‹ Le dix-huitième siècle en AngleterreChapitre 22 sur 61 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Si Peau d'Ane m'était conte, J'y prendrais un plaisir exlrC-me!

Et je continuai mes extraits avec un peu moins d'ordre qu'auparavant , raffermi que j'étais dans mon système par l'opposition que je venais de rencontrer , tout fier de mes exemples, de mes citations et de mon triomphe. En tête de l'extrait suivant j'écrivis :

La Nuit des Noces.

A vous, auteurs de vaudevilles ; si jamais sujet fut exploitable, c'est celui que je vais avoir l'honneur de vous conter en style de Pcau-d'Anc, s'il vous plaît, et pré-

cisrmcnt comme le raconte ïAnnufil'Rcgistcr, sans rien altérer.

La scène est ù Londres, en 1777.

Un liomme riche, qui avait environ dix mille livres sterling de rente, spirituel et bonhomme , s'appelait IIowc. Il avait épousé une jeune personne fort jolie , nommée Mallet. Il l'aimait avec passion. Le jour des noces, après avoir soutenu à déjeuner que toutes les femmes sont infidèles, et qu'il était impossible de compter sur leur alTection, il se leva, dit à sa nouvelle femme qu'il était obligé de partir pour la Tour, où des affaires l'appelaient. Sur les quatre heures, elle reçut un billet de lui, dans lequel il lui apprenait que des circonstances imprévues le forçaient de partir pour la Hollande.

Pendant quinze ans, madame Howe n'entendit plus parler de son mari. Voici de quelle nature avait été le voyage étrange de M. Ilowe. Il avait choisi un petit logement, tout au bout de la même rue , chez un chaudronnier , auquel il donna six sliellings par semaine. Il changea de nom, et comme il y avait peu de temps qu'il demeurait à Londres, il ne fut reconnu de personne. A trois portes de la maison de sa femme, se trouvait un petit café qu'il fréquentait. Trois ans après son évasion , il trouva dans ce café un journal qui lui apprit que sa femme venait d'adresser une pétition au Parlement pour nommer des arbitres qui réglassent les affaires de son mari , dont la vie ou la mort était incertaine. Il suivit avec beaucoup d'attention les détails et les progrès de l'affaire, qui se termina comme le désirait la veuve. Dix ans s'écoulèrent. Madame Howe, changeant de logement , alla demeurer de l'autre côté de la rue, chez un nommé Sait , que le mari avait rencontré dans le petit café. Lorsque Howe apprit cette circonstance,

ii so lia plus intimement avec Sait, et finit par aller habiter inic petite chambre de son appartement. De cette cliambre, qui n'était séparée que par une cloison, de celle de madame Flowe, on voyait et on entendait tout ce qui se faisait à côté. Sait, qui croyait son nouvel ami garçon , lui conseillait vivement d'épouser la veuve. Dans la chambre occupée par Ilowe , il avait dépoi^é un grand sac où se trouvaient les billets de banque qui lui étaient nécessaires pour vivre, avec beaucoup d'économie, il est vrai. Enfin, l'anniversaire même du jour de son départ, et dix-sept ans après, madame Howe se trouvait à table avec sa sœur et son bcau-frére, quand un domestique inconnu apporta un billet sans signature , et dont l'auteur anonyme suppliait madame Howe de se rendre le lendemain matin , à dix heures , au parc Saint - James , près de la Volière.

— Allons , dit madame Howe , en jetant le billet h sa sœur, toute vieille que je suis, j'ai encore des amoureux.

La jeune sœur , prenant le billet et l'examinant avec attention, s'écria :

— C'est l'écriture de monsieur Howe !

Mistriss Howe, qui avait aimé ce singulier mari , s'évanouit, et il fut convenu que le lendemain son beau-frère et sa sœur l'accompagneraient au rendez-vous. Depuis cinq minutes, elles s'y trouvaient, quand 31. Howe, d'un air tout dégagé , s'approchant de sa femme et lui parlant comme s'il l'eût quittée la veille, l'embrassa, lui donna le bras et rentra chez lui. Entre le jour des noces et la nuit des noces dix-sept ans s'étaient écoulés. L'histoire ajoute qu'i/j vécurent heureux et rjuils curent beaucoup d'enfants.

§ XVll.

Les Penibroke.

Ils sont excentriques de père en fils, comme le prouve le testament ci-joint du duc de Pcmbroke , contemporain de Cromwell :

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