LOUIS XV DEVIKNT IMPOPULAIRE
Appartements. La cabale dévote fut déjouée, et la marquise devint plus forte que jamais. »
Elle profita de cette omnipotence pour faire renvoyer Machault et le comte d'Argenson, dont elle avait à se plaindre personnellement et auxquels elle reprochait leur attitude lors de l'attentat de Damions. Ces deux ministres, qui avaient de l'expérience et de la valeur, Machault sm"tout, s'en allaient au moment où éclatait la guerre et où leurs services eussent été inappréciables. Ils furent sacrifiés, malgré le roi et malgré l'opinion publique. Cheverny, en ses Mémoires, parle d'eux en ces termes :
« M. le comte d'Argenson était ministre delà Guerre. Né avec une belle figure, une mémoire prodigieuse, une éloquence fine de courtisan, se croyant sur de sa place, il suivait les intrigues en grand, et espérait obtenir de l'insouciance de Louis XV la place de premier ministre. M. de Machault... avait aussi ses vues, plus profondes, plus suivies. »
Louis XV, en cette circonstance, fit preuve de cette dissimulation qui lui était habituelle : il traita les deux victimes « également bien en public et en particulier ». Bernis se souvient que, deux jours avant son renvoi, Argenson lui disait : « Vous faites le mystérieux, mais vous savez bien que Machault fait son paquet; la marquise ne veut plus le voir : c'est une affaire de huit jours au plus. »
Machault et Argenson furent exilés le 1" février 1757, à la même heure, ne se doutant ni l'un ni l'autre de leur disgrâce. Le libellé des lettres que leur adressait le Roi était bien différent ; on sent combien Louis XV est désolé d'obéir à la marquise quand il dit à Machault : « Quoique je sois persuadé de votre probité et de la droiture de vos intentions, les circonstances présentes m'obligent à vous redemander mes sceaux etla démission de votre charge de Secrétaire d'Etat de \sLManne; soyez toujours sûr de ma protection et de mon amitié. » Une pension de 20000 livres était assurée à ce ministre. Le billet que reçut le comte d'Argenson était sec et impératif : « Monsieur d'Argenson, votre service ne m'étant
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plus nécessaire, je vous ordonne de me remettre la démission de votre charge de Secrétaire d'Etat de la Guerre et de vos autres emplois, et de vous retirer à votre terre des Ormes. »
De l'aveu mèmede Bernis, dévoué à Mme de Pompadour, ce fut « une faute capitale ». Le marquis de Paulmy, qui succédait à son oncle d'Argenson, et Moras qui rempla-^'uit Machault amenèrent « la confusion et la licence » dans leurs départements respectifs. La marquise, « avec sa confiance d'enfant », crut qu'avec son secours tout irait bien... ni Bernis, ni nos nouveaux alliés ne se faisaient aucune illusion là-dessus. De vrais désastres allaient fondre sur la France et donner plus de vigueur à l'impopularité déjà si grande de Louis XV et de son amie.
Quant à Damions il fut condamné au supplice de l'écartèlement. Nous ne donnerons pas ici les détails de cette atroce exécution. Qu'il suffise de rappeler que, au témoignage de Barbier, le criminel resta « plus d'une demi-heure assis vis-à-vis de l'échafaud, tandis que l'on préparait lout pour son supplice et qu'il regardait tranquillement. » On mit cinq grands quarts d'heure à le faire mourir. « Beaucoup de personnes, raconte Mme du Hausset, et des femmes môme, ont eu la curiosité barbare d'assister à cette exécution, entre autres Mme P..., femme d'un fermier général, et très belle... Cela fut raconté au roi, et il mit les deux mains sur les yeux en disant : Fi, la vilaine I » On m'a dit qu'elle et d'autres avaient cru faire leur cour par là. . . »
1. Principales sources : Mémoires on Journaux du marquis d'Argenson, de Barbier, du duc de Luynes, de Dufort de Chevcrny, du pn-sident Ilônault. de Mme du Hausset, de Bernis. — Correspondance de Mme de i'ompadour (Malassis). — Journal historique ou Fastes durègnede Louis XV. 176(5. — Vie privée de Louis XV (Moufle dWngervilic).
Glasson : Ilistoiredu Parlement de Paris, 2 vol. in-H", 1901.' — I^nc(juain : L'esjirH. révolutionnaire avant la llévolulion, in-8°, 1378. — Aubertin : L'esprit pufjlic au XVlJh siècle, :> édition, in-li*, 1881). — E. et J. de Goncourt : Mme de Pompadour, in-12, nouvelle édition, 18'J9. — P. de Noihac : Louis XV et Mme de Pompadour, in-12, 1904. — G. Stryienski : La Mère des trois derniers Bourbons, in-8», 1902.