‹ Le dix-huitième siècleChapitre 15 sur 56 · BETE COMME LA PAIX · texte numérisé non relu

BETE COMME LA PAIX

de France n'ont rien fait de si glorieux. Je suis fou de joie. Bonsoir, Monseigneur. »

Par une pensée généreuse, le marquis d'Argenson voulut faire suivre cette glorieuse bataille d'une proposition de paix ; il manda à l'abbé de La Ville, plénipotentiaire à la Haye, de faire une démarche auprès des États généraux de Hollande. « Aumoment d'une victoire si complète, disait-il, les Pays-Bas ouverts par des conquêtes presque assurées, offrir la paix par des moyens si sincères est le trait d'un héros et d'un législateur. » îl parlait au nom de Louis XV.

Il en fut décidé autrement; on dut chercher la paix les armes à la main. Frédéric avait, suivant son expression, acquitté la lettre de change que Louis XV avait tirée sur lui à Fontenoy par les victoires de Friedberg en Silésie et de Kesseldorf en Saxe ; il signait avec l'Autriche le traité de Dresde qui lui reconnaissait la Silésie et le comté de Glatz (23 décembre 174o). En Italie, l'infant Don Philippe gagnait la bataille de Bassignano, mais perdait celle de Plaisance. A la mort de Philippe V (juillet 174G), son successeur Ferdinand VI faisait cesser l'intervention des troupes espagnoles en leur donnant un rôle purement défensif.

La France restait donc seule à lutter, en Flandre contre les alliés vaincus à Fontenoy, en Italie et dans le midi de la France contre les Autrichiens, dégagés des préoccupations prussiennes. Elle tint tète bravement. Raucoux (1746) et Lawfeid (1747) furent deux brillants lendemains de Fontenoy, où l'habileté de Maurice de Saxe éclata encore. Il faut citer aussi la prise de Berg-op-Zoom par Lôwendal, et l'investissement de Maestricht. La Flandre redevenait française et la Hollande voyait son territoire envahi.

En Provence, Maillebois, assisté de Chevert, culbute les Autrichiens et les Sardes qui occupent Cannes et Antibes et qui, poussés par les Anglais, veulent faire le siège de Toulon. Lu conséquence de ces faits d'armes fut le soulèvement de la République de Gênes qui réussit à secouer le joug étranger, grâce aux ducs de BouiTiers et de Richelieu, et aussi

grâce à la diversion malheureuse tentée par Belle-lsle, au col de l'Assiette, contre le roi de Sardaigne qui rappelle toutes ses troupes du littoral,

Mais les préliminaires de paix étaient entamés à Bréda et l'on rédigeait le traité qui devait être signé à Aix-la-Chapelle (30 octobre 1748).

Que gagnait la France ? Elle avait héroïquement défendu l'empereur; à la mort de Charles VII, elle s'était désintéressée de l'élection qui faisait monter sur le trône impérial François de Lorraine, l'époux de Marie-Thérèse, et assurait ainsi les vœux de son ennemi. Frédéric, notre allié, prenait du moins possession de la Silésie... Mais que dire de Louis XV qui ne garde aucune de ses conquêtes de Flandre, désireux, selon sa parole, d'agir en « roi » et non en « marchand » ? Il se contente des duchés de Parme, Plaisance et Gnastalla pour le mari de sa fille aînée, l'infant Don Philippe, qui était devenu le prétexte de la guerre, après la disparition de Charles VII. En Amérique, la France recouvre Louisbourg et le cap Breton. Mais que de sommes dépensées pour cette mesquine conclusion et que de soldats anéantis ! Le roi de Sardaigne, comme Frédéric, voit son territoire s'agrandir; la République de Gênes gagne son indépendance; le duc de Modène, gendre du Régent, rentre dans son duché, qu'il avait perdu pour avoir secondé les intérêts de la France.

Et, malgré ses défaites, c'est encore, en somme, l'Angleterre qui triomphe : au point de vue commercial, qui lui est cher, elle obtient pour quatre ans le droit d'importer les nègres [asiento] et de trafiquer avec les colonies espagnoles ; au point de vue politique, elle renouvelle la stipulation d'Utrecht, c'est-à-dire la démolition de Dunkcrque, et fait chasser de France les Stuarts.

llidouard, appelé aussi le chevalier de Saint-Georges, que nous avions défendu et qui était notre hôte à Paris, est arrêté en plein Opéra, conduit à Vincennes et renvoyé hors des frontières. Cet outrage fut sévèrement jugé et le roi

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