BETIC COMME LA PAIX
une belle passe dans les annales du xviii" siècle. En la journée du 11 mai 1745, autour du roi et de son fils, se pressent les vaillants petits-neveux des héros de l'ancienne France. Alors tout ce que la noblesse du pays garde de chevaleresques sentiments se synthétise à Fontenoy, et si Louis XV, qui assiste à ce triomphe de nos armes, en reçoit une sorte d'auréole, quelles couronnes faut-il tresser pour les véritables vainqueurs?
Quelques mois auparavant on fut sur le point de signer la paix. Une nouvelle grave avait surpris les belligérants dans leurs quartiers d'hiver : le 20 janvier était mort à Munich, d'une goutte remontée, Charles VII, ce fantôme d'empereur, laissant un fils trop jeune pour prendre le gouvernement de l'Electorat de Bavière et, à plus forte raison, pour prétendre au trône impérial. La cause même de la guerre disparaissait. C'était affaire aux chancelleries à prendre des décisions et à régler les intérêts de chacun.
Le nouveau ministre des Affaires étrangères, le mai-quis d'Argenson, trouvait une tâche difficile pour ses débuts. Esprit spéculatif, il avait longtemps étudié la politique dans le silence de sa studieuse retraite, il se croyait tout prêt à l'action. Mais il connaissait fort mal les hommes : se fiant à Voltaire, son intime ami, ne croyait-il pas à la bonne foi de Frédéric ? Il ne sut pas prévoir les événements et négocier tout de suite avec Marie-Thérèse une paix dont le prix eût été d'assurer la couronne impériale à François, grand-duc de Toscane ; et il n'eut pas ensuite le courage de provoquer une concentration de forces au cœur de l'Allemagne, afin de barrer le chemin à l'Autriche et de couper court à ses revendications. La politique du marquis d'Argenson était faite d'incertitudes, de tâtonnements. On perdit deux ans pour arriver au résultat qu'on aurait dû obtenir dès 1745.
Le roi de Prusse aurait pu nous aider de ses conseils, mais il louvoyait : tout en ayant l'air de nous consulter, il tentait de s'allier avec l'Angleterre et la Hollande. Tandis que se poursuivaient ces vaines démarches, un incident se produisit
ciui mit fin aux incertitudes de notre ministre. Le jeune Electeur de Bavière avait capitulé, se mettant à la discrétion de l'Autriche et lui livrant toute suprématie sur l'Allemagne méridionale. Il avait souscrit à l'ultimatum dicté par Marie- Thérèse, et voici à quelles conditions il obtenaitde conserver son Electorat: renonciation à l'Empire et à la moindre parcelle de la Succession d'Autriche; adhésion pure et simple à la Pragmatique ; promesse de la voix électorale de Bavière pour le Grand-Duc ; rupture immédiate de toute alliance avec Louis XV et Frédéric (traité de Fùssen, 22 avril.)
Le roi de Prusse nous demanda secours en ces conjonctures, on fit la sourde oreille à Versailles. Aussi Français et Prussiens ne furent-ils plus alliés qu'en apparence ; ils se détachèrent les uns des autres et se défendirent chacun de leur côté, sans concerter leurs desseins. Louis XV résolut donc de reprendre la campagne de Flandre et de poursuivre les conquêtes de 1744. Durant l'hiver, le maréchal de Saxe avait préparé le terrain et lorsque, le 8 mai, le roi et le Dauphin arrivèrent au quartier général, Maurice, après avoir investi Tournai, fut en état de se mesurer avec les ennemis localisés : Anglais, Hollandais, Hanovriens, Autrichiens, au nombre de 65 000 et tous confiés au commandement du jeune duc de Cumberland, second fils de George H.
L'action se déroule trois jours après, au sud-ouest de Tournai, vers Antoing, et jusqu'au village de Fontenoy. A cette journée mémorable se rattachent plusieurs faits, fort précieux; ils nous montrent l'enthousiasme dont firent preuve les combattants, ils doivent être rappelés.
Quelques semaines avant Fontenoy, on crut que Maurice de Saxe ne pourrait se mettre en route, — il souffrait d'une hjdropisie qui le minait. Voltaire, le rencontrant dans une galerie de Versailles, lui demanda si son départ n'allait pas compromettre ses jours.
« Il ne s'agit pas de vivre, dit Maurice d'un ton indifférent, mais de partir. »
El, après avoir subi une ponction, ce futdune chaise rou-