L'ABBAYE DE LONGCHAMP EN
Au dix-huitième siècle l'abbaye de femmes de Longchamp était, tout à la fois, un couvent cloîtré de l'ordre de Saint-François, une maison de retraite à prix iixe ouverte aux vieilles repenties comme aux jeunes pécheresses, enfin un pensionnat discret pour les témoignages vivants d'unions passagères ou coupables.
Les Notes secrètes^ dont le manuscrit fut édité à 500 exemplaires en juin 1770, exemplaires fort rares aujourd'hui, révèlent de curieux détails sur les mœurs des pensionnaires de cette maison dont il reste à peine aujourd'hui un lointain souvenir.
Déjà, sous le règne de Louis XV, les concerts spirituels de la semaine sainte commençaient à perdre leur caractère de fête religieuse et n'étaient plus guère, pour le monde clég.uit, qu'un prétexte de promenade en riche toilette à l'inauguration du printemps. Précisément en Tannée 1768, la Guimard, et les belles impures d'abord, donnèrent au pèlerinage du Bois de Boulogne un éclat inaccoutumé. Aussi, dès les premiers jours du Carême, l'abbaye de Longchamp devint-elle
à la cour le sujet de toutes les conversations, la grande préoccupation du moment, et, pour satisfaire la curiosité de quelque grand personnage, le lieutenant-général de police dut se faire renseigner. Voici le rapport de l'agent chargé de sonder les mystères du cloître.