B ENSEIGNEMENTS SUR LES CARDINAUX QUI SE TROUVENT A PARIS
{Note depoUce du ^février 1810 *.)
* MatteL — C'est ce prince romain très régulier, très vain, d'un esprit médiocre, très ultramontain... On lui impose avec de la fermeté, mais la moindre dureté le cabrerait. 11 a la rage papale au plus haut degré...
Dugnani. — C'est un Milanais dissimulé et très rusé avec un air de bonhomie. ^On peut le gagner aisément par l'espérance de l'archevêché de Milan...
Joseph Dorîa. — C'est un intrigant de premier ordre. Il a l'usage du monde. Son ambition n'est que de la cupidité...
* Les noms précédés d'un astérisque sont les noms des cardinaux qui ont refusé d'assister au mariage de Napoléon et de Marie-Louise.
VinceniL — C'est un simple abbé de Rome. Il a été nonce en Espa(jne à force d'intrigues. C'est une créature de Florida Bianca qui lui a procuré des canonicats pour une trentaine de mille livres de rente en Espagne, où il a toute sa fortune. II est très fin et il en a la réputation. li ne sera jamais chef de file. On peut le gagner en lui confiant sous le secret qu'on se méfie beaucoup délai...
PlgncUelU, — C'est un dévot ardent et de bonne foi. Sa jeunesse a été très dissipée. C'est aujourd'hui un fanatique^ incurable ennemi, de la France et très passionné contre l'Empereur. Nullité absolue.
Roverelia. — C'est un homme très intrigant et très méchant. C'est lui avecAntonelli quia ruiné le cardinal Consaivi dans l'esprit du pape... Il est timide et réservé dans le monde. On ne peut le dominer que par la peur.
* Delta Somaglia. — Il s'est fait dévot à outrance depuis qu'il est évêque. II ne manque ni d'esprit ni d'instruction, mais il est imbu de tous les préjugés de la Cour de Rome... C'est un homme minutieux et vain. En le flattant et en caressant son orgueil, on peut le gagner aisément.
* Saluzzo, — C'est un bel homme, qui a quelque éducation et qui est à peu près nul dans les affaires...
* Brandacoro, — Il a fait traduire par quelques moines le traité fanatique Des deux puissances, composé par l'abbé Pey, chanoine de Notre-Damede Paris, et il l'a publié sous son nom, ainsi que les Tombeaux d'Hervey. C'est en se donnant ainsi pour auteur qu'il a fait fortune. Il est archevêque de Fermo. Il est très circonspect et très poltron...
* ScouL — C'est un homme nul.
Zondadarù — Est également de la nullité la plus absolue.
* Litia, — Il a.un bon ton, un esprit médiocre, très peu de connaissances^ et il affiche beaucoup de dévotion pour faire oublier sa jeunesse.
Délia Porta. — C'est un homme sans moyens, dévot de bonne foi, sans esprit, très i{];norant et très fanatique.
* GabriellL — Il a quelques notions des tribunaux et des lois de Rome. Il aspire à la papauté. Il a la superstition et le fanatisme du quatorzième siècle (souvent violent dans ses discours). *
* Di Pietro. — C'est lui qui a jeté le Pape dans Tablme. C'est un ancien et très médiocre professeur de droit canon au collège de Ja Sapicnce... Il faut le traiter avec le plus froid mépris. Il est abhorré de tout le Sacré Collège et de tous les Romains. Sa rage contre la France est un véritable délire.
Despufg. — C'est un Espagnol, bonhomme et sans esprit. N'a que 200,000 livres de pension. Il n'a point d'autre fortune. Et ce doit être un moyen puissant de le met Ire à la raison.
* Gale/fi. — Il est fort réservé, a très peu d'esprit, et S'est jeté dans le parti des dévots. On ne s'assurerait de rien en travaillant ses opinions, qui ne lui appartiennent pas.
* Oppizoni. — On ne le connaît point à Rome, et l'opinion publique ne lui est nullement favorable.
Antoine Doria. — Il dépend en tout de son frère cadet. (Joseph Doria n'a aucune influence, si ce n'est sur son
frère aine, qu'il mène comme un enfant, et nes'oocupantque de sa santé.)
Fabrice Rnffo, — * Louis Ruffo. — Sont suffisamment connus à Paris.
^ Consalvi. — Est un homme d'esprit, et l'on peut aisément l'attirer dans le parti de l'Empereur.
On l'a jugé avec prévention et injustice. Sa mauvaise santé et sa disgrâce à Rome ont achevé de le dégoûter de toutes les affaires, depuis la mort de son frère unique. Il est sans famille et prohahlement sans amhition. On ne saurait le trop bien traiter. On en tirera parli dans les grandes occasions, quoique son état actuel lui laisse très peu d'influence dans le Sacré Collège.
Albani. — Il a la réputation à Rome d'avoir beaucoup d'esprit .. Le gouvernement n'a besoin que de le bien traiter pour s'assurer de lui. Ce serait le pape le plus français qu'on pût choisir un jour parmi les Romains.
Erski'ne. — II est d'origine anglaise et Anglais dans l'âme... ardent et sérieux comme le sont tous les Anglais. Il a de l'esprit, de l'audace, de l'orgueil et une extrême avidité. £n ne le comptant pour rien, on lui donnera beaucoup à penser; mais on le neutraliserait si on l'avertissait qu'il est à Paris en état de surveillance, . .
(Archives nationales.)
EXTRAIT DE LA Gazctle de Vienne, (21 février 1810.)
il Depuis le 16, toule la ville ne s'occupe que du grand mariag^e dont on fait les apprêts. Les regards se fixent presque exclusivement sur madame rAichiduchesse. On questionne tous ceux qui ont Ffaonneur dej'approcfaer et on est enchanté d'apprendre qu'elle est de la meilleure humeur du monde, et qu'elle ne cache nullement la sa< tisfaction que lui donne cette alliance.
(( Les fonds continuent à monter d*une manière étonnante et les denrées coloniales diminuent dans la même proportion. Beaucoup de gens ont eu hier de la peine à vendre leur or... Beaucoup de gens qui avaient retenu leur vaisselle d'argent dans l'espoir de la cacher ou de l'envoyer en pays étranger, s'empressent aujourd''hui de la porter à la Monnaie et regardent comme argent comptant les obligations qu*on leur donne en échange. Les chefs des grandes maisons commandent une autre vaisselle pour remplacer celle qu'il a fallu sacrifier à l'État. Chacun se montre disposé à donner toute sa fortune^ bien persuadé qu'après une pareille alliance, le gouvernement ne pourra plus manquer à ses engagements. »
(Archives natioDales.)
Lettre du comte Otto à M. de Cliampagny,
« Vienne, le 3 mars 1810.
u Monsieur le Duc,
« J'ai fait lire à TËmpereuf d^Âutriche lui-même Ja lettre que Votre Excellence m'a fait riionneur de m'adresser le 20. Il a été extrêmement satisfait des attentions aimables de Sa Majesté pour sa future Épouse. Cette princesse sera conduite à Braunau avec une pompe jusqu'ici inconnue dans ce pays-ci. Le cortèg^e sera composé de plus de soixante voitures, et TËmpereur se rendra lui-même incognito sur la frontière pour prendre congé de sa fille chérie.
(( M. le comte Lauriston rend à Sa Majesté un compte détaillé de ce qu'il a vu et entendu. Jamais événement n'a causé plus de joie en Autriche que celui dont nous sommes témoins...
(Détails sur 1 archiduchesse. — Habitudes extrêmement simples. — Unique désir de plaire à son illustre époux. — Douceur, bonté, sentiment profond et religieux de ses devoirs.)
« Croyez-vous, dil-elle souvent à madame Lazousky, « que je pourrai plaire à l'Empereur Napoléon?» Elle se fait une fête d'aller à Paris, non pour jouir des plaisirs de celte capitale, mais pour y cultiver les arts et surtout le dessin, qu'elle aime beaucoup.
a Veuillez agréer, etc.
o Otto. »
Le comte Otto à t empereur Napoléon,
« Vienne, le 4 mars 1810.
u .... Voire Majesté ayant consenti à la rédaction d'an contrat de mariage semblable à celui qui a été ikit pour Madame la Dauphine, toutes les difficultés sont aplanies et rien n'empêchera que la future Impératrice ne parle d'ici le 13 au plus tard. Votre Majesté aura vu par mes dernières dépêches que rien ne sera négligé pour donner le plus grand éclat aux cérémonies qui auront lieu ici.«.
tt Je ne pense pas, Sire, qu'il puisse être nécessaire de donner à Tlmpératrice des dames de son âge. Elle aime son intérieur, ses devoirs, ses occupations et, quoique jeune, elle a la façon de penser d'une femme de vingt-six ans. Madame la duchesse de Montebello sera pour elle la meilleure compagne; elle trouvera dans cette dame les sentiments que son éducation lui a fait chérir. Elle tient beaucoup à ses exercices religieux, et un de ses premiers soins a été de demander à madame Lazousky si l'Empereur Napoléon ne la gênerait pas sous ce rapport. La musique et le dessin rempliront une grande partie de sa journée; elle cherchera tous les moyens de plaire à Votre Majesté et de mériter sa confiance. C'est ce qu'elle dit très souvent aux personnes qui l'environnent. Son père, qu'elle aime beaucoup, lui donne le mêmeconseil. 11 lui a dit hier encore : « Il faut que tu deviennes Française, aussitôt que tu auras passé rinn... n
(Le comte Otto annonce l'arrivée du prince de Neufcliâ-
tel qui est log^é au château, où il est traité avec beaucoup de ma^ificence.)
(Archives nationales.)
Lettre de M, le comte Alexandre de Laborde à M. de Bassano.
<• Vienne, le 9 mars 1810.
« Le comte Alexandre de Laborde, secrétaire de Tambassade envoyée à Vienne à l'occasion du niariag^e de Tempereur Napoléon, envoie à Maret, duc de Bassano, les d iscours du prince de Neu Fchâtel , la réponse de l'empereur d'Autriche et de l'archiduchesse Marie-Louise. Il est ravi de l'accueil qui est fait à l'ambassade, a 11 est vrai qu'il existe dans toutes les têtes un tel mouvement, une telle joie, une telle envie de contribuer en quelque chose à ces événements, que tous les travaux sont faciles. Madame r Archiduchesse était charmante à voir. Elle portait une robe blanche de tulle brodé en argent, qui ne cachait pds sa taille, comme presque toutes les robes de brocart qu'elle a ordinairement. Ses cheveux blonds, dont elle a une quantité, étaient relevés sur le haut de sa tête et laissaient voir son col et ses épaules. Son extrême fraîcheur, son sourire, l'expression de la figure et quelque chose de [gracieux et de modeste dans toute sa personne nous ont fait dire à tous qu'elle sera constamment une des personnes les plus a(;[réables de la cour. Il est certain ensuite, — à part sa beauté, — qu'il est impossible
de trouver, même parmi la classe commune, une jeune personne plus saine et qui ait toujours joui d'une meilleure santé. Elle n'a jamais eu un bouton, et je suis convaincu que ses enfants seront forts et frais comme elle.
(( L'Empereur lui a donné aujourd'hui au théâtre de Vienne la place d'honneur, à droite à côlé de lui, et l'Impératrice a fait mettre le prince de Neufchâtel à sa gauche, avant tous les archiducs, chose qui n'avait point encore eu lieu dans aucune circonstance, et même pour des princes souverains...
u Hier, après la demande, l'Empereur est descendu de l'eslrade et a fait quatre pas en avant, autre démarche qui a paru encore plus distincte' et qui toutes seront dé> taillées dans mon procès-verbal.
(M. de Laborde compte à son retour composer un petit ouvrage intitulé : Cérémonial de la Cour de France à C occasion du mariage des princes et princesses sous les différents règnes^ et le terminer par celui-ci, qui sera un instrument diplomatique fort important et fort curieux.)
a Une foule de personnes et surtout de jolies femmes se disposent à partir pour Paris. Les Russes ont sur l'oreille M. de Schouvaloff, qui avait démenti la nouvelle du mariage après l'arrivée de Floret, parce que le prince Kourakin lui avait mandé qu'il n'en était pas question. On s*est beaucoup moqué de lui deux jours après.... Le comte de IMetternich est bien heureux d'aller à Paris, et il mérite véritablement d'y être bien reçu. C'est à lui que Ton doit entièrement les dispositions de toutes ces fêtes et la principale réussite de cet événement. Il est comblé d'hommages par toutes les classes...
u Alexandre de Laborde. »
(Archives nationales.)
Lettre de Madame Lœtitia à Madame Lucien Bonaparte,
Madame Laetitia écrivait, le 10 mars I8I0, à la femme de Lucien Bonaparte :
«Vous savez tous les malheurs que votre mariage avec Lucien a attirés sur notre famille et devez ju^er qu'ils sont à Texcès par la démarche que je vous propose de faire. L'Empereur veut votre divorce. Il dépend de vous de décider Lucien à le faire, et dans le cas où il s'y refuserait, de le demander vous-même. C'est le moyen d'éviter la disg^râce qui le menace ainsi que vos enfants et tout ce qui vous appartient. Si vous le faites, au contraire, vous ferez le bonheur de votre mari et de vos enfants. . . Ne balancez pas entre une vie remplie d'amertumes et de cha(j^rins à laquelle vous devez vous attendre, si vous vous obstinez, et la perspective d'un avenir heureux. A la fin, vos enfants seront reconnus par l'Empereur et peuvent succéder à des couronnes... Enfin, si vous avez quelque commisération pour une mère qui a su en tout temps faire des sacrifices pour ses enfants, vous le ferez aussi pour moi, et je vous assure que je ne l'oublierai de ma vie... n
{Mémoires de Lucien Bonaparte, t. 111, p, 155.)
N. B, — Cette dernière démarche échoua comme les autres. Lucien et sa femme préférèrent l'exil.
Extrait d'une lettre de Berthier à Napoléon^ le 10 mars 1810.
a ... La pièce que Voire Majesté m'envoie du cardinal Fesch ne me parait pas nécessaire, puisque tout est arrangé pour la solennité de demain. Je ne m'en servirai que dans le cas où elle serait indispensable... »
(Archives nationales.)
DÉMISSION DES ARCHEVÊQUES OPPIZONI, BRANDAGORO , LOUIS RUFFO, ET DES ÉVÊQUES MATTEI ET GABRIELLI, LE 6 AVRIL 1810.
A la suite du rapport adressé à Napoléon par le ministre des cuites, Bigot de Préameneu, le 6 avril 1810, l'archevêque de Bologne, Tarchevêque de Fermo, l'archevêque de Naples et les évêques de Porto et de Sinigaglia donnèrent leur démission.
Voici comment démissionna l'archevêque de Bologne . Les lettres de ses vénérables confrères diffèrent à peine de la sienne. Elles sont adressées au Pape.
uBeatissimo Padre,
tt Le particolari circonstanze nelle quali mi troyo mi fanno ricorrere alla Santita Vostra perche si compiaccia
3lâ PlÊCfcS JUSTIFICATIVES.
di accettare la rinuncia dell' Arcîvescovado di Bolog^na.
u Implorando PApostolica di Lei Benedizione, bacîo uinilissimamentei piedî.
tt Umilissimo, devotissiiiio, pblig^atissîmo servo e creatura.
M Firmato : f Carlo, cardinale Oppizoni.
« Pariçi, 6 aprile 1810. »
(Archives nationales.)
Lettre de M. de Champagny à Napoléon.
6 juin I8I0.
tt M. de Mettemich m'a remis, pour faire passer à Votre Majesté, la pièce ci-joiutc qui est la copie de la lettre que le Pape adressée son auguste Maître. Il me prévient que cette communication est tout à fait confidentielle et supplie Votre Majesté de vouloir bien n'en faire aucun usagée.
u Je suis avec respect,
({ Sire, elc.
u Champagny. »
(Archives naiionales.)
N, B. — La lettre da Pape n*est point aux Archives. On voit cependant par cette commaoication que Mettemich ne répondait gaère à la confiance que le Pape mettait dans l'Autriche.
Cette lettre doit être celle que publient les Mémoires de Mettemich, t. 11, p. 353.
Lettre du cardinal F esch à M. Bigot de Préameneu.
«14 septembre 1810.
« Monsieur le Ministïie,
tt Par mes réponses à vos lettres du 20 août et du !•» septembre, vous avez dû connaître ma constante résolution à ne f oint abandonner mon archevêché de Lyon ; et Sa Majesté, qui veut bien me laisser toute liberté dans Toption de rarchevôché de Lyon ou de Paris, se rappelle sans doute que cette résolution ne date pas seulement de Tépoque où je fus nommé au siège de Paris, mais qu'elle remonte même au temps où il s'agissait de me faire accepter la coadjutorerie de Ratisbonne, puisque dans mon acte d'acceptation j'ai signifié pour condition unique la conservation de mon premier siège.
u Pourrais-je me décider à l'abandonner aujourd'hui qu'il me donne de vraies consolations et que les résultats de mon administration m'assurent que j'y ai fait quelque bien? Quelles raisons pourraient me convaincre que Ja divine Providence veut que je l'abandonne pour le diocèse de Paris? Quelle est l'autorité qui commande ce sacrifice et qui exige ma docilité?
« Le temps que j'ai mis à répondre à vos différentes 1 ettres, entre autres à votre dernière du 6 septembre sur cette importante affaire, a dû faire juger à Votre Excellence que je ne me suis pas décidé légèrement et sans avoir pesé toutes les raisons pour iet contre. Il s'agissait de l'œuvre de Dieu, et je l'ai prié de n'avoir
point ég^ard à mes inclinations, de les contrarier même, et, dans sa miséricorde, de ne pas permettre que des vues humaines et personnelles eussent quelque influence sur mon choix. Oui, Monsieur le Ministre, je veux rester archevêque de Lyon, parce que je crois que telle est la volonté de Dieu.
u Du reste, je prie Votre Excellence, en agréant les sentiments de ma haute considération, de recevoir mes sincères remerciements pour ce qu'elle veut bien me dire de flatteur. Mais les vœux du clergé de Paris pourraient-ils étouffer les cris de mes coopérateurs, de mes amis et de mes enfants du diocèse de Lyon ?
« t Gard. Fesch. »
(Archivei nationales.)
N. B. — Le ministre des cultes proposa alors l'évêque de Nantes pour l'archevêché de Paris. Ce choix ne fut pas agréé. Le 14 octobre 1810, le cardinal Maury, qui avait été pressenti, accepta cet archevêché.
Lettre du prince Eugène, le 15 octobre 1813, au roi de Bavière^ et lettres de laprincesse Auguste^ le 17 octobre^ au roi de Bavière^ et à Napoléon le 8 novembre de la même année.
Les lettres ci-jointes, empruntées aux Mémoires du prince Eugène ^^ montrent combien a été nette Tattitude du prince en 1813 et en 1814 :
1 Tomes IX el X.
Le 8 octobre 1813, Maxîmilicn, roi de Bavière, informait le prince Engrène quMI ne lui restait d'autre ressource que de se rendre aux instances des alliés, qui le priaient de conclure avec eux un traité d'alliance contre Pempereur Napoléon. Il Tinvitait à se préler à un armistice avec les Autrichiens, sur le pied de laliçne du Tagliamento.
« C'est votre père et non le roi qui vous dit ceci, ajoutait-il, persuadé que vous saurez allier vos intérêts avec ce que vous devez à Phonneur et à vos devoirs...
M J'espère, mon cher Eugène, que nous n'en serons pas moins attachés l'un à l'autre et que je serai peutêtre à même de vous prouver par des faàs que ma tendre amitié pour vous est toujours la même... »
Le prince Eugène lui répondit, le 15 octobre :
M ... Vous me connaissez assez, j'en suis sûr, pour être convaincu que, dans cette pénible circonstance, je ne m'écarterai pas un instant de la ligne de l'honneur ni de mes devoirs...
tt Si la fortune m'est à l'avenir aussi contraire qu'elle m'a été favorable jusqu'à présent, je regretterai toute ma vie qu'Auguste et ses enfants n'aient pas reçu de moi tout le bonheur que j'aurais voulu leur assurer; mais ma conscience sera pure, et je laisserai pour héritage une mémoire sans tache... »
Le prince avisa la princesse Auguste de la défection du roi de Bavière. Elle lui adressa une lettre d'une dignité incomparable :
u ... Devoir renoncer à sa famille, à son pays sans doute, c'est cruel; mais mon cœur souffrirait bien plus si tu te conduisais autrement que tu ne fais. Courage, mon ami, nous ne méritons pas notre sort. Notre tendresse, notre bonne conscience nous suffiront, et dans
une simple cabane nous trouverons le bonheur que tant d'autres cherchent inutilement sur les trônes. Je te le répète, abandonnons tout, mais jamais la route de la vertu, et Dieu aura soin de nous, de nos pauvres enfants... J'oublierai que je suis Bavaroise et ne penserai qu'à nos enfants et au meilleur et plus aimé des époux... »
Et la noble femme écrivit, le 17 octobre, à son père :
a ... Avoir d'autres intérêts que les vôtres, c'est affreux pour votre fille qui vous a prouvé à quel point allait sa tendresse, sa soumission pour vous. Peut-être l'avez-vous oublié ; mais, dans quelque situation que je me trouve, je ne regretterai jamais ce que j'ai fait. Ma conscience est sans reproche. ..
u Eugène, le meilleur des époux, ne s'afflige qu'à cause de nous. Il regrette même d'être mon mari, d'être leur père. C'est tout dire. Sa tendresse fait mon unique bonheur. Jamais il ne perdra la mienne. Je le suivrai partout, bien sûre qu'il ne s'écartera jamais du chemin de la vertu et de l'honneur.
tt Voici la dernière lettre que vous recevrez de votre fille. Mon devoir m'impose le silence, comme il m*a prescrit de penser au sort de nos enfants.
« Encore une fois, je vous le recommande, ne les oubliez pas... »
Et le 8 novembre, elle manda à Napoléon :
u Croyez que rien au monde ne me fera oublier mon devoir et que vous pouvez compter sur mon entier dévouement comme sur celui d'Eugène. Il défendra le royaume jusqu'au dernier moment. De mon côté, je tâcherai de ranimer les esprits faibles qui se laissent abattre dès qu'ils entendent parler de dangers. Si nous
succombons, nous aurons au moins la consolation d'avoir toujours rempli notre devoir, n
N. B. — Voir, pour réponse aux calomnies des Mémoires de Marmont, les lettres si dignes et si concluantes d'Eu(]rèae, en date des 22, 23 et 29 novembre 1813 et du 17 janvier 1814.