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Le révolutionnaire de Cliester,
On s'en sou\ ient encor à Chester, pays du fromage. Peu de temps après le départ de Bonaparte pour Sainte- Hélène, beaucoup de prospectus et d'aiïiches furent répandus dans la ville. « L'n giand nombre de familles honorables, disait le prospectus , allaient habiter Sainte-Hélène , et comme cette île était désolée par le grand nombre de rats qui y pullulent, le gouvernement anglais avait résolu de détruire par tous les moyens cette population dangereuse. » Pour faciliter cette entreprise , l'auteur du prospectus se disait chargé de faire une provision de chats , dans l'espace de temps le plus court [lossible. « H offrait donc seize schellings pour un gros matou bien portant, dix S'hellings pour une chatte d'âge mùr, et une demi-couronne pour un petit chat capable de courir, de boire du lait et de jouer avec un écheveau de fil. »
Deux jours après la publication de cette annonce, on vit entrer dans Chester , à l'heure indiquée par l'auteur du prospectus, une multitude de vieilles femmes, d'enfants et de petites filles portant des sacs remplis de chats. Toutes les routes, tons les sentiers, toutes les rues étaient occupés par cette s-iiiguliè're procession. Avant la nuit, une congrégation de trois mille chats se trouvait réunie à Chester. II. 2
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Ces intéressantes créatures poussaient des cris lameniahles, on se dirigeant vers une rue que le prospectus avait indiquée. La rue était étroite ; tous les cliats entassés miaulaient ensemble. Voilà tous les sacs qui se pressent et se heurtent , le concert qui prend des forces nouvelles , les cris des femmes et des enfants qui se mêlent à ceux drs chats, et les longs aboiements des chiens qui font rouler la basse de cette harmonie singulière. Quelques-unes des porteuses de chats, se trouvant gênées par leurs voisines, déposèrent leurs sacs et boxèrent. Les chais prisonniers hurlaient le chant de guerre.
Alors survinrent les gamins de la ville, qui se mirent à délier les sacs , d'où s'élancèrent trois mille chats enragés, crathant, criant, les griffes nues, et courant sans pitié sur les épaules et les tètes des combat tantes. Tout le monde était aux fenêtres. Nos trois mille chats couraient sur les balcons , s'élançant dans les appartements, cassant les carreaux, renversant les théières, et dévastant les salons. Imaginez l'effet que produisit cette émeute, et l'étrange spectacle que se donna le irag, auteur du prospectus et moteur de la révolution. Les chiens effrayés s'en mêlèrent, et la populalion mâle de Chester ne tarda pas à s'armer. Trois mille quadrupèdes succombèrent : ce fut une Saint- Barthélémy de cliats. En moins de deux heures on vit cinq cents cadavres flotter sur la ri\ière. Le reste des assaillants avait évacué la ville, en laissant comme traces de la bataille l'empreinte de ses griffes sur plus d'une poitrine de femme, et comme monuments un amas de porcelaines brisées.