‹ Le dix-huitième siècle en AngleterreChapitre 40 sur 61 · FRAGMENTS DE L'HYMNE AU PILOIÎI · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE L'HYMNE AU PILOIÎI

« Salut ! hiéroglyphe de honte , symbole d'ignominie et de vengeance, salut ! Les gouvernements t'emploient à punir la pensée; mais tu es insignifiant , et les hommes qui sont honmics ne souffrent pas du supplice que tu leur infliges, tu appelles sur eux le mépris : qu'est-ce que le mépris sans le crime ? C'est un mot, ce n'est rien ; un vain épouvantail, dont un esprit sain, une âme forte se jouent ;

186 DAMliL DE FOli.

la \orlii UK'prise le mépris des hommes, el le cliàlimenl non mérilé est une gloire

M Moi, j'aurais peur de loi ! l'ryuiic, IJaxloii, Hasluick, ces hommes purs et nobles n'ont-ils pas été au pilori comme moi? Le savant Sddon, lui-même, à travers les vitraux de son cabinet, sanctuaire de la science, ne l'a-t-il pas aperçu ? 11 était l'honneur de son siècle, et si jamais il se fût assis près du pilier infâme, quel homme de cœur eût refusé de prendre place sur un échafaud consacré el glorieux !

» Tu n'as liende honteux pour l'honnêie homme et pour l'homme véridique; lu ne peux rien, ni sur la réputation, ni sur le bonheur. Souffrir un châtiment d'opprobre pour une cause verluouso, c'est un martyre désirable. Ainsi s'élèvent du sein des marais des exhalaisons impures ; elles obscurcissent le jour sans l'éteindre ; elles retombent bientôt au lieu même d'où elles ont émané. Ainsi l'ignominie leur restera ; à moi sera la gloire , et s'ils ont attaché sur mon front l'inscription qui déshonore le faussaire et le voleur, leur front , que la postérité flétrira, sera couvert de honte!

» J'écris pour que l'homme de cœur se mette sur ses gardes; voici l'écueil sur lequel je viens d'échouer, voici pourquoi j'ai fait naufrage. Entre les poètes, si quelque malheureux fou se trouve qui jamais ail foi aux promesses de ceux qui font métier de mensonge ; si, après m'avoir lu, il se Irouïpc encore , il ne mérite point de pilié ; qu'on ne le mène pas à Newgate, mais à Bedlam.

» £h bien ! parlez, charpentes muelles , poteaux immobiles; dites (juf'l est l'homme qui se tient debout sous voire embre ignominieuse ? pourquoi ce criminel est sans crainte ?

pourquoi ccl homme couvert d'opprobre, est sans remords? Dites que ccl h(îminc eut l'audace de dire la vérité aux hommes; vantez la justice de ma patrie qui, faute de vouloir me comprendre, me frappe.

» Dites que mon échafaud est un autel, et que je suis heureux de mon supplice ; mais que je plains encore mes concitoyens, dont le bonheur m'était cher, et que ma voix avertissait en vain. Telle est ma récompense, et je m'attends à mieux encore : cela devait être. Ainsi sera punie la sotte vertu dont la délicatesse ne veut pas vendre ses amis, selon le conseil d'autres amis perfides.

» Triste exemple cependant, et qui pourra faire peur aux hommes de leur propre honnêteté, qui pourra les engager, s'ils sont faibles, à préférer la trahison à l'honneur! Mais, non, vous, à qui jo m'adresse ; vous qui prenez une voix pour parler à l'avenir , dites bien , planches de mou échafaud, que le peuple anglais a regardé ma punition comme un triomphe ; dites que ceux qui m'ont mis ici sont condamnés d'avance au pilori de l'avenir, incapables de commettre jamais les crimes qu'ils punissent , incapables de générosité et de vertu. »

Les juges et le jury avaient condamné Daniel de Foë, non-seuloment à être exposé trois fois en place publique , mais à payer une amende considérable et à la prison illimitée. Il fut ruiné; sa famille resta sans ressources; on le conduisit à Ncwgate.

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