De musicien
182 /-'.' A »■///>• SIKCI.h: /'.l/l LES TEXTES
Lu'. — Oui.
Moi. — VA vous n'en saviez rien du tout?
Lri. — Non, ma foi; et c'est pour cela qu'il y en avait do pires que moi, ceux qui croyaient savoir quelque chose. y\u moins je ne gâtais ni le jugement ni les mains des enfants. En passant de moi à un bon maître, comme ils n'avaient rien appris, du moins ils n'avaient rien à désapprendre, et c'était toujours autant d'argent et de temps épargné.
Moi. — Comment faisiez- vous?
Lli. — Comme ils font tous. J'arrivais, je me jetais dans ma chaise. « Que.le temps est mauvais! que le pavé est fatigantl « Je bavardais quelques nouvelles : « C'est un rare corps 'que ce Préville ^; il faut le voir dan&\e Mercure galant''. Cette pauvre Dumesnil' ne sait plus ce qu'elle dit ni ce qu'elle fait... Allons, mademoiselle, prenez voire livre. »
Tandis que mademoiselle, qui ne se presse pas, cherche son livre qu'elle a égaré, qu'on appelle une femme de chambre, qu'on gronde, je continue : « La Clairon* est vraiment incompréhensible. On parle d'un mariage fort saugrenu; c'est celui de mademoiselle... comment l'appelez-vous?
— Allons, Rameau, vous radotez; cela ne se peut.
— Je ne radote point; onditmême que la chose est faite... Le bruit court que Voltaire est mort; tant mieux.
— Et pourquoi tant mieux?
— C'est qu'il va nous donner quelque bonne folie; c'est son usage, que de mourir une quinzaine auparavant... »
Que vous dirai-je encore I Je faisais le fou, on m'écoutait, on riait, on s'écriait : « Il est toujours charmant. » Cependant'' le livre de mademoiselle s'était retrouvé sous un fauteuil où il avait été traîné, mâchonné, déchiré par un jeune doguin ou par un petit chat. Elle se mettait à son clavecin : d'abord elle y faisait du bruit toute seule, ensuite je m'approchais, après avoir fait à la mère un signe d'approbation.
La mère : « Cela ne va pas mal; on n'aurait qu'à vouloir, mais on ne veut pas; on aime mieux perdre son temps à jaser,