UN SERMON EN PLEIN AIR SUR L'ÉCONOMIE POLITIQUE
« 3Iessieurs, disait Kompf (pour le cynisme duquel nous demandons humblement pardon), mes chers frères et amis, la machine politique dont on nous fait tant de bruit, et (\\xq vous appelez consiùuiion ainjlaisc , me semble se diviser en deux parties ; permettez - moi de vous en expliquer le mécanisme et prètez-moi votre attention.
« Le gouvernement représentatif est une double machine d'élévation et de compression. Elle se compose d'un ressort pour soulever l'ambition des classes moyennes, et d'un pilon pour les écraser. Vous les voyez surgir, lever la tèle, prendre le bonnet de la milice , faire les fières et les hautaines; puis, quand ce ressort qui les pousse par derrière
a bien fait son effet, un massif morceau de bois et de l)loinb les enfonce, les écrase, les refoule, les comprime. Le représenté se révolte et relève la tCle , et le pilon enfonce toujours.
« Ce beau mouvement de Ijascule compose le gouvernement constitutionnel.
« Le ressort siiscitatoire pousse donc les médiocrités en avant. Il se compose de diverses parties : du journalisme, de l'électoralisme , de la mililantomanie et de la publicitomauie. Figurez-vous le suscitatoire , armé de pointes qui picotent et excitent l'épidcrme bourgeoise , qui titillent l'ambition épidermale , située... Dieu sait où! — qui portent vers le haut toutes les petites envies de glorification populaire ; qui insinuent dans les pores et font pénétrer dans le tissu , de là dans les veines et de là dans le cerveau une infinité d'idées grandificantes, magnificantes, perstringentes, superdominachilisantes, judicantes, réprobantes et extravagantes. Il lance et fait jaillir de longs effluves d'orgueil. Et , ce remède une fois pris , vous voyez chacun et chacune électoriser, criticailler, brailler, railler et lâcher au loin comme beau diable , les sentences atrophiées et dires seigneuriaux.
(' A'ous devez comprendre quelle rumeur, tumeur, ferveur, ardeur, clameur, doivent susciter dans la ville tous ces petits et grands appétits vers le pouvoir ; tous ces ministéropètes et sinécuristes corroyeurs , boutiquiers , rôtisseurs , épiciers et honorables merciers ; chacun ayant son (juanium d'ambition et de hberté dans les entrailles ; chacun suscité , fouetté , titillé par le fouet du journalisme et les orties brûlantes de l'élection ; chacun poussé vers le haut par le piston subalterne du couslitutionuaiisme , celle
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grosse machine à vapeur ascendante que l'on a établie aux caves souterraines de la société.
« Alors vient l'action nécessaire et salutaire du rc/bj//ojV. Il consiste en un innncnsc tampon de gomme élastique résistante, mais non contondante, (par charité chrétienne), — afin de ne pas escarbouiller les pauvres cervelles de nos élus et éligihles ( lesquels n'en ont guère ) , — et afin aussi de ne pas trop colériser toute cette masse ascendante, déjà en bel état d'expansion, de crise et d'orgasme. Vers la partie médiaiite du levier auquel est attaché le tampon, sont d'utiles instruments , lançant au loiu de l'eau glacée, élixirs uenupharliques et autres astringens admirables destinés à éteindre l'orgasme universel. In peu plus loin encore , vous apercevez dans les profondeurs beautés d'un dùnie ténébreux qui s'appelle couronne, pouvoù; administration (lequel est suspendu dans le vide), une épouvantable quantité de tubes de toutes dimensions , mêlés de baïonnettes , damas , coutelas , s'agitant d'eux-mêmes à mesure que le tampon tombe sur les lélcs; — tellement que si le mouvement du susdit piston était accéléré par la main du grand ouvrier (lequel a diablement à faire) , — non-seulemeut le tampon tamponnerait, mais canon de tonner, damas de jouer, têtes de rouler, sang de ruisseler. — O la belle machine! ô le beau gouvernement ! ô la belle vie de mes citoyens, avec leur éioupe ardente sous... (révérence parler) et leur artillerie grondante sur l'occiput !
« Fouettez, fouettez ces imbéciiles! titillez-moi ces stupides , excitez , écrasez - moi ces abominables fous qui ue voient pas que plus ils s'arrogent de liberté , plus ils sont esclaves de celte liberté \iolente; que tout cela est un jeu misérable, et que leurs bourses se vident dans l'opération,
et que leurs cerveaux s'écrasent , et que leur machine de bascule n'est qu'un jeu cxtrOmemcnt fatigant!... »
— « ¥a singulièrement coûteux , dit un uiiliiairc qui était présent ! »
Pour nous, honteux d'avoir transcrit ce cynique et bizarre morceau d'éloquence , nous n'ajouterons rien sur le compte de Kempf. Sinon qu'en voulant dépenser sa fortune , et en amusant le peuple des villages ; il la doubla ; car s'il y faisait de mauvais discours, il vendait de trèsbons onguens.