‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 135 sur 340 · D'HOLBACH · texte numérisé non relu

D'HOLBACH

que redoubler ses maux. Tout nous montre que les hommes que le rang et la fortune mettent à portée de faire le plus de bien sont très souvent inutiles ou nuisibles pendant toute leur vie, ne savent jouir de rien, et n'emportent en mourant les regrets de personne. Faute de connaître le mécontentement attaché à la vertu bienfaisante, les mortels qui pourraient se rendre lesplus heureux vivent ou dans la stupeur* de l'ennui, ou dans une agitation fatigante, soit pour eux-mêmes, soit pour les autres ; leur mort, désirée par ceux qui les entourent, est pour ceux-ci unmoment dedélivrance et dejoie. Par quel droit, en effet, celui qui n"a fait aucun bien sur la terre, qui n'a vécu que pour lui seul, qui même n'aura fait qu'affliger les malheureux dont il est environné, pourrait-il prétendre qu'on le regrette? Les pleurs et les regrets des vivants sont des hommages du cœur qui ne sont dus qu'à l'homme de bien, sensible et tendre. La vie heureuse et la mort tranquille ne peuvent être les effets que de l'utilité, des talents, de la bonté, de la vertu.

Reconnaissez donc, ô hommes! que dans la vertu seule réside ce bonheur qu'on désire et qu'on cherche si vainement ailleurs. Ce n'est qu'en vous montrant utiles et bons que vous pourrez prétendre à l'amour de vos semblables et que vous aurez le droit de vous aimer vous-mêmes. Apprenez enfin à connaître votre intérêt le plus cher, le plus réel; apprenez la manière dont chacun de vous doit s'aimer. Cet amour de soi est nécessaire, naturel, inséparable de l'homme, approuvé par la morale ; mais il vous impose le devoir d'aimer les autres, de contribuer à leur bien-être, si vous voulez mériter leur tendresse et leurs secours. Occupez-vous donc de ceux qui font route avec vous dans le sentier difficile de la vie. Prêtez-leur une main secourable, afin de les engager* à vous assister à leur tour. Ce serait se haïr que de se concentrer en soi-même et d'oublier les égards, la bienveillance, les soins que l'on doit montrer aux autres; ce serait une entreprise aussi folle qu'inutile que celle de vivre heureux dans la société sans les secours de ses associés. Hélas ! nul d'entre vous, ù mortels ! n'est à l'abri des traits du sort. Nul d'entre vous

1. Stupeur. Engourdissement; c'est 2. Engager, Cf. p. 102, n. 5.

presque la stupidité.

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