‹ Le dix-huitième siècle en AngleterreChapitre 30 sur 61 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

Bibliolbèque absurde.

Ce sont ici les livres excentriques : Mémoires de George Psalmanazar, Mémoires de Cardan. — Cervclli, Ccrvelloni, Cervellacci, Cervellini. Les Songes de Quevedo.

— Toutes les œuvres des académies italiennes et de leurs enflammés, — enfarinés. — humides, — secs, — goulus,

— enragés, — tortus, — crochus, — bancals , — furieux ,

— innommés , — vengés , — frisés , — malavisés , — assommés, — grands- nasiers , — pelits-nasiers et autres, emplissant de leurs noms seuls un catalogue de six cents

pages, — académies fort importâmes dans l'instoirc lillérairc de rilalie, dont elles oui dévoré, comme une nuée de sauterelles, la substance intellectuelle et la vie morale.

Puis deux mille volumes de vers burlesques dans tous les dialectes d'Italie pour louer la peste, la teigne, le melon, l'épingle, la puce, la torture, Néron , Busiris, la syphilis, etc. , etc. , et trente pages d'etcétéra.

Voici encore des livres que personne n'a jamaiscompris : Le sotigcdc Polypliiïe, — Nosti'adaimis, — quairc-vimjts volumes de rcvcrics sur Nostradavius, — Homerus Hcbaïsaiis, pour prouver ({u'IIomèrc était Juif, — Les Enfers de Cantiquiic, pour prouver que le |)aradis perdu fut placé jadis en Hollande, etc. ; — et un millier d'antres stupidités savantes, allégoriques, cal)alisli(jut>s , mystiques , herméneutiques, Raijmond Lidle ; le Théâtre universel de cet Italien qui reçut de François I"" six cents écus pour composer cette œuvre où devait se trouver Tout; etc., etc.

Vous pensez bien que les acrostiches ne manquaient pas au grand hôpital de la pensée,

Et que

rubsurdc niauie

des vers figurés, qui, pendant le moyon-iVa;c, coiisliluaicnt un grand poêle, préféraLlc

à Dante,

au-dessus

de Virgile

lui-niîme,

avait laissé l^î dos traces nonil)ronscs. On y vojait tous les écrivains qui avaient fuit dis pois avec leurs phrases,

des vases nvcc leurs vers, et itièine les capriricux,

les runlusqui's , qui, comme notre sa\ant

et éloquent contemporain ,

Nodier

Avaient descendu typographiques.

un moment d'escaliers

les dcRrés des billevesées

brillants sur papier vélin

de leur pensée à bàlir

pour s'amuser

— llcndous celte justice aux Français, disait AVordein ; ils sont en petit nombre ici. Leur bon sens les arrache à ces lubies, à ces exlravagaiices, dont quehiues-unes, toutefois sont pleines d'esprit et de sens , par exemple celles de 'l'abourot sieur Desaccords.

Voici pourtant un certain Pierrc-lc-Loijcr, né à Iluillé, près d'Angers, qui mérite attention. Il soutient gravement qu'il est descendant en ligne directe d'Issacar , parce que Issacar en hébreu signilie loyer , rciribuiion. Dans son livre à'Edom ou Les colonies iduinceimes que voici, il avance avec la même gravite que l'Anjou a été peuplé par une colonie juive; ce qu'il prouve par des étyraologies vraiment admirables : « Le village d'iluillé, dit-il, est évidemment le Holoë d'Ezéchiel. » La Tabarden'e, c'est Hadar, fils de Madian ; il retrouve des traces de son cher Anjou non seulement dans la Bible, mais chez Homère. Il croit sérieusement que tous les écrivains grecs n'ont pensé qu'à l'Anjou, que l'antre des nymphes, si bien décrit par le poète, se rapporte aux localités situées entre LigneroUes et Chaufour ; enfin, comme preuve irréprochable et de la vérité de ses assertions et de la mission prophétique qu'il s'attribue et Je la prévision d'Homère, il cite un vers

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de rOth/sscc, qui sigiiilie évidemment, en retournant seulement les lettres :

« Pierre -Ic-Loyer, Angevin, Gaulois, d'Iluillé. »

K'est-cc pas quehiue chose d'admirable ? et après un pareil exemple de folie sérieuse, pourquoi vous cilerai-jc tous les ouvrages sur VOncirocritic, sur l'art de se rendre heureux par des songes ; les ouvrages historiques qui ont été consacrés à la description fort longue des songes de Louis XIV ; les innombrables folies ascétiques d'/lr//i//5 Dcsiré , de Dore de Bcattl.vamis , et de ce bon ca|iucin anonyme qui adresse sou livre aux mamelles, à la poitrine, aux pieds, aux genoux, au col, aux épaules inébranlables de la vierge Marie, « colonnes de l'univers, dit-il, bouclier de défense, rempart de notre protection, d etc. , etc.

Vous montrerai-je, dans ce coin-ci, les systèmes du monde; le dernier, public en 1830 par \>'oodley, qui soutient que la lune et les étoiles sont des fragments de glace; la sextcssence dialectique et potetu telle du comcilla' Démolis; la Dcmonstratiou de la quatrième partie de rien; les Oracles divertissants de Wilson de la Colombicrc ; les ouvrages de Fludd, etc. , etc. , etc. ?

Voici un compartiment plus digue d'intérêt et d'estime ; ceux-ci, ce sont les vrais humoristes, Gozzi, Cervantes, Sterne, Swift, Nodier dans son Trilby , Cazotte dans ses petits chefs-d'œuvre, enfin tout ce que le caprice a dicté au génie, toutes les arabesques de la pensée (*) !

(*) Revue des Deux-Mondes, janvier 1832.

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