D'HOLBACH
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La morale doit se proposer de réunir d'intérêts tous les individus de l'espèce humaine, et surtout les membres d'une même société. La politique devrait sans cesse concourir à resserrer les liens de l'humanité, soit en récompensant ceux qui monlrentcette vertu', soiten llétrissant ceux qui refusent de l'exercer. En un mot, tout devrait faire sentir aux mortels qu'ils ont besoin les uns des autres, et leur prouver que le pouvoir suprême, que le rang, la naissance, les dignités, les richesses, bien loin d'être des titres pour mépriser ceux qui n'ont pas ces avantages, imposent à ceux qui les possèdent le devoir d'être humains, de secourir, de protéger leurs semblables. Le mépris pour la misère, la pauvreté, la faiblesse, est un outrage pour l'espèce humaine ; au lieu d'exalter celui qui s'en rend coupable, il doit le ravaler, lui faire perdre sa dignité et les droits à laffeclion et aux respects de ses concitoyens.
Combien de gens meurent sans avoir jamais su profiter de la vie! Vivre, c'est agir; jouir, c'est goûter le plaisir d'être aimé; en faisant des heureux, c'est rendre^ les autres contents, afin d'être soi-même content. Mais ces plaisirs, réservés aux âmes honnêtes et sensibles, sont inconnus des méchants endurcis, qui, après avoir vécu dans le trouble, meurent désespérés ; ils ne sonl point faits pour les hommes livrés aux vices, à la dissipation, à des plaisirs criminels ou frivoles, que la mort vient toujours surprendre, et ne trouve aucunement affermis contre ses coups, lînfin, les plaisirs consolantsdela vertu, si propres àfortifierlescœurs,sontignorés de la plupart des princes, des grands, des riches, qui, placés sur la terre pour la rendre heureuse, ne font communément
1. Celle rerlit. Le mot humanilé a été 2. En faisant des heureux, c'est ren-
exprimé plus haut dans le sens de .so- drc. Mélange de deux constructions :
ciété humaine; il s'entend ici de la sym- en faisant ... ^onreud; (aire. .. , c'est rendre. pathie pour nos semblables.