CHAPITRE Xîlï
l.A GUERRE DE SEPT ANS
Rivalité de la France et de l'Angleterre. — Dupleix aux Indes. — Événements d'AmJrique. — Prise de Port-Mahon. — La guerre éclate. — Les propositions de Marie-Thérèse. — Rôle de Frédéric. — Envahissement de la Saxe. — Le maréchal d"Estrées. — Richelieu. — Mme de Pompadour fait donner le commandement des armées françaises au prince de Soubise. — Le comte de Glermont. — Rapines des Anglais sur nos côtes.
— Bernis. — Choiseul. — Elisabeth de Russie. — Gontades. — Broglie.
— Saint-Germain. — Le chevalier d'Assas. — Mort d'Elisabeth. — Défection des Russes. — Le Pacte de famille. — Préliminaires de la paix. — Traités de Paris et de Hubertsbourg. — La statue de Louis XV, par Bouchardon.
Le cardinal de Fleiiry avait accepté de continuer la politique anglaise du Régent, et s'était laissé berner par son prétendu ami Walpole. Depuis lors, le gouvernement britannique guettait le moment propice pour nous disputer les colonies des Indes et d'Amérique, et anéantir notre flotte.
Nos établissements en Asie, créés par Colbert, fondés par Lenoir, Dumas, et développés par Dupleix, furent compromis par la rivalité de ce dernier et de La Bourdonnais. Au momentde la paix d'Aix-la-Chapelle, nous dûmes rendre Madras aux Anglais et ne conserver que Pondichéry, Mahé, Chandernagor, Karikal. Dupleix continua pourtant à conquérir l'empire Mogol, avec l'intention d'y fonder une suprématie européenne. Actif et intelligent, Dupleix comprit que, pour exercer dans l'Inde une autorité victorieuse, il devait
s'assurer un ascendant sur quelqu'une de ces vaines marionnettes honorées du titre de nizam ou de nahab, dont il dirigerait les mouvements et par la bouche desquelles passeraient ses ordres. « En un mot, dit un historien anglais, Macaulay, les artifices guerriers et politiques qu'employèrent avec tant de succès, quelques années plus tard, les hommes qui menèrent à bien la conquête de l'Inde, furent compris d'abord et pratiqués par ce Français ingénieux, hardi, plein d'ambition. » Et dire que ce fut le gouvernement même de Louis XV qui arrêta l'élan de cet admirable précurseur de notre colonisation. Dupieix était maître d'un territoire qui allait de la rivière Narbada jusqu'au cap Comorin, c'est-àdire d'une étendue de pays égale à la France, lorsqu'il eut à lutter contre Clive, jeune Anglais aventureux, doué des talents militaires qui manquaient à son rival, et soutenu par de sérieux contingents, tandis que notre compatriote avait pour armée le rebut des galères. Au lieu de s'imposer quelques sacrifices qui eussent pu, malgré tout, assurer la victoire, le roi, cédant aux injonctions du cabinet britannique, en véritable élève de Fleury, rappela Dupieix (1754). Quelques jours avant de mourir (1763) cet incompris publiait un mémoire dont la lecture est un déchirement : « J'ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, à combler d'honneurs et de richesses ma nation en Asie... Je suis dans la plus déplorable indigence. Le peu de biens qui me reste est saisi ; j'ai été obligé d obtenir des arrêts de surséance pour n'être pas traîné en prison... »
Le colonel Malleson a dit de Dupieix : « Les rivaux auxquels a profité sa disgrâce le placent sur un piédestal [son buste figure en effet à Calcutta parmi ceux des grands Européens] à peine moins élevé que ceux où se dressent Clive, Warren Hastings et Wellesley. »
En Amérique les événements ne se présentent pas pour la France sous un jour plus heureux. La paix d'Aix-la- Chapelle n'avait pas déterminé les limites du domaine colonial anglais et français. Les Canadiens défendaient leur ter-
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ritoire, ils se fortifiaient dans la vallée de l'Ohio, protégeaient le Saint-Laurent et le Mississipi, afin de maintenir les Anglais entre les Alleghanies et la mer. Certaines îles des Antilles restaient en litige. Notre commerce néanmoins prenait une grande extension, un renouveau était donné à la marine par deux grands ministres : Rouillé et Machault. L'Angleterre, jalouse de notre puissance maritime, avait juré notre perte. En juin 1755, sans qu'il y ait eu aucune déclaration de guerre, l'amiral Boscawen, alors à Terre-Neuve, se saisit de deux frégates françaises : VAlcide et le Lt/s. C'était le prélude d'hostilités que les Anglais ouvraient ainsi par le plus honteux guet-apens. La chasse continua, et plus de trois cents vaisseaux tombèrent dans les filets des Anglais. Le duc de Mirepoix, ambassadeur de France à Londres, et Bussy, notre ministre à Hanovre, eurent l'ordre de partir sur-le-champ, sans prendre congé des cours auprès desquelles ils étaient accrédités.
Une revanche était nécessaire ; elle fut complète. Une flotte française, commandée par le marquis de la Galissonnière, transporta des troupes àMinorque, sous les ordres du maréchal de Richelieu. Après un brillant assaut, la forteresse de Port-Mahon fut prise (20 mai 17o6). Nous étions maîtres des eaux méditerranéennes; la réponse donnée à Boscawen était éloquente. La joie fut grande à Paris. En Angleterre, on rendit l'amiral Byng responsable de cette défaite, il fut « arquebuse » sur son propre vaisseau.
Les déclarations de guerre se firent durant ces opérations : celle de l'Angleterre le limai, celle de la France le 16 juin. Malheureusement Louis XV ne pouvait songer à lutter contre les Anglais, sans s'assurer de la paix continentale.
Il devait tenir compte de la détection de son allié Frédéric II qui, par le traité de Whitehall (16 janvier 1756), s'engageait à soutenir les intérêts britanniques et à défendre l'Électorat de Hanovre, appartenant toujours à George II, et éventuellement menacé par les armées françaises. Ici intervint Marie -Thérèse. Le désir évident de l'impératrice-
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reine était de reprendre la Silésie à la Prusse; aussi dès 1750, par son ministre Kaunitz et ensuite par Starhemberg, se ménage-t-elle une possibilité d'alliance avec Louis XV. Le moment semble propice en 1755. Kaunitz qui connaît cà fond la Cour de France, il y a passé deux ans à tout voir et à tout comprendre, sait à qui il faut s'adresser en ces graves conjonctures; de Vienne, où il poursuit auprès de Marie-Thérèse sa brillante carrière, il écrit à IVIme de Pompadour : « M. le comte de Starhemberg a des choses de la dernière importance à proposer au roi, et qui sont de nature à ne pouvoir être traitées que par le canal de quelqu'un que Sa Majesté Très Chrétienne honore de son entière confiance et qu'elle assignera au comte de Starhemberg. » L'homme d'entière confiance est Bernis qui revient de son ambassade de Venise et se prépare au ministère. Louis XV discute avec lui et avec la marquise. Il est décidé qu'on entendra les propositions autrichiennes (réunion de Babiole, septembre 1755). C'est Starhemberg qui, plus tard, révèle à Louis XV les négociations du roi de Prusse depuis longtemps entamées entre la Cour d'Angleterre et le duc de Brunswick, représentant Frédéric II, négociations dont on ne sait rien à Versailles, l'ambassadeur de Franco à Londres ayant été rappelé. La nouvelle est uii atout considérable dans le jeu du ministre autrichien ; ainsi Frédéric, lié avec la France par un traité qui n'expire que le 5 juillet 175G, signe avec George II, le 16 janvier de la même année, un traité contre nous. Devant ce fait brutal Louis XV n'hésite pas : le renversement des alliances est décidé. Le 1" mai, la France signe le premier traité de Versailles avec l'Autriche; les deux puissances se promettent garantie réciproque et un secours de 24000 honi mes contre tout agresseur. A la fin de l'année, la c/arine lllisabelh accède à ce traité, renonçant à une alliance anglaise que son entourage eût désirée.
Mais quelle perspective ! Il faut venir à bout de la rivalité que l'Angleteire nous oppose sur mer et aux colonies, et engager la lutte sur le continent. Louis XV est peut-être
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soutenu par l'idée que ses adversaires appartiennent à une autre religion que lui, mais il se lance dans une double entreprise, la plus désastreuse du xviif siècle.
Frédéric ne tarde pas à imiter les Anglais, et, sans déclaration de guerre, envahit la Saxe, en août 1756, avec l'intention bien claire d'arriver aux confins de la Bohême et de menacer i^Iarie-Thérèse. C'est à Versailles une consternation surtout dans l'entourage de la Dauphine; les premières victimes des hostilités sont Auguste III, son père, qui s'enfuit à Varsovie, et sa mère, qui reste à Dresde à supporter les avanies des émissaires du roi de Prusse.
En dehors de cet intérêt de famille, il y a les engagements pris envers l'Autriche. Pouvait-on, devant cette agression prussienne, se contenter des stipulations du 1" mai'? La guerre était venue, ne fallait-il pas la faire avec quelque chance de la terminer vite et utilement? Louis XV qui disait, en parlant de son union intime avec Vienne : « C'est mon ouvrage, je le crois bon et je veux le soutenir », était prêt à tous les sacrifices. Il envoya le comte d'Estrées auprès de Marie-Thérèse pour concerter les plans et les opérations militaires; plus de 100 000 Français furent mis à la disposition de l'impératrice ; c'était l'armée du PJiin et l'armée du Mein, l'une devait envahir le Hanovre, l'autre devait seconder les armées de Marie-Thérèse. Cette nouvelle convention fut signée à Vienne le 28 février 1757 et ratifiée par le second traité de Versailles (1" mai 1757).
Le comte d'Estrées, à son retour, fut nommé maréchal, et, malgré de vives compétitions, obtint le commandement de la grande armée du Bas-Rhin. Mme de Pompadour eût voulu que ce poste allât à son ami, le prince de Soubise...
Cependant Frédéric s'avance jusqu'à Prague, s'empare de la ville (6 mai); une sanglante défaite lui est infligée à Kollin (18 juin) 'par le maréchal Daun. « La fortune, écrivait le roi de Prusse, me tourne le dos ; elle est femme et je ne suis pas galant. J'aurais dû m'y attendre : elle s'est décla-
rée pour les dames qui me font la guerre». Ces dames n'étaient autres que Marie-Thérèse, la czarine Elisabeth, de qui les armées veillaient aux frontières poméraniennes, et Mme de Pompadour. Frédéric évacua la Bohême.
D'Estrées entre en lice, pourchasse les Anglo-Hanovriens à travers la Westphalie jusqu'au Weser, qu'il franchit à Hameln. Le 26 juillet il remporte, sur le duc de Cumberland, la victoire de Hastembeck, aidé de Chevert, du duc d'Orléans, petit-fils du Régent, du prince de Condé et du comte de la Marche, tous trois princes du sang. Dès cette première rencontre se manifeste la désastreuse rivalité des officiers généraux. On ne savait pas encore à Paris le succès de Hastembeck que partait un courrier avec une lettre du roi à d'Estrées, qui lui mandait : « Vous êtes remplacé par le maréchal de Richelieu ». Un ami de d'Estrées, au courant de cette manœuvre, l'avait averti pour le presser d'engager une action, espérant ainsi le sauver; on n'oserait pas sans doute rappeler un général après le gain d'une bataille... Le public est outré. Une estampe paraît où l'on voit le maréchal d'Estrées fouettant le duc de Cumberland avec une branche de lauriers; les feuilles tombent et le maréchal de Richelieu les ramasse. DEstrées trouva des défenseurs à la Cour même; le comte de Maillebois, fils du vieux maréchal, qui avait cabale et dont la conduite avait été assez ambiguë à la journée de Hastembeck, fut incarcéré à Doullens.
Mais les intrigues de Versailles compromettent ce premier succès. Après Richelieu, qui accumule fautes sur fautes, qui signe à lui seul la vaine convention de Closter-Seven (8 septembre 1757), hautement désapprouvée à Versailles, il y a Soubise. C'est, devant l'ennemi, la lutte égoïste de ces deux généraux. Richelieu semble aller au secours du protégé de Mme de Pompadour, alors qu'il n'a qu'un but : faire échouer un rival. Il excède ses troupes par des marches forcées, décourage ses sohlats ; il favorise le pillage et s'alloue la plus belle part du butin, témoin ce pavillon de Hanovre,
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encore debout sur nos boulevards, qu'il fait bâtir au retour de sa campagne avec le produit de ses rapines. « Le désordre, écrit le maréchal de Belle-Isle, l'insubordination et le brigandage de l'armée de M. de Richelieu ont été portés au delà de toutes les bornes. Je n'ai rien vu qui à beaucoup près en approche, depuis cinquante-six ans que je vais à la guerre. C'est certainement la faute du général, car il doit être le maître, sans quoi il n'est pas digne de commander. Il est vrai que pour cela il faut commencer par être intact et donner l'exemple du plus parfait désintéressement. » De Versailles partent journellement de nouveaux officiers que la faveur lance dans la mêlée ; ils arrivent avec de nombreuses suites, et ce sont autant de bouches inutiles à nourrir au détriment des soldats, fatigués et privés de subsistance. A Gotha, où le camp franco-impérial, commandé par Soubise et Hildburghausen, tombe entre les mains des ennemis, on trouve une foule de secrétaires, de cuisiniers et de valets, de la vaisselle précieuse, des objets de toilette, de la parfumerie, des parasols et jusqu'à des singes et des perroquets!
Ces militaires de boudoir se lassent bien vite des camps et ce sont de nouvelles sollicitations à la Cour. « Formet-on une armée, écrit le général de Fontenay, ambassadeuj' de Saxe, les femmes se démènent jusqu'à ce que ceux poui' qui elles s'intéressent soient nommés. A-t-on fait trois mois de campagne, elles font le même manège pour les faire revenir. »
Il courut à cette époque un quatrain qui met en présence Marie-Josèphe de Saxe et la marquise, — ^la Dauphine souffre doublement comme Française et comme Saxonne des malheurs qui s'accumulent :
Delphine à Pompadour a tenu ce propos : Madame, désormais, si vous voulez m'en croire, Vous vous contenterez pour votre propre gloire De faire des fermiers et non des généraux.
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Le roi de Prusse est au milieu de rÉlectorat de Saxe, il n'a guère plus de 20 000 hommes. Soubise est devant lui, commandant une partie de l'armée des cercles impériaux; Richelieu, à Halberstadt, pourrait attaquer Frédéric de flanc, ayant 60 000 hommes à sa disposition ; le général autrichien Marschall tient la Lusace avec 14 000 hommes. Mais chacun hésite. Marschall se dit trop faible et n'a pas l'ordre d'avancer, Soubise attend des renforts et manque de vivres ; Richelieu prétend que la saison est trop rude pour entreprendre quelque chose avec une armée aussi harassée que la sienne. Le roi de Prusse se retire, mais avec beaucoup de lenteur, pourquoi se presserait-il devant la mollesse de ses ennemis ? Il n'est point rassuré pourtant. Besenval rapporte à ce propos une anecdote bien caractéristique. Un soir d'octobre 1757, le prince était couché et dormait sur la paille. Un de ses grenadiers le réveille en lui disant :
« Frédéric, voilà un de tes hommes qui avait déserté et qu'on te ramène.
— Fais-le avancer. »
Le roi lui demande quelle raison il avait eu de l'abandonner.
M Tes affaires, répond le déserteur, sont dans un tel état, que je t'ai quitté pour aller chercher fortune ailleurs.
— Tu as raison, dit le roi, mais je te prie de rester encore avec moi cette campagne, et si les choses ne vont pas mieux, je te promets de déserter avec toi. »
Et ce fut Rosbach (5 novembre). Les 20 000 hommes de Frédéric délirent les 60 000 franco-allemands, par surprise. Le prince de Hildburghausen battit en retraite à la première mitraillade et Soubise perdit la tète. Le roi de Prusse écrit : « L'armée de France a eu l'air de m'attaquer le 5 de ce mois. Mais elle ne m'a pas fait cet honneur s'étant enfuie, sans que je pusse la joindre, dès la première décharge de nos troupes. » L'armée de France ! Frédéric oublie nos alliés, et, avec lui, les libellistes les ont oubliés; ils préféraient chansonner notre général et se venger de Mme de
Pompadour. Soubise manaait au roi : « J'écris à Votre
Majesté, dans Texcès de mon désespoir. La déroute de votre
armée est totale... » On se demande si le prince de Hild-
burghausen eut la môme franchise.
En Silésie, les armées autrichiennes enlevaient Liesrnitz -. . . ^
et Schweidnitz au maréchal de Bevern, et l'enfermaient dans
Breslau; mais Frédéric accourt, reprend Breslau et gagne la bataille de Leuthen (Lissa). Daun, le général autrichien, ne ramène que 30 000 hommes sur 80 OOt) (décembre 1757). Le roi de Prusse avait reconquis tout le terrain perdu, et sa griffe de fer enserrait cette Silésie que jamais plus il ne lâchera. La victoire de Leuthen, a dit Napoléon, « est une des plus complètes qui aient jamais été remportées. Elle suffirait, à elle seule, à immortaliser Frédéric il ». De général à général, ces compliments sont permis; mais que dire de Voltaire, qui ceint de fleurs le front de son ami de Postdam ! Les chansons qui pleuvent sur les généraux de Mme de Pompadour amusent le public, et rien de plus. La marquise garde tout son prestige. C'est à elle que les ministres soumettent les questions les plus graves, avant de les discuter au Conseil. Elle se mêle des opérations militaires, trace des plans de campagne, marque sur les cartes, avec des mouches, les lieux qu'elle conseille d'attaquer ou de défendre. Les nominations de généraux seront toujours à sa merci et toujours amèneront les mêmes plaintes. Louis de Bourbon, comte de Clermont, prit la place de Richelieu. Il était l'arrière-petitfils du grand Condé ; il avait alors une cinquantaine d'années. Quoique abbé de Saint-Germain-des-Prés, il avait servi en 1737 et s'était distingué dans de nombreuses campagnes, en particulier à Lawfeld, sous les ordres du maréchal de Saxe. Il ne désirait pas se marier, bien qu'il ne fût que clerc tonsuré : il aurait dû abandonner ses multiples bénéfices, il préférait mener une vie d'indépendance. Il était académicien, mais se dispensa de prononcer le discours d'usage. Le commandement, qu'il sollicitait avec tant d'ardeur, depuis le début de la guerre, n'était point son fait; il y a loin de l'of-
ficier, qui obéit à des ordres et sait les exécuter, au général en chef qui doit faire preuve d'initiative. Les quolibets ne lui manquent pas, on le traite de « moitié plumet, moitié rabat », et on lui décoche ce huitain célèbre :
Est-ce un abbé? L'Église le renie.
Un général? On l'a bien maltraité;
Mais il lui reste au moins l'Académie;
N'y fut-il pas muet par dignité ?
Qu'est-il enfin ? Qne son mérite est mince?
Hélas! j'ai beau lui chercher un talent ;
Un titre auguste éclaire son néant,
Pour son malheur, le pauvre homme est un prince.
Sur Clermont, il y a une lettre du comte de Gisors à son père, le maréchal de Belle-Isle. C'est un témoignage sérieux venant de ce jeune militaire, de qui les qualités supérieures étaient appréciées, môme de ses adversaires. Le ton de l'épître prouve qu'il n'y avait aucun parti pris de dénigrement chez Gisors; on sent qu'il souffrait d'avoir à faire d'aussi cruelles confidences : « Je n'ai pu jusqu'ici vous parler à cœur ouvert... M. le comte de Clermont, dépourvu de toute connaissance du pays, incapable de former aucun projet par luimême, ne veut être constamment gouverné par personne, et cependant se rend toujours à l'avis du dernier. Il ne prévoit rien, et est peu affecté des dangers présents, s'amuse d'une bagatelle et perd le temps à des promenades inutiles. Voilà quel est notre général. »
En cette année 1758, les ennemis de Frédéric agirent chacun de leur côté : les Français, les Autrichiens et les Russes essayèrent de résister au roi de Prusse sur le Rhin, en Moravie et en Prusse orientale. Clermont fut battu à Crevelt par Ferdinand de Brunswick (23 juin), renouvelant les tristesses de Rosbach, et écrivant, comme Soubise : « Nous n'avons plus que le souflle d'une armée... » A Crevelt fut blessé mortellement le comte de Gisors, qui périssait à l'âge de vingt-six ans, vrai Marcellus de notre dix-
huitième siècle. Un de ses amis (M. de Vignoles) écrivait, au lendemain de la mort de ce jeune héros : « Nous venons de perdre le meilleur sujet du royaume et la plus belle àme ; il était doué de trop de vertus pour vivre dans un siècle aussi corrompu... Ce pauvre seigneur a toujours eu sa connaissance ; il a mis ordre à sa conscience de lui-même. Il a été pleuré à l'armée des ennemis comme dans la nôtre. »
On fonde du moins de grandes espérances sur le maréchal Daun et sur les ?vIoscovites qui avancent, et menacent Frédéric, à la fois, au midi et au nord, mais la journée de Zorndorf (2o août), fut indécise; les Moscovites et les Prussiens couchèrent sur leurs positions, après un affreux carnage de onze heures, et le lendemain, Fermov, le général russe, se retirait et se repliait sur la Vistule, tandis que, sur le Rhin, Chevert, au nom de Soabise, remportait la victoire de Lutternberg (7 octobre). Chevert avait la gloire, Soubise eut le bâton de maréchal. Frédéric, libre du côté des Russes, s'attaque aux Autrichiens ; Daun le défait à Hochkirchen (14 octobre), mais, ne sachant profiter de l'avantage, est refoulé en Bohème. Frédéric, encore une fois, triomphait de la plus critique des situations, tout en souffrant de voir une partie de ses États aux mains des armées de la czarine iilisabeth.
L'Angleterre profita de nos désastres, et continua sur nos côtes et aux colonies à attaquer nos vaillantes garnisons et nos escadres, vouées fatalement à périr, faute de secours. La guerre continentale nous épuisait. Le commodore Howe descend à Cherbourg (16 août), lève des contributions, brûle vingt-sept navires, fait sauter, avec la mine, les chaussées qui protègent le port, et se retire^ emportant canons et drapeaux. Les Anglais font même tentative, près de Saint-Malo, à Saint-Cast (11 octobre), mais sont repoussés, cette fois, par les volontaires de Bretagne, que commandait le duc d'Aiguillon. Au Canada, Montcalm faisait des prodiges, avec sa poignée d'hommes. Il écrivait au ministre qui l'abandonnait : « Nous combattrons, et nous nous ensevelirons, s'il
le faut, SOUS les ruines de la colonie. » Quand Louisbourg fut pris (20 juillet), Montcalm tâcha de fermer la route; mais laissé toujours seul, à la tête de sa petite troupe, grossie, il est vrai, des vaillants Canadiens, il mourra, en héros, à Québec (13 septembre 1759), abandonnant le commandement au marquis de Vaudreuil, lequel ne peut rien contre le nombre de ses ennemis, et doit livrer Montréal... C'en était fait de nos colonies et de notre commerce sur mer.
A Versailles, Bernis, nommé ministre des Affaires étrangères, en juin 17o7, prêche la paix ou une trêve, tout au moins. Il a fait « un beau rêve », il veut l'interrompre et ne le reprendre qu'avec « de meilleurs acteurs et des plans militaires mieux combinés ». Il se heurte à Mme de Pompadour, qui veut la guerre et qui l'aura; tout fléchit devant elle; il a aussi contre lui Marie-Thérèse, plus que jamais désireuse de venger ses défaites. Bernis donne sa démission ; le comte de Stainville, récemm.ent créé duc de Choiseul, le remplace. Ce diplomate vient de faire ses preuves à Rome et à Vienne, comme ambassadeur; il justifie tout à la fois la confiance et la faveur du roi.
Choiseul était fort laid, mais son esprit fin et mordant ne faisait-il pas oublier sa figure? Il appartenait à une excellente famille lorraine, et, par son mariage avec la fille du financier Crozat, disposait d'une fortune immense, qui lui permettait de vivre en grand seigneur. Sa femme, charmante, douce et charitable, contribua à son élévation, non seulement par sa richesse, mais par son aménité et ses réelles qualités de cœur et d'intelligence. Jamais ministre n'eut un train de maison comme celui de Choiseul. Tous les étrangers « présentés », tous les courtisans, étaient admis chez lui ; il recevait vers une heure, on dînait à deux heures, et, quel que fût le nombre des personnes, elles étaient retenues. Il y avait toujours une grande table de trente-cinq couverts et, sans qu'il y pai-ût, une autre était toute prête. Un valet de chambre comptait les entrants, et, dès que le nombre dépassait trcute-cinq, la seconde table était dressée.
Le président Honault nous a laissé un portrait de ce ministre fastueux, supérieur et intelligent, qui « parmi les pvgmées du règne, fut une manière de grand homme » et, après avoir énuméré ses qualités : la franchise, la vivacité, le tact, le courage, Hénault se demande : « Mais quoi ! n'at-il donc point de défauts ?... Oh ! que si fait ! L'amour du plaisir, il ne s'en contraint point; il y donne du temps, ainsi qu'à faire sa cour au roi dans le particulier, soit à souper, soit à jouer ; et l'on comprend que c'est autant de perdu pour les affaires. Mais ses amis. répondent que M. de Choiseul met cette distraction à la place que d'autres ministres emploieraient à comprendre ou à se décider. Son esprit et ses talents lui économisent des heures qui sont trop courtes pour des esprits moins actifs et moins pénétrants. »
La première manifestation diplomatique de Choiseul fut le troisième traité de Versailles (30 décembre 1758), qui donnait toute satisfaction à Marie-Thérèse, lui assurait 100 000 Français comme auxiliaires, lui accordait un subside double, et lui promettait que la paix serait signée seulement lorsque Frédéric aurait restitué la Silésie. Choiseul avait oublié de réclamer en retour quelques bons offices, et quelque soutien dans la lutte contre l'Angleterre ; il était, du reste, d'accord en cela avec Louis XV, qui se montra ridiculement désintéressé. La czarine Elisabeth souscrivit à ce nouveau traité, engagée par les démarches de Choiseul à réduire les adversaires de la France et de l'Autriche « aux termes d'un accommodement juste et raisonnable ».
Choiseul a bientôt une situation exceptionnelle : il mène de front trois départements : les Affaires étrangères, la Guerre et la Marine; il les occupe les uns après les autres, mais il se choisit toujours pour successeurs des personnages de second plan sur lesquels il garde la haute main. Il n'attend pas de diriger tel ou tel ministère pour donner sa mesure : c'est à lui que l'on doit, en 1759, le projet d'une nouvelle descente en Angleterre, entreprise plus audacieuse que pratique, dans l'état où se trouvait notre flotte et sous
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l'œil vigilant de nos ennemis britanniques. Notre escadrille du Havre est bombardée et brûlée, nos vaisseaux de Toulon, après avoir franchi les passes de Gibraltar, sont arrêtés à la hauteur de Lagos; ceux de Brest, commandés par le marquis de Conflans, s'enlisent, en partie, dans les bancs de sable de Belle-Isle-en Mer, et leurs débris sont réduits à rien par l'amiral Hawke ; ce dernier effort nous coûte nos derniers navires, sans compter que Borryer, ministre de la Marine, disperse à l'encan tout ce qui nous reste d'appareils de guerre dans nos arsenaux. Choiseul eut alors la pensée de négocier avec l'Angleterre par l'entremise de la Russie ; il trouva quelque opposition auprès de Louis XV, et ses démarches furent arrêtées par un événement considérable ; toutes ses combinaisons étaient bouleversées. Frédéric venait d'être vaincu à Kùnersdorlï, à quelques lieues de Francfort-sur-l'Oder (13 août 1759), par l'armée russe, conduite par SoltykofF. Le roi de Prusse s'était enfui du champ de bataille, il écrivait quelques jours après : « Quel malheur ! je n'y survivrai pas. Les suites de la bataille sont pires que la bataille. Je ne vois plus aucune ressource, et, pour dire la vérité, je considère que tout est perdu. » D'une armée de 48 000 hommes, il lui restait à peine 3 000 hommes; il songea alors au suicide. C'était bien le moment de dicter la paix : les Russes la voulaient, mais les Autrichiens désiraient toujours reconquérir la Silésie. Soltykoff attendit Daun cinq semaines, et finit par se replier sur la Prusse orientale. « Pendant que je croyais qu'ils marchaient sur le Rhin, écrit Frédéric, tout ragaillardi, ils prennent le parti contraire Je vous annonce
le miracle de la Maison de Bi-andebourg . » Ce miracle était dû à la temporisation de Daun, qui prit sa revanche en faisant capituler Dresde et en chassant les Prussiens du territoire saxon. C'était le plus grand gain de la campagne.
Nos armées du Rhin et du Mein n'avaient pas fait mei'vcille en cette année: l'une était dii-igéc par le marquis de
Contades, nommé, par la marquise, à la place du comte de Clermont ; l'autre, par le duc de Broglie, qui infligea im échec à Ferdinand de Brunswick à Bergen (13 avril), et. s'empara de Cassel et de Minden. Contades vint rejoindre Broglie et lui disputa le commandement; il s'ensuivit des brouilles et des rivalités, qui compromirent ces premiers succès. Brunswick en profita; il reprit Minden (1" août). Le seul avantage fut le renvoi de Contades, qui fut honteusement souligné par la nomination de Broglie au maréchalat : « ce dernier passa sur le corps de plus de cent de ses anciens ». La Gazette d£ Amsterdam annonçait la nouvelle en ces termes : « Cette dignité a prévenu en lui le nombre des années et l'ancienneté du rang... Si elle avait été la récompense immédiate de la brillante victoire de Bergen, l'ennemi n'aurait certainement pas à nous objecter la funeste journée de Minden. » Marie-Thérèse, de son côté, donnait à Broglie le titre de prince du Saint-Empire Romain.
Les tristesses se poursuivent; c'est, en 1760, une autre rivalité entre le maréchal de Broglie et le comte de Saint- Germain qui se séparent. Saint-Germain rentre à Paris après sa victoire de Korbach (iO juillet), laissant derrière lui de sincères regrets. Celui qui le remplace, le chevalier deMuy, est battu à Warburg; il perd de nombreux soldats, en se retirant, ce qui fait dire que « la retraite de M. de Saint- Germain avait fait couler beaucoup de larmes, et celle de M. de Muy beaucoup de sang ». Le marquis de Castries, chargé par Broglie de défendre Wesel, arrête le fils de Ferdinand de Brunswick à l'abbaye de Clostercamp (15 et 16 octobre), bataille célèbre par la mort héroïque du chevalier d'Assas et du sergent Dubois. Ces deux officiers se trouvaient à l'extrême gauche de leur régiment qui se repliait tout en tirant. Un camarade leur dit qu'on se trompait et qu'on faisait feu sur les Français. D'Assas et Dubois s'avancent pour vérifier la chose. Aussitôt les Anglais les entourent, les ineuucent de leurs baïonnettes, leur promettant
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la vie sauve s'ils se taisent. Ils crient : « Tirez, ce sont les ennemis! » et tombent, victimes de leur beau courage.
Du côté des Russes et des Autrichiens, il y eut les quelques journées glorieuses de Landshut et de Glatz ; les troupes de Tottleben, de Tcliernychef et de Lacy entrèrent dans Berlin et restèrent, trois jours, maîtres de la capitale. Mais Frédéric prit sa revanche à Torgau (3 novembre); il se maintenait en Saxe.
L'année suivante, mêmes alternatives, en attendant qu'une défection de nos alliés précipite la conclusion. Soublse vient à bout des cabales, et se fait nommer généralissime, au grand mécontentement du public. Le comte de Broglie se sitr^ale à Cassel, mais son père, le maréchal, est défait à Villinghausen (IG juillet), pour avoir engagé l'action avant l'arrivée de Soubise, duquel il est jaloux. Et ce ne sont plus qu'allées et venues autour de Cassel, Ferdinand de Brunswick cherchant à séparer nos deux armées et à les empêcher de rien entreprendre. En Silésie, le général autrichien Laudon prend Schweidnitz, les Russes s'emparent de Kolberg et de la Poméranie, jusqu'à Stettin. Frédéric est « aux abois », suivant sa propre expression, lorsque tout à coup meurt, le 5 janvier 1762, la czarine xllisabeth. Cette catastrophe a pour conséquence immédiate la cessation des hostilités, de la part des Moscovites. Le nouveau czar, Pierre III, neveu d'Elisabeth, est un prince de Holstein, plus allemand que russe. Son premier acte est d'offrir à Frédéric une alliance ; la trêve, puis la paix, sont signées coup sur coup. L'armée de Tcliernychef occupait encore la Silésie, elle fit feu sur les Autrichiens, ses alliés de la veille : « la défection de la Russie eut le caractère d'une désertion ». Ces amis, si vite conciliés, sauvent Frédéric dont le royaume « se relève par la mort d'une femme, et se soutient par le secours de la puissance qui avait été la plus animée à sa perte. . A quoi tiennent, ajoute le roi de Prusse, les choses humaines ? Les plus petits r'^ssorts inllueut sur le destin des empires, et le changent 1 »
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Dès 1759, Choiseul entreprit de secrètes négociations, pour obtenir un traité de paix avec l'Angleterre, mais il se heurta aux exigences de Pitt, qui voulait la guerre à outrance. Le ministre anglais fut renié par ses propres compatriotes et renversé. Ces négociations avaient été menées avec l'aide de Charles III, roi d'Espagne, et il en résulta l'alliance célèbre, connue sous le nom de Pacte de [amilte, signé par tous les princes régnants de la dynastie bourbonienne, en France, en Espagne, dans les Deux-Siciles, à Parme (15 août 1761). Depuis longtemps, malgré des brouilles passagères. les intérêts des deux couronnes, suivant l'expression consacrée, étaient effectifs ; les traités de Madrid et de Fontainebleau avaient scellé d'intimes accords, mais depuis 1748, et depuis l'avènement de Charles, roi des Deux-Siciles, au trône d'Espagne (1759), la puissance des Bourbons s'était étendue. Choiseul eut le mérite de donner une forme définitive à ce pacte auquel avaient travaillé les générations précédentes et, plus que toute autre, la fille aînée de Louis XV, Louise-Elisabeth, duchesse de Parme, qui était morte à la Cour de son père en décembre 1739.
Le Pacte de famille intéressait l'Autriche ; la politique de Marie-Thérèse était liée à la politique de Louis XV. La France, l'Espagne et l'Italie d'un côté, l'Autriche de l'autre, réalisaient donc la grande pensée d'une ligue catholique, due à Louis XIV; mais les Jésuites, qui eussent été toutpuissants au xvii^ siècle, n'entrèrent pour rien dans cette combinaison; ils furent, au contraire, chassés presque simultanément des différentes monarchies alliées et même dissous par Clément XIV (1773).
L'heure était aux négociations, et le Pacte de famille , dans la pensée de Choiseul, devait rendre la paix moins onéreuse; le ministre allait diriger le département de la Marine, lui donner une vie nouvelle, s'efforcer de réparer les pertes subies par nos escadres et montrer à l'Angleterre que nous n'abandonnions pas notre pouvoir maritime; l'effet, hclas ! lui plutôt moral.
Lu campagne de 1762, menée au milieu des démarches diplomatiques, ne saurait nous retenir, les belligérants gardaient l'expectative. Les préliminaires de la paix furent signés à Fontainebleau (3 novembre 1762), et suivis du traité de Paris (10 février 1763) qui mit fin à la guerre coloniale entre la France et l'Angleterre. La France, dans l'Amérique septentrionale, ne gardait que la ville de la Nouvelle-Orléans; aux Antilles, elle cédait trois des îles contestées et ne recouvrait que Sainte-Lucie ; du Sénégal elle n'avait plus que l'île de Gorée, et dans l'Indoustan, les cinq comptoirs qu'elle possède encore aujourd'hui. Elle rendait Minorque.
Parmi les pertes les plus importantes il y avait tout notre empire du Canada et ses dépendances; de la suprématie française il ne reste dans ce beau pays que le doux parler des premiers colons du xvn" siècle.
Le traité de Hubertsbourg (13 février 1763) réglait les affaires continentales, et octroyait à Frédéric la Silésie — il n'y avait pas d'autre changement dans la carte de l'Europe, seul le roi de Prusse avait ce qu'il convoitait; en retour il promettait sa voix à la diète de l'empire au fils aîné de Marie-Thérèse, l'archiduc Joseph, abandonnant l'idée de faire passer le trône impérial à une dynastie protestante.
L'Autriche se consolera en traitant les affaires d'Orient avec la Prusse et la Russie, elle participera au partage de la Pologne, et se dispensera de consulter son alliée de la guerre de Sept ans.
La France restera donc seule, appauvrie, ayant perdu ses armées, sa marine et son empire colonial; elle avait précédemment travaillé pour le roi de Prusse, elle aura cette fois travaillé pour la reine de Hongrie et l'impératrice d'Allemagne!
Peu après la conclusion de la paix, fut placée sur un piédestal la statue de Louis XV, devant le pont tournant des Tuileries ; la fête fut morne, compromise par le mauvais temps et par les quolibets frondeurs qui allaient tout droit
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à ce monarque si peu diyne, en un pareil moment, d'une apothéose.
Principales sources :
Mémoires de Diiclos Bernis, Rochambeau; Frédéric II. Mémoires de mon temps el Correspondance ; Correspondance du (/ënéral-mnjor de Martange, pulDliée par Charles Bréard, in-S", Paris, 18"8; Le comte deGiso7-s, d'après les pai)iers de Clermont et les archives de la Guerre, par Camille Uousset, in-12. Paris, 18SS; Corresp.'niance secrète de Liy-iif XV publiée par M. E. Boiitaric, 2 vol. in-S», Paris, 186G, etc.
Macaulay : Essay on Clive ; Rambaud : Histoire de Russie. Paris, 1879; Albert Vanda! : Elisabeth de Russie et Louis XV, in-8°, Paris, 18i2 ; tJoulange- Bjdin : Le l'acte de famille, in-12, i894, etc.