‹ Le dix-huitième siècle en AngleterreChapitre 46 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

clusivc, n'ont Ole ni n'-unis on corps d'ouvrage, ni comnicnlcs avfc iiiiparlialiu- ; K-s Irlandais ont mililô pour l'Irlande, les Écossais pour l'Ecosse. Macpherson seul, les a oxploilôs, en los falsilianl et on les confondant.

Au moment mémo où Laudor cliassô par le mépris, partait pour les Barbades, il y avait près de la source do la Spoy, dans les replis moussus ot solitaires do Badonoch, un jeune garçon qui étudiait la Bible et rêvait la gloire. L'Ecosse venait d'être réunie à l'Angleterre; un ministre écossais gouvernait los conseils du pays; unvifscntimont d'orgueil fermentait dos bords de la Clyde juscju'aux Orcades, et cet orgueil était mêlé de quelque tristesse, on a vu pourquoi. Macpherson, il s'appelait ainsi, était pauvre, de race montagnarde et kelli(pie, allié aux vieux clans, destiné à l'état ecclésiastique, et savait la langue erse ougaoliaque, que sa nourrice et sa mère lui avaient apprise. C'était une intelligence souple et de second ordre, liabile à s'assimiler les formes et les images, dénuée d'invention et de force, servie par une mémoire excellente et par de bonnes études classiques. Le portrait de Macpherson, j)ar lloynolds, exprime cette facilité ingénieuse d'un talent né pour le pastiche. Il y a i>lus do Srapin que d'Homère chez ce personnage. L'œil pétille d'esprit, la pose est théâtrale, le front n'a rien d'élevé, je ne sais quel sourire, légèrement dessiné sm* les lèvres moqueuses, semble protester contre l'inspiration factice qui dupera le monde et les critiques. Après avoir été sous-maître dans une école, après avoir relu souvent dans les solitudes tristes ot fleuries du plus beau canton do son paysMilton ot Homère, Burke et le docteur Lowth, Mallet et les skaldes, le jeune poète voulut appliquer ses études à la description de l'École sauvage. Ses deux poèmes, le UighUmdcr (le Montagnard) , et le //w«tcr( le Chasseur),

n'attirèrent rattontion de personne. 11 avait réuni là-dedans niôtéoros, nuages, montagnes , vierges armées, orages et fantômes, tout ce qui peuple les poèmes d'Ossian. L'imitation des poèmes h la mode, du Caractacus de Mason, des poèmes Scandinaves de Gray, du style pompeux de Thomson, était trop évidente; et le jeune homme n'eut aucun succès.

Cependant le hasard se chargea de lui révéler sa mission. Flome, auteur de Douglas, tragédie peu dramatique, s'était mis à la recherche des fragments keltiqucs , auxquels il attachait uno importance extrême : comme il parlait en présence de Macpherson, celui-ci affirme qu'il en possédait plusieurs. On le presse. Il recule; puis, au bout de quelques jours, il offrit à Home, qui par parenthèse ne savait pas un mot de gaélique, la traduction d'un fragment prétendu original, et si évidemment controuvé, qu'd l'a retranché depuis de sa collection ossianique. Home avait de l'influence et des amis ; la vanité nationale s'émut. Blair, autre esprit délicat et crédule, prit à cœur cette résurrection, qui donnait un Homère inattendu, non-seulement à l'Ecosse, mais à l'Europe keltic[ue. L'intérêt du dernier souffle s'attachait h ces populations mourantes ; c'était leur agonie. Il y avait peu d'années que le désarmement des clans ou klacuis, la destruction du patriarcat des montagnes, annonçaient l'accomplissement des destinées; ces idiomes et ces coutumes, qui allaient disparaître se teignaient d'une lueur mélancolif{ue.

IMacpherson abandonnant avec joie son stérile métier et sa solitude misérable, laissa ses nouveaux amis, les keltes littéraires, fournir aux dépenses de son voyage d'agrément, et parcourut les Highlands pour y rechercher des fragments ossianicpies. C'était entre 1766 et 1767. L'Angle-

icno puritaine, triste oncoro, mais moins sévère qu'à l'épo(iU(' clf Daniel de l'or, voguait en pleine nier sentimentale; Richardson, Young et Its tragédies d'Otway s'étaient emparés de la mode (*). Ces l\ |)es servirent à Maephcrson lerhytme bil)li([ue et les couleurs scandina\es concoururent à son entreprise, et la poésie sauvage primitive fut retrouvée non pas horiihle; Macpherson était moins inhabile; il lui prêta ses déeorationsd'opéra-comi([ue, houlettes et rubans, héros généreux, filles mélancoliques ; il inventa des armures d'acier, des coupes en coquillage, de grandes fêtes dans des tourelles con\ertes de mousse, de jolis vaisseaux traversant la mer. Il lit disjiaraître les vieux Écossais, hommes nus, avec un petit bouclier, un dard, une épée, de petits canots ; la sentimenlalilé de Iliehardson, la tristesse d' Young, la chevalerie de Tressan, le parallélisme de la Bible, composèrent sou pastiche.

11 était dilïicile de donner une religion aux vieux Scotts: qui n'a\ aient pas même de diuides, Macpherson se tira d'afTaire en ne leur en donnantaucune; il en fit des athées raffinés, comme "NValpole et madame Uudeiïant ; il cacha Dieu sous les fantômes. Copiant de son mieux Homère, il jeta connne une vapeur molle et vague sur les choses matérielles. La description des Grecs par Fénelon lui servit de modèle, et quelques vieilles ballades keltes, parodiées et amplifiées, entrèrent dans cette composition extravagante, à laquelle des noms propres traditionnels étaient nécessaires pour soutenir la charpente de l'œuvre. Cette veine facile, que nous avons déjà remarquée en lui, lui fut trèsutile ; elle lui fournissait l'élément fluide d'un coloris qu'il empruntait à toutes les muses, à Milton, Collins,

(*) V. Etudes anglaises, troisième série, naissance ct développement de la Littérature funèbre et mélancolique.

Gray, Spencer, Homère, Tasse et Virgile. Soutenu dans sa fraude par la vanité nationale, déterminée à tout croire aveuglément, il fabriqua jusqu'à une tragédie kelic avec chœurs, à l'instar d'une pièce médiocre de l'Anglais Mason (*), fort admirée alors. On y voyait apparaître Carac- Hayl, l'empereur Caracalla,([u^tvG années avant que ce sobriquet fût inventé, et Dumbarton mis' à feu et à sang avant même que cette ville fut bâtie. Avec Al Cluyd , il inventait Balcluta; des Orckneys, il faisait Inistor ; Solin ditqu'ellesn'étaient pas peuplées de son temps, Macpherson les civilise. Il crée des villes, des peuples, des noms, des clans; son Carick-Tliura est composé de deux noms de localités : l'un, Carick, tellement moderne , qu'on ne le connaissait pas aux Orckneys avant qu'un Stuart, propriétaire dans ces îles, y bâtit une maison qu'il appela hôtel Carick. Macpherson tiouva dans Mallet le cercle de pierre de Loda; par une erreur bizarre, il prit un nom de lieu pom* uue divinité.

Rien ne désabusait des esprits résolus à ne point perdre leur poète, à créer les lettres de noblesse de l'Ecosse. Les supercheries de Daniel et de Psalmanazar furent renouvelées, on paya un petit garçon pom' apprendre par cœur la traduction gaéUque de quelques fragments; on persuada à un vieux capitaine idiot, fanatique de son pays, que ces fragments, il les avait entendus depuis sa première enfance ; on fit grand bruit d'un manuscrit keltique longtemps conservé au collège des jésuites de Douai, et qui s'était égaré par malheur. Un fait indul)itable, c'est ({ue dans les manuscrits erses ou keltiques qui ne sont pas rares, et dont quelques-uns remontent au xv- siècle, personne n"a encore découvert un seul vers cité par Macpherson.

(*) CaractaciiStl

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