ressources de la Bohème, de la Moravie, de la Hongrie et des villes principales, qu'il fallait visiter et étudier avec prudence. Il réclamait les noms des corps, le nombre des bataillons, compagnies et effectifs, les noms des principaux officiers, l'emplacement des diverses garnisons, l'état des places fortes, la situation du commerce et de l'industrie, etc. Un point sur lequel l'ambassadeur français était invité spécialement à porter son attention, u c'était sur l'impression qu'avaient laissée dans l'esprit de l'armée au*
trichienne les événements de la guerre dernière et jusqu'à quel point cette impression a été modifiée par l'alliance des deux maisons impériales » . On voulait savoir aussi le sentiment exact des habitants de la Bohème et de la Moravie. Toutes ces précautions indiquaient encore une certaine défiance dans l'esprit de Napoléon. Les démonstrations de François II et l'habileté de Metternich en viendront malheureusement à bout. En 1812, un corps autrichien s'unira à l'armée française contre les Russes; mais après le désastre de Moscou, l'Autriche jugera que la France est tout à fait abandonnée par la fortune. Les serments de paix et d'amitié seront oubliés. De gouvernement allié l'Autriche deviendra puissance ennemie, et le corps autrichien formera le noyau de Tarmée d'invasion * . Ce ne sera pas seulement sur les champs de bataille que l'Empereur aura de redoutables adversaires à combattre. Il a engagé une lutte périlleuse avec rÉylise. Le divorce avec ses suites et le mariage autrichien avec ses complications vont amener cette lutte à son dernier degré d'intensité.
^ Quand on pense que Napoléon s*est contenté de demander à son beau-|)ère 24,000 hommes d*infanterie, 6,000 liommes de cavalerie et 60 pièces de canon !... H exigeait davantage de la Prusse qu'il avait autrement maltraitée. Il lui avait réclamé 20,000 liommes, le passage de son territoire et 60,003,000 de francs pour Tentretien de ses armées.