Politesse, Cf. p. 18, n
20 l'K A17//I- siKCi.K I'AU les textes
elles sont atta(lit'e.s. Ce speclaclo me fil rîivcr, et peut-être, sans la marijuise, eussé-je rév<'' assez, lonj^lemps ; mais la présence d'une si aimable dame ne me permit pas de m'abandonner à la lune et aux étoiles.
« Ne trouvez-vous pas, lui dis-je, ([uc le jour inènie n'est pas si beau qu'une belle nuit ?
— Oui, me répondil-olle, la beaub'' du jour esl comme une beauté blonde (jui a plus de brillant ; mais la beauté de la nuit est une beauté brune qui est plus touchante.
— Vous êtes bien généreuse, rcpris-je, de donner cet avantage aux brunes, vous qui ne l'êtes pas. Il est pourtant vrai que le jour esl ce qu'il y adeplus beau dans lanature, et que les héroïnes de roman, (pii sontec ({u'il y a de plus beau dans l'imagination, soni presque tinijours blondes.
— Ce n'est rien que la beauté, répliqua-t-elle, si elle ne touche. Avouez que le jour ne vous eût jamais jeté dans unie rêverie aussi douce que celle où je vous ai vuprêlde* tomber tout à l'heure à la vue de celle belle nuit.
— J'en conviens, répondis-je ; mais, en récompense'^, une blonde comme vous me ferait encore mieux rêver que la plus belle nuit du monde avec loule sa beauté brune.
— Quand cela serait vrai, répliqua-t-elle, je ne m'en contenterais pas. Je voudrais que le jour, puisque les blondes doivent être dans ses intérêts, fit aussi le même efl'et. Pourquoi les amants, qui sont bons juges de ce qui touche, ne s'adressent-ils jamais qu'à la nuit, dans toutes les chansons et dans toutes les élégies que je connais ?
— 11 faut bien que la nuit ait leurs remerciements, lui dis-je.
— Mais, reprit-elle, elle a aussi toutes leurs plaintes. Le jour ne s'attire point leurs confidences. D'où cela vient-il?
— C'est apparemment, répondis-je, qu'il n'inspire point je ne sais quoi de triste et de passionné. Il semble, pendant la nuit, que tout soit en repos. On s'imagine que les éloiles marchent avec plus de silence que le soleil ; les objets que le ciel présente sont plus doux ; la vue s'y arrête plus aisément ; enfin, on rêve mieux, parce qu'on se flatte d'être alors dans toute la nature la seule personne occupée à rêver. Peut-
1. /V<V (/('. On disait indifféremment 2. £« réco/«/>e«i^. En compensation,
pri'l (le ou prêt à, en revanche.
être aussi que le spectacle du jour est trop uniforme ; ce n'est qu'un soleil et une voûte bleue ; mais il se peut que la vue de toutes ces étoiles, semées confusément et disposées au hasard en mille figures différentes, favorise la rêverie et un certain désordre de pensées où l'on ne tombe point sans plaisir.
— J'ai toujours senti ce que vous me dites, reprit-elle; j'aime les étoiles et je me plaindrais volontiers du soleil, qui nous les efface.
— Ah I m'écriai-je, je ne puis lui pardonner de me faire perdre de vue tous ces mondes.
— Qu'appelez-vous tous ces mondes? me dit-elle en me regardant et en se tournant vers moi.
— Je vous demande pardon, répondis-je ; vous m'avez mis sur ma folie, et aussitôt mon imagination s'est échappée.
— Quelle est donc cette folie? reprit-elle.
— Hélas! répliquai-je, je suis bien fâché qu'il faille vous l'avouer. Je me suis mis dans la tête que chaque étoile pourrait bien être un monde. Je ne jurerais pourtant pas que cela fût vrai; mais je le tiens pour vrai, parce qu'il' me fait plaisir à croire. C'est une idée qui me plaît, et qui s'est placée dans mon esprit d'une manière riante. Selon moi, il n'y a pas jusqu'aux vérités à qui l'agrément ne soit nécessaire^.
— Eh bien! reprit-elle, puisque votre folie est si agréable, donnez-la-moi ; je croirai sur les étoiles tout ce que vous voudrez, pourvu que j'y trouve du plaisir.
— Ah ! madame, répondis-je bien vite, ce n'est pas un plaisir comme celui que vous auriez à une comédie de Molière ; c'en est un qui est je ne sais où dans la raison, et qui ne fait rire que l'esprit.
— Quoi donc? reprit-elle, croyez-vous qu'on soit incapable des plaisirs qui ne sont que dans la raison? Je veux tout à l'heure vous faire voir le contraire.. Apprenez-moi vos étoiles.
— Non, répliquai-je, il ne me sera point reproché que dans un bois, à dix heures du soir, j'aie parlé de philosophie à la