DESTOUCHES
LISIMON.
Tiens, chez moi le dedans gouverne le dehors; Je suis franc.
LE COMTE
Quant à moi, j'aime la poUtesse.
LISIMON.
Moi, je ne Taime point; car c'est une traîtresse Qui fait dire souvent ce qu'on ne pense pas. Je hais, je fuis ces gens qui font les délicats, Dont l'a fière grandeur d'un rien se formalise, Et qui' craint qu'avec elle on familiarise'^; Et ma maxime, à moi, c'est qu'entre bons amis Certains petits écarts doivent être permis.
LE COMTE
D'amis avec amis on fait la différence.
LISIMON.
Pour moi, je n'en fais point.
LE COMTE
Les gens de ma naissance Sont un peu délicats sur les distinctions, Et je ne suis ami qu'à ces conditions.
LISIMON.
Ouais! vous le prenez haut^ Écoute, mon cher comte, Si tu fais tant le fier, ce n'est pas là mon compte. Ma fille te plaît fort, à ce que l'on m'a dit; Elle est riche, elle est belle, elle a beaucoup d'esprit; Tu lui plais ; j'y souscris du meilleur de mon âme. D'autant plus que par là je contredis ma femme, Qui voudrait m'engendrer* d'un grand complimenteur Qui ne dit pas un mot sans dire une fadeur.
1. Dont tu ficre ffraiidciir... et qui. non pas /e /oh). Cf. ^UAière, l'Etounli, Construclion incorrecte, acte I, scène m :