PROJET D'UN TRAITÉ D'AMITIÉ ET DE COMMERCE
Entre sa Majesté très-Chrétienne et « Les Etats- Unis de l'Amérique méridionale ; à ratifier aussitôt
qu'elle se sera révoltée contre l'Espagne, ce qui ne peut manquer d'arriver dans deux ou trois ans.
1' Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, Sa Majesté très Chrétienne recevra du Paraguay, du Chili et du Pérou une Ambassade composée de Jésuites défroqués, et de Docteurs en Philosophie, et le Sieur Conrade Alexandre Gérard (qui sera alors au fait de ces sortes d'Ambassades) sera nommé et constitué Envoyé plénipotentiaire dans tous les Etats rebelles de l'Amérique Méridionale en générale; et en particulier Charles Geneviève-Louise-Auguste-Timothée d'Eon de Beaumont, sera nommée Chargée- dès-Affaires dans le Pays des Amazones.
20 Sa Majesté très Chrétienne aura la bonté de leur envoyer toutes sortes de munitions de guerre pour détruire les Espagnols, et n'exigera d'eux qu'un once de Poudre d'or pour chaque livre de Poudre à canon. 3° Sa Majesté très Chrétienne enverra une Flotte pour convoyer les canots des États-Unis dans tous les Ports du monde connu : dont d'Estaing n'aura pas le commandement, quand même il rotoiirneroit sain et sauf. Ce commandement étant conservé pour M. de Bougainville, pour qui les filles de ces Mers doivent avoir beaucoup de reconnaissance.
4" Sa Majesté très-Chrétienne, empioyera ses « bons offices et son entremise » en faveur des Ilabitans du Paraguay, du Chili et du Pérou, « auprès du Roi ou Empereur de Maroc, ou Fez, des Régences d'Alger, de Tunis et de Tripoli, etc., » ainsi qu'auprès de tous les
autres, Rois et Empereurs Africains. Et do plus auprès de l'Empereur du Japon, et de tous les Princes pyrates et contrebandiers de ce quartier du Globe aussi.
5* Sa Majesté très-Chrétienne est si passionnée pour la liberté qu'elle se contentera pourtant de bienfaits, d'une pleine et entière liberté accordée à ses sujets de pêcher à leur gré, dans toutes les mers de l'Amérique Méridionale; parce qu'ils aiment à pêcher dans l'eau trouble.
Réponse de la Reine à ma Lettre dans laquelle j'avois inclus celles de Maurepas et de Necker.
Monsieur,
Vous ne sauriez croire avec quel sérieux j'ai lu les deux Lettres que vous m'avez envoyées. En vérité elles m'ont occupée toute la matinée pendant qu'on me coëffoit. Vos correspondans paroissent être réellement effrayés, que le Roi lui-même n'est pas trop charmé de notre guerre. Mais je sais que c'est votre intention et celle de M. de Vergennes de la continuer à touthazard. Vous êtes l'un et l'autre mes favoris, et je ne vous abandonnerai jamais; d'ailleurs je ne saurois vivre sans me mêler de politique. La chambre d'une nourisse n'a point de charmes pour moi, comme elle en a pour Charlotte d'Angleterre. Et même quand j'aurois du penchant pour les plaisirs domestiques, quelle appa-
rence y a-t-il que j'aie jamais autant de ces plaisirs qu'en a eu Sa Majesté Britannique. — Eh bien ! qu'importe ? si le sol de Versailles n'est pas propice aux tendres myrtes, n'en cultivons que plus de lauriers. Pour mettre cette guerre à la mode, il n'est question que de former des Camps en Normandie pour les jeunes Officiers; ils les préfèrent à leurs quartiers de campagne. Quiint aux Espagnols, qu'ils fassent ce qu'ils voudront. Que nous importe le Pacte de Famille puisque mon Frère est Tami de la France ? Courage, Monsieur; s'il faut que d'Estaing périsse, soit, il l'a voulu. Réservons nos renforts pour le brave d'Orvilliers, et vous verrez que nous convertirons en tapis ces pavillons Anglois.
Marie.
P. -S. — Quels jolis plumets que ceux que vous m'avez envoyés ! je ne m'en parerai au moins qu'à la première victoire que nous gagnerons, ainsi il y va de votre honneur qu'ils ne jaunissent pas dans ma gardrobe.
A Monsieur de Sariine
Lundi matin, onze heures.
Ma chère AME,
Le jour n'est-il pas assez long pour vaquer aux affaires de l'Etat ? faut-il encore y sacrifier la nuit ?
68 LE DIX-miTiÈME SIÈCLE GALANT ET LIBERTIN
Cruel; Ne craig-nez-vous pas que je sois jalouse de la Reine, ou au moins de Mme de Sartine. De grâce, mon cher, venez dcrnaiîi au soir chez moi à la canipaguf; nous y ferons un petit souper délicieux. Le Duc de Chartres et le Comte d'Artois doivent en être; et j'ai invité le Prince de Nassau, le Marquis de Genlis, la jolie d'Ervieux, Mademoiselle Michelot, et bien des beautés spirituelles. Tout cela ne vous tenle-t il pas ? Laissez-là le grand homme, et soyez pour le moment l'homme de plaisir. On s'assemblera à minuit. Mais ne pourriez-vous pas venir un quart d'heure auparavent, pour vous tranquiliser ? Adieu ! ne me faites pas languir I
Du Thé
Fin