Le mariage est daus l’ordre de la nature, Il & pour
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. Le soin et la protection que demande un enfant pendant les longues années qui précèdent l’époque où il pourra se suffire à lui-même font bien comprendre la nécessité d'un foyer domestique, d'une société conjugale assise sur des bases solides etinébranlables. L'homme nait faible, ignorant et sans défenses. Sans les soins assidus des parents, il périrait infailliblement.
A côté de cette sollicitude nécessaire à sa conservation physique, il lui faut une éducation qui s'adresse à l'intelligence et au cœur. Elle consiste dans une direction sage, éclairée et constante. Cette éducation se prolonge, pour les plus jeunes des enfants, jusqu'à la vieillesse des parents. Ceux-ci ont chacun leur tâche dans cette éducation. Les père et mère ont tous deux besoin de concentrer leurs forces, leurs aptitudes et leur expérience pour accomplir leurs devoirs touchant l'éducation de leurs enfants. Le mariage qui les a réunis, a formé de deux êtres imparfaits et incomplets un tout capable de diriger l'éducation du jeune âge. Le divorce les disperse, et laisse les enfants à l'abandon. La mère reste avec son amour maternel, mais sans autorité et sans force. Le père, appelé au dehors, ne peut plus exercer son autorité avec discernement et modération. “ Les pouvoirs sont brisés, dispersés, dit M. Camille Breton ;
il y a anarchie ; l'équilibre est rompu entre la mère et
ses enfants ; sa tendresse est pour eux un danger sans
“ compensation, sa solitude une faiblesse. Quand au père,
“ des soucis étrangers l'emportent ; son autorité sera sans “ suite et sans mesure, pleine de colère ot ‘e faiblesse ; à la merci peut-être d'une nouvelle épouse, d'une femme étrangère” C'est ce qui fait dire à Rousseau. ‘“ Les enfants fourniront toujours une raison invincible contre “ le divorce.”
‘Lorsque l'éducation des enfants est terminée, la: fin secondaire du mariage, l’aide et le secours que les époux
se doivent mutuellement, s'oppose avec plus de force que jamais à la dissolution du lien conjugal. Quoi ! est-ce au moment où les époux ont le plus besoin de se secourir et se consoler l’un l’autre, que le caprice de l’un pourra rom- | pre le mariage ? La nature de cette union ne permet donc d'assigner aucun temps où elle puisse être dissoute, et le mariage est indissoluble.
4. Au point de vue des époux, nous croyons aussi que le principe du divorce ne peut pas être admis. L'être ‘0 humain doit tendre à sa perfection. Le mariage doit être F: une école de perfection pour le mari et la femme. Il est assez facile de prouver que tel ne sera pas le cas si le | mariage peut être dissous. Les époux, égaux au point de 3 vue moral, ne le sont pas sous d’auires rapports, par exemple du côté physique. Ils sont le complément l'un de l'autre. L'homme a reçu la force en partage ; la femme, le dévouement. Le mariage les réunit, les confond, les unit 1 dans une communauté de protection, de travail, d'amour ïA et de dévouement. Cette fusion de deux âmes doit être \
| absolue et sans limites. C’est cette certitude de toujours à
pouvoir compter sur une union parfaite et sans bornes qui L.
met dans chaque époux une confiance, un abandon plein
et entier. Mais, si vous admettez le divorce, cette con-
fiance qui fait la force des époux, qui les maintient dans la ®
paix et l’harmonie, cette confiance peut-elle continuer
d'exister ? Les conjoints songent au lendemain qui peut
amener une séparation, qui peut jeter l'époux dans les bras
‘| d'une autre compagne. Là où il faut un abandon sans
| réserve, il y aura contrainte et défiance. Supposez mainte-
| nant le moindre conflit entre ces deux époux, vous aurez
Al un tison de discorde. Le mariage dissoluble fait des
époux deux associés armés. Par cela seul que vous per- |
mettez le divorce, vous le rendez souvent inévitable.
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“ Ainsi, dit un écrivain, le divorce sépare les époux dans “ le mariage même, et rend impuissante l'influence morale “ de l’homuwe sur la femme, et de la femme sur l’homme. “ Il fait du mariage, qui est l'union de deux êtres pour le “ bien, une association de hasard, portant en elle des ger- # mes de ruines.”
5. Nous devons ajouter que la rupture du lien matrimonial serait une injustice envers la femine.
“ Le mariage est une société naturelle, et non une asso- “ ciation commerciale, dit M. de Bonald. Les mises ne “ sont pas égales puisque l'homme y met la protection de “ la force ; la femme, les besoins de la faiblesse ; les résul- ‘“tats, en cas de sépuration, ne sont pas égaux, puisque #“ l'homme en sort avec toute son autorité, et que la femme “ n’en sort pas avec toute sa dignité; et que, de tout ce “qu'elle y a porté, pureté virginale, jeunesse, beauté, “ fécondité, considération, fortune, elle ne peut, en cas de “ dissolution, reprendre que son argent.”
6. La société conjugale est volontaire dans sa formation, mais comme elle est naturelle dans sa fin, les époux ne sont pas libres d'y apposer toutes les conditions qu'ils veulent. Les époux doivent vouloir la fin de l'alliance qui les unit. Cette fin exige une cohabitation durable.
‘# La passion elle-même, qui noue les premiers liens d'amour, dit Taparelli, affirme et promet solennellement
qu’ils seront éternels.”
Au point de vue physiologique, on doit songer que chacun de ses enfants coûtera à la mère de longs mois d'infirmités ; le nouveau-né lui-même s’athachera à sa mère à qui la nature a donné providentiellement la nourriture de l'enfant.
Au point de vue moral, la société conjugale ne se propose pas de propager un animal quelconque, mais un être raisonnable. Il ne s'agit donc pas seulement de lui procurer la vie, mais il lui faut l'éducation qui développera sa raison pour en faire un homme parfait. Combien de temps l'enfant ne restera-t-il pas privé de la plénitude de sa raison ? Combien de temps ne s'écoulera-t-il pas avant que l'enfant puisse agir comme un homme raisonnable, sans guide et sans protecteur ?
Quand cette époque de la vie est arrivée, les époux ont vieilli ; leurs forces ont diminué, Cette communauté d'intérêts, de secours et d'assistance, cette union d’âmes établie entre eux doivent exiger plus que jamais l’indissolubilité du mariage afin qu'ils puissent s'ailéger le poids et les infirmités de l’âge. La fin du mariage exige donc qu'il soit indissoluble.
Les époux étaient libres de se marier ou de ne pas se marier. Mais une fois qu'ils ont choisi l’état du mariage, ils ne peuvent plus ne pas en vouloir la fin. Le consentement que les époux apporteraient pour rompre leur union, serait donc, sans effet.
“ En vain, dit un écrivain, objecterait-on que le mariage se formant par un contrat, peut comme les autres contrats, se dissoudre par le même consentement mutuel qui la formé ; car ce contrat diffère de beaucoup d’autres en ce qu'il n’a pas tant pour objet l'utilité propre des époux, que celle des enfants à naître, et par conséquent, de tout le genre humain. Or, les pactes qui concernent le bien d’un tiers, et surtout le bien social passent dans le droit public et ne dépendent plus de la seule volonté des contractants. Quand même, dans quelque cas spécial, les inconvénients du divorce viendraient à cesser, si par exemple il n’y avait pas d'enfants, il ne deviendrait pas licite pour cela, parce
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que ce qui est établi pour une cause universelle reste en vigueur lors même que la fin de la loi cesserait pour un cas particulier.” (1)
7. La polygamie est l'union mutuelle et simultanée d’un homme avec plusieurs femmes. Cette pluralité d'unions ne détruit pas totalement la fin principale du mariage, la procréation des enfants, puisque plusieurs enfants peuvent naître en même temps d'un même père et de plusieurs mères. Elle n'empêche pas absolument la bonne éducation des enfants, quoiqu'elle y apporte des obstacles sérieux. Mais la polygamie est contraire aux fins secondaires du mariage, le secours mutuel que les époux se doivent, l'harmonie et la concorde qui doit exister au foyer conjugal. Elle rompt l’unité morale chez les chefs de la société domestique, elle met plusieurs sociétés dans la famiile, ct plusieurs intérêts dans une même maison. Enfin elle est contraire à l’ordre divin puisque Dieu a mis dans la bouche du père du genre humain des paroles qui établissent à la fois l'unité et l'indissolubilité du mariage. Comme la pluralité des femmes, et la répudiation ne sont pas contraires à la fin principale du mariage, mais opposées aux fins secondaires seulement, les philosophes enseignent qu’elles ne sont pas défendues par les premiers préceptes de la loi naturelle mais par les seconds préceptes.
8. Les époux doivent donc rester unis entre eux toute la vie; c'est un contrat qui ne se termine que par la mort. Ils doivent vivre l’un pour l'autre. 1ls doivent vivre pour leurs enfants. Lorsqu'au titre d’époux vient s'ajouter celui de la paternité, il s'établit encore un nouveau lien entre eux ; dès ce moment ils ne s'aiment plus seulement en eux-mêmes, mais encore ils s'aiment en leurs enfants. De nouveaux devoirs communs les lient plus
(1) Institutes du Droit Naturel et du Droit des Gens IT, 18.
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étroitement s’il est possible. C’est, à cette période de la vie, que l’homme et la femme tendent le plus à leur perfection et à leur fin dernière, Les époux répriment leurs passions, corrigent leurs défauts, afin de paraitre tous deux aux premiers regards inquisiteurs de leurs enfants, plus parfaits, plus unis, plus dignes de l'autorité que Dieu leur a confiée, plus dignes enfin d’être les modèles sur lesquels les caractères si flexibles du jeune âge devront se modeler.
9. Mais hélas ! à côté de ce tableau de la société domestique, pourquoi faut-il que j'en décrive un autre! Quand le mariage n'est pas assis sur le véritable amour qu: les époux doivent avoir l’un pour l’autre, quand un moment de passion, un intérêt mondain, un simple argument de raison a fait décider de l'union, qu'arrive-t-il trop souvent ?
Le mari et la femme se sont peut-être connus pendant de nombreuses années avant leur mariage. Ils se tenaient cachés l’un de l’autre. Ils se sont montrés leurs qualités respectives, en déguisant leurs moindres imperfections. Mais maintenant le mariage est conclu. La lune de miel n'a peut-être eu qu'une pâle apparition. On n'est pas si soigneux de faire briller ses qualités, on ne prend aucun soin de corriger des défauts qui, non réprimés, mettront les époux en désaccord, en guerre sourde, jusqu'à ce que soit allumé le feu des dissentions et des querelles. Puis enfin le mari qui était sobre, digne et réservé devient ivrogne, débauché, brutal ; la femme qui était douce, modeste et aimable ne réserve ces qualités qu'aux étrangers, tandis qu'avec son mari, elle est acariâtre, froide et hautaine. Elle ne se plait plus au foyer domestique, et peu à peu elle oublie tous ses devoirs envers son mari et sa famiile, jusqu'à ce qu'une folle passion, et l’habilité diabolique
d'un séducteur 1: rendent abominable aux yeux de tous.
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de la 10. Quelle sera la vie de ces époux malheureux ? quel r per- sera le sort de ces unions mal assorties ? Quel est le leurs correctif à ce triste état de choses ? La réforme du mal, le deux ; pardon des offenses ; voilà le seul remède possible, mais (4 plus L: c'est le petit nombre qui l'emploie. 11 demande la coopéleur ration des deux conjoints, de l'époux prévaricateur et de quels la pauvre victime. Bien souvent, le coupable recommenleler. cera ses excès, et le foyer un moment plus tranquille rede- HU viendra la scène d'ivrogneries, d’infidélités, d'injures et de nd le “où mauvais traitements de toutes sortes. : les a Les législateurs ont cru devoir apporter, à cet état de ie à . Q / ment ne choses, un remède consistant dans le divorce et la séparait de 4 tion de corps.
sou- k se 3 à 11. Nous avons déjà vu comment le divorce est contraire aux principes du droit naturel. Nous devons ajouter que dant ‘4 l'espérance même du divorce, bien loin d'apporter un Ù # N 2 Ë aient ; remède aux malheurs des époux, serait une nouvelle source vités 4 de discordes et de querelles entre eux. On comprend ions. 4 L f Ë ? Dati Û | facilement que les époux sachant le lien qui les unit indismiel u ZAR Lo \ | à soluble, seront plus disposés à se pardonner l’un l’autre, à as si à à à ; ; plier leurs caractères, et à se faire des concessions mutueiles. icun : 5 € | En serat-il de même s’ils peuvent espérer mettre un terme ht les » ; SR TA x à leur union ? Non certes. L'espérance du divorce est soi , à 6 bien loin de maintenir la paix et l'harmonie dans le foyer. nfin é 3 L * Elle sera un aliment de discordes. Elle portera les époux à œne : CHAUX We ï ne pas se faire de concessions, mais à entretenir les quee et i L ANS j relles et les dissentions qui s'élèvent au foyer domestique. ndis bine. 12. Le divorce est également contraire à l'intérêt public, peu car non seulement il engendre la division entre les époux, ille, par l'espérance même du divorce, mais encore il répand, que après qu'il est consommé, la haine et l’inimitié entre les ous. familles que le mariage avait alliées ; il produit un effet
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désastreux sur les rapports des parents avec leurs enfants ; enfin l’histoire de tous les pays et de tous les temps nous prouve qu'il est une des causes les plus grandes de la corruption des mœurs, et de la décadence des peuples.
13. En vain réplique-t-on que la séparation a les inconvénients du divorce. Il y 2 une grande différence entre les deux états. Le divorce rompt les liens du mariage ; les époux sont désunis sans possibilité d’un rapprochement. La séparation, au contraire, ne rompt pas les liens qui unissent les conjoints ; ceux-ci peuvent toujours se réunir de nouveau. C’est là l'espoir du droit naturel comme celui de la loi civile. La séparation n’est que temporaire. Autrefois on ne la prononçait que pour un temps déterminé, excepté au cas d’adultère. “ Que si les choses ‘en arrivent à ce point, dit Léon XIIT, que la vie com- “ mune ne parait pas pouvoir être supportée plus long- “ temps, alors l'Eglise permet laséparation des deux époux, “ en prenant tous les moyens et en employant tous les ‘“ remèdes conformes à la condition des époux, et propres “ à adoucir les inconvénients de cette séparation ; elle se “ œarde bien ou de ne pas travailler à la réconciliation ou “ d'en désespérer.”
Il faut dire de plus que la position d'époux divorcé peut paraître enviable aux yeux d'un conjoint malheureux ; celle d'époux séparé de corps bien loin d’être un objet d'envie, ne sera qu’un pis aller. Le divorcé rompt les liens d’une union qui lui est odieuse, et acquiert la liberté d’un célibataire ; il peut former de nouveaux liens. [L’époux séparé de corps perd les avantages du mariage, sans pouvoir contracter une nouvelle alliance ; il n’a pas la liberté du célibataire. Il faut en conclure que si le principe du divorce est admis, les familles seront dispersées en plus grand nombre, et les enfants de ces unions n'auront pas les
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avantages de l'éducation du foyer domestique. Si vous n’admettez que la séparation de corps, le nombre des familles désunies sera comparativement restreint, et la société aura l'espoir de voir ces familles se reconstituer, et la paix et la tranquillité se rétablir entre les époux.
Et qu'on ne dise pas, avec Benthom, qu’il est absurde de supposer que deux individus puissent se promettre une fidélité perpétuelle, lors même qu'ils finiraient par se hair à mort. L’indissolubilité.du lien conjugal ne résulte pas uniquement du plaisir, de l'intérêt ou des lois positives, et Bentham fait erreur en supposant l'amour et la haine, des passions nécessaires. Si l’objection valait quelque chose nous ne pourrions former aucun engagement, contracter aucune obligation, contre lesquels nos passions pour: raient se révolter. Le soldat ne serait tenu d'être fidèle à srr drapeau que tant que la passion ne le pousserait pas .:op à le trahir. L'homme d'état ne serait fidèle à son serment que tant que la passion et l'intérêt ne le porteraient pas à vendre sa patrie. “ Non, dit Taparelli, en contractant leur union les époux ne supposent pas l’absurde condition imaginée par Bentham ; ils considèrent avec leur raison toutes les relations morales sous une forme universelle ; ils savent très bien que les devoirs qu’ils s'imposeront à un jour donné seront perpétuels, car ils savent que la raison ne détruit pas le lendemain ce qu’elle a fait la veille; c’est pour cela qu'ils s'engagent à user de la force de leur libre arbitre contre les assauts de la passion ; ils ont une entière certitude que l’homme ayant le devoir d’être bienveillant envers les autres hommes ne se verra jamais dans la nécessité de haïr un de ses sembla-
bles” (1) L'infidélité à la foi conjugale ne pourra pas non plus faire résilier le contrat. Il est possible que la résiliation
(1) Taparelli. II, 1531.
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