‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 127 sur 340 · En. Cf. p. 32, n · texte numérisé non relu

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étude, qu'ainsi on aurait dû se borner à se rendre familiers les auteurs grecs et romains pour profiter de ce qu'ils avaient pensé de meilleur, et que le travail auquel il fallait se livrer pour écrire leur langue était autant de perdu pour l'avancement de la raison. On ne voyait pas d'ailleurs que, s'il y a dans les anciens un grand nombre de beautés de style perdues pour nous, il doit y avoir aussi, par la même raison, bien des défauts qui échappent, et que l'on court risque de copier comme des beautés ; qu'enfin tout ce qu'on pourrait espérer par l'usage servile de la langue des anciens, ce serait de se faire un style bizarrement assorti d'une infinité de styles différents, très correct et admirable même pour nos modernes, mais que Cicéron ou Virgile auraient trouvé ridicule. C'est ainsi que nousririons d'un ouvrage écrit en notre langue, et dans lequel l'auteur aurait rassemblé des phrases de Bossuet, de La Fontaine, de La Bruyère et de Racine, persuadé avec raison que chacun de ces écrivains en particulier est un excellent modèle.

Ce préjugé des premiers savants a produit dans le xvi* siècle une foule de poètes, d'orateurs et d'historiens latins, dont les ouvrages, il faut l'avouer, tirent trop souvent leur principal mérite d'une latinité dont nous ne pouvons guère juger. On peut en comparer quelques-uns aux harangues de la plupart de nos rhéteurs', qui, vides de choses, et semblables à des corps sans substance, n'auraient besoin que d'être mises en français pour n'être lues de personne.

Les gens de lettres sont enfin revenus peu à peu de cette espèce de manie. Il y a apparence qu'on doit leur changement, du moins en partie, à laprotection des grands, qui sont bien aises d'être savants, à condition de le devenir sans peine, et qui veulent pouvoir juger sans étude d'un ouvrage d'esprit, pour prix des bienfaits qu'ils promettent à l'auteur, ou de l'amitié dont ils croient l'honorera On commença à sentir que le beau, pour être en langue vulgaire, ne perdait rien de ses avantages, qu'il acquérait même celui d'être plus facilement saisi du commun des hommes, et qu'il n'y avait aucun

1. Il s'agit de ceux qui, dans les 2. Dmit ih croient l'honorer. Del'a.mi-

Collèges ou les Académies, écrivaient tié qu'ils lui témoignent, en croyant par encore des harangues en latin. là l'honorer.

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nuM'ileàdire des choses communes ou ridicules dans quchiue langue que ce fiU, et à plus forte raison dans celles <|u"()n devait parler 1(> plus mal. Les gens de lettres pensèrent doue à perfectionner les langues vulgaires; ilscherchèrenldabord à dire dans ces langues cequeles anciens avaient dit dans les leurs. Cependant, par une suite du i>r(''jugé dont on avait eu tant de peine à se défaire, au lieu d'enrichir la langue française, on commença par la défigurer. Ronsard en fit un jargon barbare ', hérissé de grec et de latin ^; mais lieureusemenl il la rendit assez méconnaissable pour qu'elle en devint ridicule. Bientôt on sentit qu'il fallait transporter dans notre langue les beautés et non les mots des langues anciennes. Réglée et perfectionnée par le goût, elle acquit assez promptement une infinité détours et d'expressions heureuses. Enfin, on ne se borna plus à copier les Romains et les Grecs, ou même à les imiter, on tâcha de les surpasser, s'il était possible, etde penser d'après soi. Ainsi, l'imagination des modernes renaquit peu à peu de celle des anciens; et on vit éclore presque en nième temps tous les chefs-d'œuvre du dernier siècle, en éloquence, en histoire, en poésie, et dans les différents genres de littérature.

Malherbe, nourri de la lecture des excellents poètes de l'antiquité, et prenant comme eux la nature pour modèle, répandit le premier dans notre poésie une harmonie et des beautés auparavant inconnues. Balzac, aujourd'hui trop méprisé, donna à notre prose de la noblesse et du nombre. Les écrivains du Port-Royal continuèrent ce que Balzac avait commencé ; ils y ajoutèrent cette précision, cet heureux choix des termes et cette pureté qui ont conservé jusqu'^l présent à la plupart de leurs ouvrages un air moderne, et qui les distingue d'un grand nombre de livres surannés, écrits dans le même temps ^ Corneille, après avoir sacrifié pendant quelques années au mauvais goût dans la carrière dramatique, s'eii affranchit enfin, découvrit par la force de son génie, bien plus que par la lecture, les lois du théâtre,

1. On ne rendait pas encore justice ciennes, son vocabulaire est presque à la réforme de Ronsard. Cf. notre tout français.

Précis de Lilléniliire, p. m sqq. 3. Cet éloge s'applique surtout à

2. Si les constructions de Ronsard Pascal, et encore à Nicole, imitent souvent celles des langues an-

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