‹ Le dix-huitième siècle galant et libertinChapitre 19 sur 33 · DAMES PENSIONNAIRES · texte numérisé non relu

DAMES PENSIONNAIRES

MlleTalbot, Irlandaise, cinquante-cinq ans, cousine de M. Dielon, archevêque de Narbonne. Mlle de Tisconel, sa nièce, a épousé M. le marquis de Ventimille. Cette demoiselle est d'un caractère charmant et d'une humeur enjouée. Sa société est des plus agréables et sans tirer à l'esprit, ses conversations en pétillent et annoncent des connoissanccs. Elle a été d'une jolie figure et a toujours vécu dans le grand monde. Elle passe maintenant ses jours dans la retraite pour raccommoder SCS aiïaires qu'elle a dérangées.

Mlle Viou, fille de condition de Basse-Normandie, quatre-vingts ans, pensionnaire depuis trente-cinq ans.

(1) Sic, au manuscrit. C'est probablement l'abrégé du nom de l'homme de police quia écrit ces notes.

NOTES SECRÈTES SUR l'aBBAYE DE LONGCHAMP 85

C'est une fille qui a toujours aimé les plaisirs et les divertissements. Quoiqu'elle soit accablée d'années, toute la jeunesse de l'abbaïe, guimpée ou nonguimpée, forme chez elle une cour. Cette vieille fille à le caractère si gaillard, qu'elle met toute la jeunesse du couvent en gaieté et en belle humeur. On l'appelle la boute-entrain de Longchamp.

Mme Dauberoue, femme de condition du Nivernais, soixante ans, a été fort longtemps maîtresse de M. de Rochegurde, officier aux gardes. C'est une femme fort triste, mais très charitable.

Mme de Bussi-Ansion, la mère, cinquante-cinq ans, de Bourgogne ; feu son mari était gouverneur des pages de l'Écurie ; a été élevée à Longchamp. C'est une femme charmante et aimable dans la société ; elle a demeuré fort longtemps à la cour. Après la mort de son mari, elle s'était retirée dans ses terres en Bourgogne, pour y élever son fils unique, qu'elle regardait comme sa consolation dans sa vieillesse. Elle lui a fait épouser, il y a quatre ans, Mlle Dauberque ; mais le caractère de son iils est devenu si brutal et si farouche, que la mère et la bru ont dû sortir du château et abandonner, l'une son fils, l'autre son mari, pour venir chercher un asile tranquille à Longchamp. Mme de Bussi-Ansion, la bru Dauberque en son nom, trente-six ans, n'est pas pourvue d'une jolie figure.

Mlle de Kuville, Angloise, nouvelle convertie,

H I.E DIX-HUITIÈME SIÈCLE GALANT ET LlhbHTlN

soixante ans ; elle se dit noble; sans fortune. M. Piousseau et Mme l'abbesse de Pantliémont ont soin de païer sa pension et de l'entretenir.

Mlle de la Choi'Te de Boursac, vingt-quatre ans, la nièce de feu Tévêque de Noïon. Madame sa mère lui cherche partout un mari, sans pouvoir en trouver. Elle n'est ni riche, ni jolie; de plus, elle a de certaines crises de convulsions que l'on soupçonne être le haut mal. Mme de Boursac, mère, depuis la mort de M. de Noïon, ne paroit subsister que des aumônes qu'elle attrapa à la Cour. Il paroit qu'elle fait un mystère du séjour de sa fille, car personne ne la vient voir. Elle a dans ce couvent une femme de chambre appelée Chenheval, âgée de vingt-deux ans, qui est une des plus jolies créatures qu'on puisse voir; elle a des cheveux blonds.

Mlle de Grangeneuve, trente-quatre ans, de Saint- Etienne en Forest, fille d'un commissaire des poudres et salpêtres, pauvre. Elle ne peut depuis longtemps païer sa pension ; elle doit à Tabbaïe 2.000 liv. ; elle ne subsiste maintenant que par les libéralités de Mme Bussi- Ansion. C'est une fille d'un très bon caractère, jolie, grande et bien faite; cheveux bruns.

Mlle le Chat de la Chevalerie, dix-huit ans, créole, fort riche. La terre de la Chevalerie est située au-dessus du Mans. Cette demoiselle est d'une petite stature, mais faite au tour, beau port, air noble, remplie de grâces,

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