LES HASARDS HEUREUX DE L ESCARPOLETTE
(D'apri-s KiMj;oii.iii.i. )
INTRODUCTION XV
curiosité des faits, te désir d' exprimer ce qu^it sait, ce qu'it a vu ou entendu. Il ne cherche pas à nuire, ta pensée du tucre tui est souvent étrangère. Il écrit parce que cela lui fait plaisir d'écrire, et quit connaît te goût de ses contemporains pour ces petites choses légères, spirituelles et gauloises, et que la société d'alors est elle-même légère, spirituelle et libertine. Son but 'nest pas autre : il se contente luimême, il se distrait.
Malgré V insignifiance qui a procédé à leur élaboration, et au point de vue des mœurs, les pamphlets sont à étudier. Ils perpétuèrent et empirèrent les mœurs qu'ils dépeignaient ; ils contribuèrent à ta décadence morale et furent de féconds agents de dissolution. Le libertinage, par eux, passa de quelques privilégiés à ta foule ; il se répandit; il détacha les individus de ta chose publique Jusqu'au moment où le manque de liberté brisa le cadre politique devenu trop étroit. Ceci advint en 1789. Et Von sait par quels flots impétueux ta Révolution se débarrassa et de cette gangue et de l'ancien régime. Elle démocratisa la galanterie.
Le bibliophile Pol André.
M. de Sartine fut un des lieutenants de police les plus fameux de l'ancien régime. Aux curiosités contemporaines, son nom est devenu cl demeuré familier par la publication du fameux journal de ses inspecteurs, où, pour l'agrément et la distraction de Louis XV, étaient consignés tous les hauts faits galants du libertinage d'hier, d'aujourd'hui, voire de demain. Comme ses confrères, il avait la haute main sur la galanterie parisienne, mais si ses pouvoirs ne furent pas plus étendus que les leurs, on peut dire qu'au contraire d'eux il donna, ou fit donner par ses agents, à cette partie de son administration, une publicité, un éclat, une ostentation qui ne furent certes pas loin du scandale. H domina, écrasa véritablement la fille publique de son époque, et, Dieu sait si, pour la prostitution élégante et autre, ce temps fut beau et fertile en divers exploits l Mais, tout naturellement, cette tyrannie ne fut point sans lui créer de nombreux ennemis. La fille publique a des chevaliers dans tous les mondes, depuis le seigneur qui lentrelient jusqu'au (ilou qui la gruge. Au dix huitième siècle, le filou dos filles publiques se doublait souvent d'un pamphlétaire, témoin ce fameux et tristement célèbre chevalier (d'industrie, certes), Théveneau de Morande, qui a attaché son nom déshonoré à la fabrication de laplupar-t des libelles scandaleux et outrageants de son temps. La Casselle verle de M. de Sarline Irourrc chez Mademoiselle du T/je est-elle son œuvre? Rien ne permet de l'affirmor, preuves en mains, mais si les présomptions morales,
en pareil cas. suffisent, on peut l'en dire sans crainte, l'auteur. Outre son sty'c, on y retrouve sa manière de proréder, l'habileté sournoise de la diffamation et le lourde main qui lui est propre. En comparajit ce pamphlet avec d'autres œuvres de Thévenoau de Morande, le Gazellier cuirassé, par exemple, on deriicure frappé de la ressemblance du procédé. Enfin, décrire ce libelle, Théveneau fut digne et ce n'est pas accabler sa mémoire que de l'en charger.
La Cass^elte verte est réimprimée ici pour la première fois d'après l'édition originale devenue rare. La demoiselle Du Thé, dont le titre fait mention, fut la maîtresse du comte d'Artois et de Philippe-Égalité. Il est bien évident que pareille cassette ne se trouva jamais chez elle et que son nom placé là le lut uniquement pour exciter la curiosité du lecteur. On verra si cette curiosité était mal placée.