BUONAPARTE
{Corr. Nap,, tome 1", p. 117.)
Lettres de M. de Champagny. (Archives nationales.)
Le conseiller d*Etat, amba^ssadeur de la République française près la cour de Vienne, au citoyen Napoléon Bonaparte, Premier, Consul de la République française,
« 10 fructidor an X (28 août 1802).
« Citoyen Consul,
tt Pour la seconde fois, le peuple français vous nomme son premier magistrat. Le Consulat, qui ne pouvait durer autant que votre gloire, vous est décerné pour la vie. Sans doute, une sage politique commandait celte mesure; mais dans cette occasion, ses raisonnements incertains ont moins servi à la disséminer que le senti-
méat infaillible du bien que vous avez fait et de celui que vous devez faire.
« Les rois de l'Europe vous ont écrit pour vous féliciter sur ce glorieux événement. Des citoyens français, loin de leur patrie, viennent après eux vous offrir leurs hommages. Vous ne dédaignerez pas leur modeste tribut. Leur position les rend aussi les organes des étrangers. Ceux-ci vous admirent, mais les Français vous aiment. Ce double sentiment appartient peut-être davantage à ceux qui vivent loin de leur patrie. Votre gloire leur arrive plus pure et plus grande. Ils vous voient déjà comme vous jugera un jour Timpartîale postérité.
u il m'est doux, Citoyen Consul, d'être l'organe de leurs sentiments et de pouvoir y joindre Thommage du respectueux dévouement que (et cela n'appartient qu'à vous) vous inspirez également à ceux qui vous voient de près e1 à ceux qui, de loin, recueillent les fruits d'une administration que dirigent votre âme et votre génie.
« CUAMPAGNY. n
Le môme, le 13 brumaire an XI (4 nov. 1802), lai adressait le citoyen Lacuée, premier secrétaire de l'ambassade française et aide de camp du Consul, porteur de la ratiBcation de François II de l'acte d'accession à l'art. 19 du traité d'Amiens. Il lui renouvelait Thommage de son respect, de son adirûration et de son dévouement :
u Ces sentiments ne s'affaiblissent pas loin de vous, puisque, chaque jour, l'active renommée répand de la France au dehors la nouvelle des prodiges opérés pendant la paix et par la paix, comme elle portait du dehors au dedans les bruits des merveilles de la guerre. Le
même g;énic a tout conçu et tout exécuté pour le bonheur et la gloire de la France...
« Agréez l'hommage de mon profond respect.
U CUAMPAONY. »
« Vienne, le 28 thermidor an XII (16 aoûl 1804).
u Sire,
u Lorsque la lettre dont Votre Majesté m'a honoré le 15 de ce mois m'est parvenue, j'avais remis au ministère autrichien, d'après l'aulorisalionque m'on avait donnée votre ministre, une note propre à le tranquilliser sur le sujet de ses inquiétudes, et il avait prononcé sa reconnaissance du titre de Votre Majesté. J'ai rendu à votre ministre des relations un compte détaillé des difficultés minutieuses qui ont retardé cet événement désiré.
« Aujourd'hui partent les lettres de créance du comte Philippe de CobenzM. Ce ministre regrettera sans doute de n'avoir pas eu à vous les présenter au moment où toute la France célébrait le jour heureux qui a donné naissance au Souverain, héros et grand homme par lequel elle a été tirée de l'abime de l'anarchie et élevée au plus haut point de gloire et de prospérité ; moimême je regrette très vivement que tel n'ait été le résultat de mes efforts.
u J'ai eu au moins une sorte de dédommagement hier, 15 août, lorsque je célébrais le jour de naissance de Votre Majesté, avec l'éclat que peut ad mettre cette saison où les camps et la campagne enlèvent à Vienne presque tous ses habitants d'une certaine classe. La Gazette de la Cour proclamait la reconnaissance du titre d'Empereur des Français, et tous ceux qui étaient chez moi en
Félicitaient leur patrie. Celui d'entre eux qui a le plus riionneur d'êfre connu de Votre Majesté, le vice-chancelier comte Louis de Cobenz'l, me priait de le mettre aux pieds de Votre Majesté et de lui transmettre riiommag^e de son respect et de sa reconnaissance des bontés qu'EDe a eues pour lui.
tt Qu'il me soit aussi permis dans ce jour qui rappelle tant de ^énie et d'inappréciables services rendus à quarante millions d'hommes, et où se font si vivement sentir lesobli(]^ations imposées par Votre Majesté à tout ce qui est français, et les oblîg^ations particulières que lui ont ceux qu'Elle a honorés de ses bontés, qu'il me soit permis de lui exprimer, autant que je le puis, les sentiments d'admiration respectueuse et de dévouement sans bornes avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
tt Sire,
« De Votre Majesté Impériale, le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,
« GlIAMPACNY,
« Votre ambassadeur à Vienne. »»
Champagny à TaileyramL
« Vienne, le 28 thermidor an XII (16 aoi\t I£04).
u Monsieur,
« Au compte que j'ai eu l'honneur de vous rendre, je dois joindre celui d'un fait particulier que M. le comte de Cobcnz'l m'a enjjagé à ne faire connaître qu'à vous.
« Lorsque j'avais été instruit d'uneprotestation du comte
de Lille contre la dig^nité impériale du cbef de la nation française, j'avais fait connaître à ce ministre qu'il ne me semblait nullement convenable qu'une pièce, sous le liire de protestation, pût être reçue par une puissance amie de la France et conservée dans les arcbives de son ministère. M. de Gobenz'l me répondit que ce n'était qu'une simple lettre.
« Ce n'est que longtemps après que j'ai connu la teneur de cette pièce. Je n'ai pu y méconnaître le caractère d'une véritable protestation. L'inconvenance de la conservation d'une telle pièce dans les Archives autricbiennes m'a paru de plus en plus frappante, et j'ai saisi les occasions de le dire à M. le vice-cbancelier. La renvoyer à son auteur me paraissait être et faire la justice la plus convenable. La remise de ma déclaration du 19 thermidor m'a donné l'occasion et le droit de renouveler mes réclamai ions à cet égard.
€ M. de Gobenz'l a senti combien elles étaient fondées. Mais renvoyer cette pièce après l'avoir gardée si longtemps, lui paraissait un outrage fait au malheur. C'eût été pour le cœur de François second un sacrifice pénible. Après avoir pris les ordres de son souverain, M. de Gobenz'l m'a proposé de remplir mes vues en brûlant cette pièce. J'y ai consenti, et, le 22 thermidor dernier (dix aoust) à 8 heures du soir, la lettre du comte de Lille adressée à l'Empereur et Roi et signée :
« De Votre Majesté le frère et cousin
a Louis. »
a été brûlée en ma présence par M. de Cobenzl. Dans la matinée de ce jour, l'empereur François avait reconnu l'empereur Napoléon et s\'tait déclaré empereur héréditaire d'Autriche.
a M. le comte de GobenzU m'a demandé le secret sur cette destruction et m'a prié de vous faire la môme demande.
« J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence les assurances de ma respectueuse considération.
(C CHAMPAGinr *. »
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