‹ Le dix-huitième siècle en AngleterreChapitre 32 sur 61 · XXVI · texte numérisé non relu

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L'excentricité anglaise, importée en France.—, Robert Macairc et les romans de l'année 18/i5. — Les mystères sociaux. — Excursion sur le continent.

On s'est fort étonné récemment de ce plaisir singulier qu'a trouvé la France à fouiller dans les profondeurs de ses crimes.

C'est qu'elle s'est rapprochée de l'excentricité anglaise. II y a aujourd'hui, parmi nous, (*) une manie de mystères; on veut savoir tout ce que recèle de monstres la vieille société, tous les animalcules contenus dans la goutte d'eau corrompue, les singularités microscopiques ; — ce qui se fait dans la réunion des voleurs, ce qui se dit dans les bouges et les es-

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taminots borgnes ; — les curiosités de la police secrète ; — la vie iiUim»' des pauvres créatures qui n'ont pas eu l'esprit do faire du vice élégant.

Il y a longtemps déjà que celte manie nous a pris, et ce n'est pas un auteur qui l'a créée ; le public a trouvé cette veine nouvelle de l'art, si du moins il s'agit d'art.

Robert Macairc a commencé ; un admirable type, une très-belle création , dont on n'a pas écrit l'histoire. Nous ne sommes pas méchants, peut-être un peu plats et un peu vils, tout au plus avec les qualités et les vices de la boutique, les grâces et les tricheries du comptoir, les folies et les bassesses du commis- voyageur. Mais les gros vices nous répugnent; cela ne nous va pas. Si le siècle était somnambule , il n'effacerait point , comme lady .Macbeth , la tache de sang de ses mains, mais la tache de boue. Les aïeux tuaient, les pères faisaient l'orgie, les pctits-fds volent. On peut faire son choiv entre ces diverses manières d'être; moi , je n'ai pas d'opinion, ou plutôt, si j'en avais une, je me garderais bien de la dire ; — ce temps-ci ne veut pas qu'on le regarde de tiavers.

Peut-être préférerais-jeles vices clievaleresques, les meurtres féodaux, les rapines violentes et courageuses, enfin le rouge et ardent soleil qui se levait sur le moyen-âge et l'éclairait d'une lueur sanglante , à ce pâle météore qui projette son rayon maladif sur les temps industriels et commerciaux.

Toutes les époques ont leurs monstres ; un archevêque féodal , la masse d'armes pointue à la main , de peur d'ensanglanter son caractère chrétien, est un monstre bien conditionné ; mais il a de la vie, du nerf, de la force , et tous les archevêques ne sont pas tenus d'assommer pieusement les Sarrasins. A côté des grands-inquisiteurs, il y avait des

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saint Bernard ot dos saint Rnnavonturo. Dans los ('poqucs do comniorco ot de liixo, io ninio no tourne plus à l'inluimanité, à la cruauté, mais à l'escrociuerie. Un p(»ète, voué à l'idéal par le fond même de ses idées , se met h calculer s'il peut réin)|iriiner douze fois son poème, y jeter beaucoup de blancs et attraper le public, l'n romancier dont l'observation des mœurs ostledovoir ouvre boutique d'Iiorreurs. Le l*arnasse, comme on disait autrefois, devient une vaste foire de petits détaillants, et c'est à (|ui empoclicra le plus lestement l'argent du public.

Les grands types de la comédie moderne ont très-bien saisi cela. Et voulez- vous sa\oir quels sont ces grands types? Je vais vous étonner; vous allez rire du docteur et de ses prétentions; vous direz que le critique est devenu fou. Comme on voudra. Dans un temps où presque tout le monde a K- comage des opinions ((u'il n'a pas , il faut que quelqu'un professe celui des opinions qu'il a. A mes yeux, les grandes créations comiques du temps n'ont été jetées sur la scène par aucun des grands poètes ordinaires du public ; ce n'a été ni cet espiit fm qui s'est appliqué à la poésie et qui s'appelait Casimir Delavigne, ni cet autre esprit d'arcliitocte subtil et ingénieux qui s'appelle Scribe, ni aucune des grandes flammes ou des étoiles littéraires de cette époque (pii ont fourni les types caractéristiques de la comédie du temps. Ces t\pes sont tout simplement Robert Macaire , qui n'a été fait |>ar personne , mais qui s'est fait tout seul, qui est né do lui-même, (le sont les sublimes ^aUimbdtujiics , évidemment de la même famille que nos vieux amis de l'Ours et le Pacha. Le charlaîaniMiio, l'avidité industrielle, la rus;; ciuiimenialo, n'ont jamais été plus naïvement, plus admirablement ropiésenii's ; et tous CCS types flottaient dans l'esprit du public bien plus que

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dans le jeu des acteurs et dans l'imagination des auteurs.

(Iclte naissance de l'élude des nionlres sociaux est toutà-fait intéressante. Nous avons vécu d'abord sur la joie ({uo nous a cauiéc le dialogue de ces deux braves montreurs d'ours que le tyran Schaabaam avait à sa cour. L'admirable Gringalet et le sublime Odry des Saliiuibunqucs leur ont suciédé. Avec quel bonbeur entend-on encore aujourd'hui ces paroles retentir '.je sauve la caisse! C'est le cri de l'époque , c'est le mot d'ordre universel : sauver la caisse ! Qui a sauvé la caisse a tout sauvé; qui a pi'rdu la caisse a tout perdu.

ApTvsU'sSaltJiiibamiiics, qui sont un vrai chef-d'œuvre, est venu le célèbre Robert Macaive , le grand symbole. Celal-ci, c'est le crime agréable, le haillon qui se drappe, la plus cruelle moquerie contre l'élégance et la prétention supérieure du vice. On sait comment le chef-d'œuvre est éclos : c'est un fait curieux dans l'histoire de nos mœurs. Deux jeunes auteurs qui vivaient de crime en fort bons garçons , avaient invenié pour la dix millième fois un forfait commis dans une auberge. Le scélérat sérieux qui commettait le crime n'amusa point le public. Le parterre se mil à rire au nez de l'assassin ; l'assassin était Frédérick- Lemaître , ce grand homme que vous savez. Se voyant mofpié, comme il est homme d'esprit, il se prit à rire avec le |)ul:lic. 11 fit crier sa tabatière; les spectateurs éclatèrent. Il se campa sur ses hanches, carrément, et prit des airs de foyer de l'Opéra ; on rit plus fort. Voilà doitc l'acteur et le public riant de concerl à qui mieux mieux , et de l'auteur et du mélodrame, et du crime et du criminel, et de la tabatière et de ce bon M. Dormeuil aux bas gris , mais surtout liant de la jand)e tendue avec élégance et des airs de geniilhommc que se donne à loisir le gibier de po-

tence. Ici le point coiiiiquc était trouvé, la source jaillissait; ce qui faisait rire , c'était précisément ce qui avait charmé dans les SaliivilniiKjiics : Je vous do/iiicrai ma si(jniitu)'c. Dieu sait ce (pie valait celte signature du directeur de la troupe nomade ! De même la belle assurance de Frederick, l'élégance fasliionable avec laquelle il jetait sur le coin de son oreille cette gelée informe qu'il appelait son chapeau , sa conviction profonde qu'il n'y a dans le crime qu'une spéculation mercantile, une affaire plus ou moins bien faite, le noble laisser-aller de ses bretelles, l'heureux sans-façon de ses poses, le prestige dominateur de sa parole, émurent pendant longtemps le public charmé. Que ne reconnaissaiton pas là ?

A travers les phases et les plis sanglants de notre histoire récente, on revoyait ce fantôme perpétuel, le charlatanisme ; — terroriste, rouilislc, directorial, impérial, restaurateur, jésuite, anti-jésuite, chemin de fer, machine à vapeur, et enfin Dieu. Aujourd'hui il est épicier et n'en a la parole ni moins haute ni moins ricaneuse. Il est essentiellement éloquent. Ce qu'il méprise le plus profondément , c'est la vérité ; ce qu'il estime le plus , c'est la parole escortée du geste, armée de la pose. Il est un peu Napoléon, beaucoup Talleyrand , quelques nuances de Talma ; il n'a foi qu'à l'apparence ; il est théâtral ; il est scei)lique et croit en lui même. C'est Pannrge, Sancho , FalstalT, surchargé de tous les Scapins de la comédie et de tous les Figaros ; — mais h force d'a^oir vécu et joui, parvenu à la théorie complète du lucre et de l'assassinat, s'(n faisant gloire et en riant.

Pourquoi nos écrivains ont-ils si peu d'audace ? pourquoi noire époque a-t-clle si peu de courage? Ce grand type, créé par le peuple, est resté à l'étal de nuage popu-

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laire , suspendu h l'horizon. Pas un homme tîo talent qui ait osé s'en emparer cl en faire la critique du siècle. On ne criti(iue plus, on ne s'en aiiue pas d'avantage, peul-èlre même s'en donne - t - on à cœur joie de se mépriser. Et pourquoi faire de la comédie? Elle blesse toujours quelqu'un. Qui sait? Mon bonnetier s'y reconnaîtra peut-être, il n'est pas impossible que mon sergent ne croie que j'ai voulu l'attaquer. J'aurai peut-être besoin (piehfue jour de ce monsieur qui est susceptible, et qui se croira peint symboliquement par Robert 31acaire. Ne touchons à rien, n'effrayons pi rsonne. Tout le monde dépend de tout le monde, l'art et la comédie deviendront ce qu'ils pourront.

« Oh ! (me disait un vieux misanthrope, dont je ne pouvais refroidir la bile , ni suspendre le couroux , ) époque couarde, éminennnent lâche et sans cœur! où le duel est abolie et où l'on se réfugie dans la savate ! Époque qui réunit par la queue les bassesses de la monarchie expirée, et ce que la démocratie nouvelle a de plus mauvais ! Frivole comme le marquis de Pézay, envieuse comme Marat, mais frivole sans grâce , et envieuse sans énergie ! Époque pour lacpiclle il n'y a pas assez de mépris, car le méj)ris, s'il se transformait en colèie , deviendrait trop énergique pour quelque chose d'aussi faible et d'aussi puéril que toi! Résidu qui soulève le cœur ; mélange des orgueils, des injustices, des tyrannies monarchiques, et des prétentions, des avidités démocratiques ! Ah! si, tout au contraire, on avait su prendre des deux éléments , du passé et de l'avenir, la portion la plus noble et supérieure ! Si l'on avait joint au sentiment de l'honneur et du dévoûment l'élément sympathique et populaire ! ;\Iais c'est le contraire ; on est bas et on est haut ; on est dur et on est faible ; — on n'aime personne et on craint tout le monde ; c'ejt un tempérament II. G

de valet. Voilh pourquoi lo couraçjc s'est oxilô dp la spli<Ve littéraire; c'est par le fait de cette étrange situation que personne n'écrit plus ni critique ni satire. Voilà pourquoi l'excellent type dont nous avons parlé , Robert Macaire , l'expression de ce temps-ci, n'a trouvé ni un Molière ni un Beaumarchais.

« On aime mieux remuer les immondices sociales. Il s'en exhale une saveur nouvelle, étrange, et qui réveille le cerveau. La philologie de l'argot s'enrichit. On acquiert une science nouvelle et assurément fort endîarrassante. On sait ce que disent les voleurs, et comment vivent les filles. »

§ XXVllI.

Retour aux encentriques anglais. — Le père des gueux. — Dick-le, désossé. — Titus Oates.

On eut en Angleterre, au xviir siècle, la même envie qui nous possède de connaître les mystères du ruisseau et d'analyser les matières fétides de la société. L'auteur de Robinson Crusoc exécuta dans ce sens deux ou trois romans qui sont des chefs-d'œuvre (*). Il régnait un grand sérieux dans ces peintures, diverses et nues, des infiruiités humaines. Lu autre homme d'esprit longtemps attaché à la cour, John Gay, prit la chose plus gaîment. Il mit sur le théâtre les ^ices des hommes à la mode, leurs grâces et leurs prétentions; son Robert - Macaire eut le plus grand

(1) V. plus bas, Daniel de Foc.

succès SOUS le titre de l'Opéra du Gueux dont j'ai parlé plus haut.

L'un des personnages les plus odieux et les plus excentriques des annales britanniques , c'est Titus Oates , le calomniateur et le bourreau de cette époque.

Cet inventeur de conspirations fausses attribuées aux catholiques en fabriqua une avec tant d'habileté et de succès, qu'il envoya d'un coup sous Charles II cent cinquante ou deux cents catholiques innocents à l'échafaud. Comme il servait la passion populaire et générale , il fut à peu près canonisé par les protestants. Le roi catholique Jacques lui fit donner le fouet à la queue d'une charrette cinq fois par année, et le condamna à la prison perpétuelle (*). Quand ce dernier des Stnarts régnant fut expulsé, Titus quitta sa prison , alla vivre dans le palais du nouveau roi par ordre spécial du Parlement , et toucha Z»,000 livres sterling de rente pour avoir sauvé l'État. C'était Marat pensionné.

Il parut sous Jacques II , sous le titre de Gimùscmcnts de Jack Ketch, une histoire complète de cet excellent Titus, par un de ses anciens amis ; ouvrage où tous les basfonds de la société anglaise à cette é])oque se révèlent étrangement. On suit notre homme chez les anabaptistes : c'était la communion de son père ; — sur le pont des navires : il avait été chapelain do vaisseau ; — au collège des jésuites de Douai : il avait été novice ; — enfin , dans son logement de Litllc Britain, faubourg indécent, gueuserie immonde de Londres.

Ce livre est rare. On ne sera pas fâché de lire ici quelques fragments de cette vie trempée de vin , de politi-

( * ) V. la vie de Shafisbury, première série, hommes d'Etat, etc. (** ) V. D'Israeli pure, Curiosités littéraires.

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que, tlo religion et de faiiit;e. Aujourd'hui nous ne sommes plus aussi poéliquos ([ue cela. j\ os vices sont administrés régulièrement , nous faisons la police de nos crimes , nous avons pour nos imnioudices sociales des tombereaux bien organisés. .Mais tout était mêlé alors ; de profondes ténèbres remplissaient les repaires , au fond desquels grouillaient ine\|)lorés les reptiles et les monstres ; lout-à-coup, de leiu- retraite, ils s'élançaient jusque sur le trône; et rien n'est curieux comme la scène suivante, où l'on voit Titus, encore ivre de la mauvaise bière de sa taverne borgne, et tout imprégné des senteurs de ce bouge , apparaître rayonnant devant le roi et ses ministres.

Il demeurait dans Ncd-Allei/, d'où l'on apercevait la Tamise, et qui était une espèce de rue, ou plutôt de boyau fangeux, conduisant |ia" une penle marécageuse jusqu'à ce fleuve, semblal)le à une mer. Dans le flux, on avait de l'eau jusqu'à mi-jambe dans les caves; c'était la terreur des hommes de justice que ces parages, où ils ne s'avanturaient guère. Les habitants de la ruelle , aussi sauvages que les indigènes des côtes d'Afrique , avaient creusé des puits dans ces caves mêmes , et tout agent qui leur résistait ou leur dé|)laisait était conduit là pour y périr. Titus , qui vivait dans un de ces domiciles à demi aquatiques, était appelé dans le «piartier le chapelain. Il a\ait pour s(m service personnel un jeune mousse qu'il rossait toute la journée, et qui jouissait de la plus mauvaise réputation. C'était Titus qui rédigeait les lettres des contrebandiers, les comptes des voleurs, et qui tenait leurs livres de recel. Tantôt il était payé, tantôt il ne l'était pas, ce qui lui constituait une vie peu profitable, et faisait retentir le taudis de querelles fré(|ucntes.

Luc des pratiques les plus habituelles de ce malheureux

Tilus éfait Dick le Désossé, qui possédait vingt ou trente métiers dilÏÏTcnts, tous dignes du gil)cl. Il était conlrchandior de terre et do mer, mendiant, voleur, et a\ail été aidebourreau.

Cet honmic jouissait de la faculté singulière de démonter à loisir sa charpente osseuse, et d'iissumcr ainsi pour son compte toutes les espèces d'infirmités. Il se faisait hossu dans toutes les directions, rendait sis jambes cagneuses ou arquées , enfonçait sa tète dans ses épaules, devenait cul-de-jaltc, et pétrissait son propre corps comme un pâtissier pétrit sa pâte. A la flexibilité des jointures il unissait la souplesse incroyable des chairs et des parties molles, de manière à se transformer r.ipidement en boule, en fuseau» et à se jeter pour ainsi dire dans tous les moules. Il n'y avait pas de signalement possible à donner de ce Protée humain. Il échappait à 'toutes les poursuites et à toutes les accusations. Son incroyable agilité lui servait à s'évader de toutes les prisons, et, une fois sorti, il changeait de figure, de taille et de bosse. Il habitait de l'autre côté de la Ta" mise, dans un mauvais Itovcl ruiné, d'où il pouvait diriger les mouvements de ses petits bateaux , qui servaient aux déprédations nocturnes de sa bande.

L'ami de Dick le désossé, Titus, qui passait pour un savant homme, et qui dans ses parages avait le renom de lianter bonne compagnie, avait indique à ce même Dick quelques bons coups à faire. Toute une cargaison de tabac avait été dévalisée au détriment du doyen de Wcstn^inster, qui avait dû recevoir ce cadeau d'un ministre hollandais de ses amis. Dick, conseillé par le chapelain Titus, escamota la cargaison et enivra le pilote hollandais. Mais il ne payait jamais la part qui revenait naturellement à Titus. Ce Dick, dans sa jeunesse , a\ait élé valet d'un calliolique, II. G*

Cl Titus, le faisant parler après boire, avait obtenu de lui beaucoup de renseigneuicMls sur les iuienlions secrètes et sur les plans vagues de cette partie sacrifiée et conspiratrice de la population anglaise. Il en tira un grand parti pour perdre à la fois tous ses ennemis , et spécialement Uick.

Le matin même du jour où il alla faire sa première déposition contre les prétendus conspirateurs catholiques , Dick le désossé lui avait joué un tour abominable. Titus était sensuel et ami de toutes les voluptés de son corps. Il prenait une quantité considérable de tabac , auquel Dick eut soin de mêler cette poudre alors connue sous le nom singulier de bciritching-poivilcr, et dont l'effet était de plonger dans la léthargie la plus profonde ceux à qui on l'administrait. Le méchant lïnk, après de copieuses libations de bhic-dcvû (eau-de-vie de grains) et des prises non moins fréquentes administrées au chnpelain , avait fait signer à ce dernier, dont il avait dirigé la main engourdie, un reçu total et définitif des sommes ducs h lui , Titus, par Dick le désossé. On retrouva le chapelain ivre sur les dernières marches de sa cave , les pieds pendants et baignés dans l'eau qui en couvrait le sol à sept pouces d'élévation. Sans doute Dick avait poussé la complaisance jusqu'à le porter là. . .

Le soir du même jour, à cinq heures , le grand conseil étant rassemblé autour de la table couverte de velours noir, on amena Titus devant les ministres et le roi Charles II.

« Voilà , dit le monarque, qui aimait à rire , une figure qui n'est pas un visage; c'est un menton. »

En effet , le menton de Titus usurpait presque toute sa physionomie, (le menton avait près de trois pouces, et s'é talait insolemment au-dessous d'un nez qui n'a>ait pas un

(Icmi-poucc , et d'un front étroit qui fuyait : ce n'était pas une tCtc humaine,

« Titus , que j'ai vu ce matin (ainsi s'exprime l'auteur de la biographie) , avait mis ses plus beaux habits ; il était tout en noir, avec un chapeau h la calviniste. Il y avait en lui un UKlinge d'argot , de Bible, de ton niilitairc, de jargon maritime, le tout recouvert d'une épaisse couche d'hypocrisie grossière. Sa trame de prétendue conspiration se déroula devant le conseil et fit sourire le monarque. Lord Shaftsbury la trouva fort vraisemblable; le fait est qu'il avait iutérèt à la trouver telle. Ce ministre, chef populaire, n'eut pas besoin de s'entendre avec le chapelain bandit pour qu'ils marchassent d'accord, Titus fit entrer dans son complot factice, et signala au gibet , ceux qui lui déplaisaient : les jésuites de Douai qui l'avaient chassé , le capitaine de vaisseau qui l'avait expulsé, le pauvre Dick comme espion des jésuites, les épiciers auxquels il devait de l'argent, les bourgeois qui avaient refusé de croire à sa sainteté; — et tout cela fut pendu comme catholique (*). »

(*) Rciuc (le Paris, octobre 1845.

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