CHAPITRE Xi
a BÊTE GOMME LA PAIX »
ilariage du Dauphin. — Mme Lenormant d'Étiolles au bal masqué de Versailles. — Rôle de Mme de Pompadour. — Mort de l'iimpereur. — Le marquis d'Argenson, ministre des Affaires étrangères. — Défection de l'Électeur de Bavière. — Bataille de Fontenoy. — Paroles de Louis XV à son fils. — Lettre d'Argenson à Voltaire. — Nouvelles victoires. — Événements militaires en Italie (1745-1746). — Conditions de la paix. — Louis XV et Marie-Thérèse sont dupés. — Mécontentement du peuple. — La publication de la paix.
Le Dauphin, en 1745, est svelte et gracieux, tel que nous le représente La Tour dans le pastel du Louvre ; il ressemble à sa mère, et, sur son visage de seize ans, passe le sourire fin et résigné de la bonne reine. La Dauphine, l'infante Marie-Thérèse-Raphaëlle, aquutreans de plus que son mari : elle est laide, rousse et sévère, mais inspire au Dauphin un profond amour. On mariait le fils de Louis XV par raison d'Etat, il fallait assurer la succession du trône, et par intérêt de famille, afin de cimenter la réconciliation des deux couronnes ; du même coup on rendait le fils du roi heureux, chose rare dans ces unions diplomatiques. Ce bonheur devait durer moins de deux ans ; Marie-Thérèse-RaphaôUe mourait en juillet 1746, après avoir donné naissance à une fille qui disparut en bas âge.
Les fêtes du mariage furent splendides à Versailles et à Paris ; les mémorialistes, les dessinateurs nous en ont con-
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serve le souvenir et nous permettent d'assister à ces journées de réjouissances publiques. C'est au bal masqué donné à Versailles, le 25 février 1745, et célèbre par la gravure de Cochin, que Louis XV remarque une jeune femme déjà entrevue assez fréquemment aux chasses royales de la forêt de Sénart : la dame, élégante, gracieuse et fort jolie, s'appelle Antoinette Poisson ; elle est mariée à Lenormant d'Etiolles, neveu de Tournehem, directeur des Bâtiments; elle sera, par la grâce du roi, marquise de Pompadour et même duchesse ; elle apparaît alors dans tout l'éclat de ses vingt-quatre printemps. Mme de Châteauroux est déjà bien loin de la pensée de Louis XV, la petite bourgeoise se prépare vingt années de puissance absolue.
Mme de Pompadour se présente à la postérité entourée des écrivains et des artistes qu'elle a protégés avec la plus gracieuse intelligence; elle eut la tète et le cœur d'une vraie patriote, et cependant l'histoire doit dire que après tout, l'influence exercée par la favorite sur les affaires politiques, durant un quart de siècle, a été malheureuse. Son règne, à la surface, n'est que ris et délices; l'atmosphère où elle vit semble teintée de rose et de bleu, on la voit à travers les tableaux de Boucher dont elle aime à s'entourer ainsi que d'un symbole; aup!'.";s de la marquise on entend le susurrement des causeries légères et les bravos qui l'accueillent en souveraine lorsque, sur le théâtre des « Petits appartements », elle vient de roucouler les ariettes d'un opéra, en digne élève de Jélyotte; on respire le parfum des madrigaux... toutes ces futilités ne riment-elles pas avec Pompadour? Mais cet Eldorado de féerie s'évanouit pour qui sait comprendre, et voilà l'heure des catastrophes. Et qui aurait pu retenir au rivage le navire qu'emporte la tempête "? Personne moins que Louis XV. Aucun homme d'Etat, pas même Choiseul, ne fut assez fort, ni assez désinlércssé, pour détrôner cette favorite ou faire la leçon à ce roi si heureux d'être dispensé de régner.
Du moins, avant ces heures douloureuses, est-il encore