‹ Le dix-huitième siècle galant et libertinChapitre 14 sur 33 · AVIS DE L EDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L EDITEUR

Je dois, à tous Lecteurs qui liront cet ouvrage, une justification de mon procédé et un exposé des motifs qui ont pu, malgré moi, me déterminer à tromper leur attente, en ne leur offrant que la première partie d'un objet dont sûrement ils altenditient la totalité. Je crains les reproches, et surtout quand l'apparence semble me les attirer. En lisant le titre de ce volume, on s'apprête bientôt à posséder une connaissance parfaite des Sujets qui composent les principaux théâtres de la Gapitale, et ce n'est qu'en tremblant que j'ose avouer aux amateurs que je ne leur présente que l'histoire du Concert-Spiriiuel et de VOpéra. Mon intention était sûrement bien conforme aux désirs du public, et déjà je m'applaudissais de remplir absolument ses vues, en ne lui laissant rien à souhaiter à cet égard, quand la nécessité détruisit mon espoir et me mit hors d'état 4e compter davantage sur la durée de mes desseins,

66 LE DIX-IIUITIEME SllXr.n GALANT ET LIBERTIN

Qui peut, avec assurance, compter sur lu stabilité de ses projets ? personne; et Lu Fontaine, ce Fabuliste charmant, nous apprend dans sa jolie fable de Perrette et le Pot au Lait, que souvent on s'expose à compter deux fois, quand on veut compter sans son hôte. Je prouve le sens moral de cet apologue et suis obligé de changer de calcul, au moment où j'étais pre5([ue certain de l'accomplissement de mon objet. Je ine^consolerais très facilement du tort que cela pourrait faire à mes intérêts, si le commencement et la suite de C(?t ouvrage n'en souffraient pas. Ce n'est donc que pour lui que je réclame la bienveillance de mes Lecteurs, et c'est pour les engager à me l'accorder, que je les prie d'examiner mes raisons.

Je le répète encore, mon intention n'étoit pas de partager l'étendue de ces observations : je m'y suis vu forcé et quiconque me jugera sainement conviendra, sans doute, avec moi, de la vérité de ce que j'avance.

Raison première; c'est mon exactitude même qui m'empêche d'être exact. Ce volume, attendu depuis si longtemps, était en danger de ne pas paraître sitôt, par une maladie survenue à son auteur au moment où il finissait l'article concernant r Académie Royale de Musique. Jugez, par là, de mon embarras. Sa faible santé ne lui permettait aucune espèce de travail, et ce qui était plus accablant pour moi, c'est que son état ne promettait aucun espoir de rétablissement. Je gardais tristement cette première partie dans mon portefeuille, la regardant comme inutile, quand je reçus une lettre

de mon moribond qui ranima mes espérances; il m'annonçait le changement de sa situation et l'agréable nouvelle de son retour au travail.

La visite de cette annonce me fut confirmée presqu'au même moment, puisque je reçus une partie de l'article concernant le Spectacle Français. Dès lors, af;suré que cet ouvrage aurait sa conclusion, je me résolus à présenter au public ce que j'en possédais, dans la vue de calmer son impatience et de lui persuader qu'il n'avait pas lu le prospectus d'un travail imaginaire.

Une autre raison m'afl'ermit encore dans ma disposition; c'est que la grande quantité de sujets des principaux théâtres de Paris fournissait matière au volume le plus conséquent, dont sa long'ue lecture aurait, peutêtre, rebuté le lecteur. Ma crainte était d'autant mieux fondée, que plus d'un exemple la justifiait : or, en voulant éviter un inconvénient, je tombais dans un autre bien plus cruel pour moi.

Je me livre donc à l'idée qui m'est venue, bien persuadé que le discernement raj)prouvera, et qu'on me saura gré de ce que je n'ai exécuté que guidé par mon empressement à prouver au public mon zèle et mon dévouement.

D'ailleurs, rien de plus naturel que cette sorte de séparation; chacun des principaux spectacles de Paris ou ses partisans. Ceux de l'Opéra achèteront le volume qui les intéresse, ainsi des autres; et ceux qui, curieux de les connaître tous les trois, n'ont de partialité pour aucun d'eux, se fourniront de l'ouvrage complet.

68 LIî DIX-nUITIÎiME SIECLE GALANT KT IJI;I:RTIN

Le désir que j'î forme avec le plus d'ardeur est de voir le plus grand nombre de lecteurs témoigner à Fauteur qu'ils lui savent gré de la peine qu'il s'est donnée et des recherches qu'il a été obligé de faire : je n'ignore pas qu'ils ne penseront pas tous de cette manière ; qu'importe les mécontents, quand le parti contraire a l'avantage ?

Les deux autres parties de cet ouvrage paraîtront successivement, et j'ose protester que l'intervalle ne sera pas long; or, j'engage tout amateur à se munir de celleci, avec d'autant plus de confiance qu'il ne tardera pas à le joindre à la suite.

Je crois mon moyen d'autant plus juste, que les remarques qui pourront être faites sur cette partie engageront l'auteur à examiner les autres avec la plus sévère attention.

Page 1