FIN DE LA GUERRE D'AMÉRIQUE
Les économies de Necker. — Abolition des droits de servitude. — « Bienfaits » de la royauté. — Projet de descente en Angleterre. — Sé-gur et Castries. — L'élève de Marie-Thérèse. — Capitulation de Yorktown. — Chute de Necker. — Joly de Fleury. — Naissance du Dauphin. — Fêtes à Paris et à Versailles. — Mort de Maurepas. — Le « valetage ». — Faillite du prince de Guéménée. — Acheminement vers la paix. — Blocus de Gibraltar. — Les batteries du comte d'Artois. — Suffren aux Indes. — Traités de Paris et de Versailles.
Tant que dure la guerre, il y a un superbe réveil de confiance dans nos armées et dans la politique de Louis XVI et de Vergennes ; on est forcément tout à l'économie : la Cour supprime les voyages afin d'acheter des vaisseaux; les particuliers t'ont des souscriptions publiques pour aider le Trésor à subvenir aux frais énormes qui pèsent sur l'Etat; Necker s'ingénie, il pratique dans le budget de nombreuses « amputations », il abolit quatre cent six charges de la Maison du roi, réduit le nombre des Fermiers et des receveurs généraux. Le contrôle s'étend jusqu'aux pourvoyeurs royaux de bougies; aussi accuse-t-on le ministre de vouloir « brûler les petits bouts »; il est accablé de pamphlets.
Cet allégement financier permet au roi de ne plus exiger, dans ses domaines, les droits de servitude et de mainmorte. Louis XVI eût désiré aller plus loin et faire disparaître sans distinction ces vestiges d'une féodalité rigoureuse, mais ses
deniers ne lui permettaient pas encore de racheter les droits des seigneurs. Il espérait du moins voir son exemple suivi et être bientôt « témoin de l'entier affranchissement de ses sujets » qui, disait-il dans son édit (août 1779), eii quelque état que la Providence les eût fait naître, avaient des droits égaux à sa protection et à sa bienfaisance. Necker, en dictant ces paroles au roi, se souvenait de Turgot, et Louis XVI, en y souscrivant, se conciliait la juste admiration de tous les amis de la philosophie. Mais ces mesures, qui servirent d'exemple à quelques gentilshommes, n'eurent l'approbation ni du haut clergé, ni du Parlement.
Les intérêts particuliers primaient tout dans ce monde de propriétaires de seigneuries; aussi l'édit fut-il enregistré avec d'expresses restrictions. Les frères du roi, le duc d'Orléans, le prince de Condé étaient parmi les mécontents, ils se disaient lésés dans leurs privilèges, ils prétendaient qu'on « avilissait la couronne en la dépouillant de son éclat ».
Le mouvement libéral est donné ; Necker, profitant de ces bonnes dispositions, prépare les voies à d'autres réformes qui le touchent de près; il demande que les protestants puissent se faire donner un état civil, et occuper plus tard des emplois publics. Cette mesure ne sera pourtant réalisée qu'en 1788. Enfin les idées nouvelles se précisent par des actes humanitaires; la question préparatoire, appliquée à l'accusé pour obtenir de lui l'aveu du crime qu'on lui imputait, est supprimée à cette époque, mais la torture, ou question proprement dite, ne Test qu'en 1788.
Ainsi la royauté devance les « réformes » de la Révolution.
L'élan patriotique de la nation est soutenu par la conduite de La Fayette qui, en février 1779, revient du Nouveau Monde, sollicite un envoi de troupes aux insurgents, obtient un corps de 4 000 hommes confiés au commandement de Rochambeau, et forme, de son côté, le projet d'une descente en Angleterre.
Cette expédition devait être soutenue par l'Espagne ; les