‹ Le dix-huitième siècleChapitre 16 sur 56 · BETE COMME LA PAIX · texte numérisé non relu

BETE COMME LA PAIX

n'échappa point aux satires et aux libelles ; on disait à Louis XV :

Il est roi dans les fers : qu'êtes-vous sur le trône ?

Marie-Thérèse était dupée comme nous. Il sembla aux esprits perspicaces que le traité d'Aix-la-Chapelle était la victoire des protestants contre les deux plus anciennes monarchies catholiques de l'Europe. On voit poindre le rapprochement des Habsbourgs et des Bourbons, et ce renversement des alliances qui a trouvé en plusieurs des historiens modernes de si fermes défenseurs.

Le peuple est fort mécontent de la conclusion de la guerre, bien que, les hostilités cessant, les impôts soient moins lourds. Les dames de la Halle donnent la note juste : en se querellant, elles se lancent ce mot, bien vite devenu dicton : « Tes bête comme lapaix ! » L'ignorance des dessous diplomatiques excuse cette façon simpliste de juger les choses. Toujours est-il que le populaire ne se trompait pas beaucoup. L'aventure du prétendant Stuart lui avait déplu et le poussait au mécontentement. Il se demandait aussi pourquoi toutes ces villes de Flandre, oh. s'étaient épanouies les fleurs de lis du drapeau royal, avaient été prises pour rien. Enfin on trouvait que la fille aînée du roi de France méritait mieux que trois mesquins duchés d'Italie: on espérait qu'elle serait reine et porterait une vraie couronne.

La publication de la paix ne s'en fit pas moins, le 12 février 1749, avec toute la pompe accoutumée.

Le cortège, formé de plus de huit cents personnes, comprenait le Prévôt des marchands (c'était Bernage) vêtu de son grand costume, « robe de velours mi-partie, de couleur cramoisie et tannée », rehaussée de broderies d'or. Le premier magistrat municipal était accompagné des échevins, des procureur et avocat du roi, et des greffier et receveur, du roi d'armes, de six hérauts, d'un maître de cérémonies, de Mes-

sieurs du Châtclet, et du lieutenant générai de police. Une fanfare (trompettes, tambours, hautbois et cromornes de la Chambre et des écuries du roi) prêtait son concours à la cérémonie.

Ces imposants fonctionnaires partirent de la place de Grève où « un peuple innombrable » attendait depuis lu matin pour voir « ce spectacle magnifique w. Le roi d'armes surtout attirait tous les regards, il était monté sur un cheval blanc et marchait seul « en pointe », précédé de ses hérauts ; il tenait de la main gauche l'ordonnance du Roi qu'il devait « publier» et avait un sceptre de la main droite; ses hérauts d'armes portaient leurs caducées.

Après trois chamades sonnées par les trompettes, accompagnées des graves sonneries des cloches, le cortège se met en marche, suivant un long itinéraire; il s'arrête treize fois aux principaux carrefours de Paris, entre autres à la place du Carrousel, au grand Châtelet, aux Halles, vis-à-vis le pilori, à la place des Victoires, au Pont-Neuf, vis-à-vis la statue équestre de Henri IV, à la place Saint-Michel, à la place Maubert, etc. A chaque station le roi d'armes se découvre et dit « à haute et intelligible voix : De poT le roi! » puis il met l'ordonnance de Sa Majesté entre les mains d'un des hérauts en lui disant: « Vous, héraut (Taj^mes de France, faites cotre charge! » Et lecture est donnée de l'ordonnance publiant la paix. Cette communication est précédée et suivie de trois fanfares et des cris de « Vive le roi ! » poussés par les archers, mais auxquels les spectateurs ne répondaient point. La foule était curieuse, et nullement enthousiaste. C'est l'impopularité de Louis XV qui commence.

Mêmes sources que pour le chapitre précodent. Pour la descriiition de la Publication de la i)aix, nous avons consulté la relation offici.'lle inédite qui (iguri! dans les Registres du Bureau de la Ville (Archives nationales, H. 1803, f" y9-8b).

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