‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 130 sur 340 · I.F. Wlll' SIECLE ;>.!« LES TEXTES · texte numérisé non relu

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riiisiours s'imaginent que toute la science d'un matlif^matic'ien consiste àdire corollnire i\\\ lieude conxéqnencc, scotie an lieu de vemarqxu\ théorème au lieu de iiroposilian. Ils croient ([ue la langue particuliùre de chaque science en fait tout le mérite, que c'est une espèce de rempart inventé pour en défendre les approclTes; ne pouvant forcer la place, ils se vengent en insultant les dehors.

[/éléments de philosophie.)

HELV£TIUS

LA ROCHEFOUCAULD ET l'aMOUR- PROPRE

Lorsque le célèbre M. de La Rochefoucauld dit que l'amour-propre est le principe de toutes nos actions, combien l'ignorance de la vraie signification de ce mot amour-propre ne souleva-t-elle pas de gens contre cet illustre auteur ! On prit l'amour-propre pour orgueil et vanité, et l'on s'imagina, en conséquence, que M. de La Rochefoucauld plaçait dans le vice la source de toutes les vertus. Il était cependant facile d'apercevoir que l'amour-propre, ou l'amour de soi, n'était autre chose qu'un sentiment gravé en nous par la nature, que ce sentiment se transformait dans chaque homme en vice ou en vertu, selon les goûts ou les passions qui l'animaient, et que l'amour-propre, différemment modifié, produisait également l'orgueil et la modestie.

La connaissance de ces idées aurait préservé M. de La Rochefoucauld du reproche tant répété, qu'il voyait l'humanité trop en noir ; il l'a connue telle qu'elle est. Je conviens que la vue nette de l'indifférence de presque tous les hommes à notre égard est un spectacle affligeant pour notre vanité ; mais enfin il faut prendre les hommes comme ils sont : s'irriter contre les effets de leur amour-propre, c'est se plaindre des giboulées du printeiiip-;, des ardeurs de l'été, des pluies de l'automne et des glaces de l'hiver'.

Pour aimer les hommes, il faut en'^ attendre peu; pour voir leurs défauts sans aigreur, il faut s'accoutumer à les leur pardonner, sentir que l'indulgence est une justice que la faible humanité est en droit d'exiger de la sagesse. Or, rien de plus propre à nous porter à l'indulgence, à fermer nos cœurs à la haine, à les ouvrir aux principes d'une morale humaine et douce, que la connaissance profonde du cœur

1. On s'attendrait plutôt qu'IIelvé- sorte d'amour- propre supérieur qui

tius, après avoir relevé l'erreur corn- peut être la source des plus hautes

mune sur la signification du mot amour- vertus. propre, montrât comme quoi il y a une 2. En. Cf. p. 32, n. 2.

LR XYin* SIÈCLE PAR LES TEXTIÎS 13

194 Ih: M///'' SItXI.E l'Ali LES VKXTES

luimaiii, t-'llo que Tavail M. de La Uochoroiicauld; aussi les liomuios les plus éclairés onl-ils presque toujours été les plus indulgents.

(/>e r/:sprit, Premier Discours, chap. IV.)

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