‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 19 sur 340 · u: v »•///'• sitxi.F. l'.ui u:s textes · texte numérisé non relu

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Marivaux aurait lùeu voulu avoir aussi colle humeur euioui'C; mais il avait dans la lète une aiïairc qui le préoccupail sans cesse el lui donnait l'air soucieux. Comme il avait aciiuis par ses ouvrages la répulaliond'espril suldil el raffiné, il se croyait ol>ligé d'avoir toujours de col espril-là, cl il élait continuellement à ralTùl des idées sus(0|»liljles d'opposition ou d'analyse, pour les l'aire jouer onscmiilc ou pour les mettre à l'alambic ' . 11 convenait que telle chose était vraie jusqu'à wi certain point ou sous certain rapport: mais il y avait toujours quelque restriction, quelque distinction à faire, dont lui seul s'était aperçu. Ce travail d'attention élait laborieux pour lui. souvent pénible pour les autres; mais il en résultait qufilquefoisd'heureuxapereus elde brillantstraits delumiere. Cependant, à linquiétude de ses regards, on voyaitqu'ilétait en peine^ du succès qu'il avait ou qu'il allait avoir. 11 n'y eut jamais, je crois, d'amour-propre plus délicat, plus chatouilleux et plus craintif; mais, comme il ménageait soigneusement celui ■ des autres, on respectait le sien; el seulement on le plaignait de ne pouvoir pas se résoudre à être simple cl naturel.

L'abbé Morellot*, avec plus d'ordre et de clarté dans un très riclie magasin de connaissances de toute espèce, était pour la conversation une source d'idées saines, pures, profondes, qui, sans jamais tarir, ne débordait jamais. 11 se montrait à nos dinersavec une âme ouverte, un esprit juste et ferme, et dans le cœur autant de droiture que dans l'esprit. L'un de ses talents, et le plusdistinctif, était un tour de plaisanterie finement ironique, dont Swift ^ avait eu seul le secret avant lui. Avec celte facilité d'être mordant, s'il avait voulu létre, jamais homme ne le fut moins '^; et, s'il se permit quelquefoislaraillerie personnelle, ce ne futqu'un fouet dans sa main pourchàtier l'insolence ou pour punir la malignité''.

Saint-Lambert*, avec une politesse délicate, quoique un

1. Les mettre il l'uliimbic. Ci. WAicciil 5. Célèbre écrivain anglais, auteur alamhiqué ; de même iiiiintessenciè. des Yoijmjes de Giitlirer, 1667-1745.

2. Qu'il était en peine. Qu'il était 0. Voltaire pourtant l'avait surpréoccupé, nommé ilords-les; mais cf. la suite.

3. t,V/H!. Un mot déjà exprimé sans 7. Malignité. — Avec un sens plus détermination pouvait se remplacer par fort que dans l'usage actuel; méchanun pronom. ceté.

4. Philosophe et littérateur, 1727- 8. L'auteur du poème dea Saisons ; 1S19. 1710-1803.

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peu l'rdido, avait dans la conversation le tour d'esprit élégant t't lin qu'on remarque dans ses ouvrages. Sans élre narurellement },^ai, il s'animait de la gaieté des autres; cl, dans un entretien pliilosopirn|ue ou littéraire, personne ne causait avec une raison plus saine ni avec un goût plus exquis. Ce goiH était celui de la petite cour de Lunéville', où il avait vécu, et dont il conservait le Ion.

Helvétius, préoccupé de son aml)ition de célébrité littéraire, nous arrivait la tête encore fumante de son travail de la matinée. Pour faire un livre distingué dans son siècle, son premier .soin avait été de chercher ou quelque vérité nouvelle îi mettre au jour, ou quelque pensée hardie et neuve à produire- et à soutenir. Or, comme depuis deux mille ans les vérités nouvelles et fécondes sont induiment rares, il avait pris pour thèse le paradoxe qu'il a développé dans son livre de l'Fspril'\ Soit donc qu'à force de contention'' il se fût persuadé à lui-même ce qu'il voulait persuader aux autres, soit qu'il en fût encore à se débattre contre ses propres doutes et qu'il s'exerçât à les vaincre, nous nous amusions à lui voir jeter successivement sur le tapis les questions qui l'occupaient ou les difficultés dont il était en peine; et, après lui avoir donné quehiue temps le plaisir de les entendre discuter, nous l'engagions lui-même à se laisser aller au courant de nos entretiens. Alors il s'y livrait pleinement et avec chaleur, aussi simple, aussi naturel, aussi naïvement sincère dans ce commerce familier que vous le voyez systématique et sophistique dans ses ouvrages. Rien ne ressemble moins à l'ingénuité de son caractère et de sa vie habituelle que la singularité préméditée et factice de ses écrits; et cette dissemblance se trouvera toujours entre les mœurs et les opinions de ceux qui se fatiguent à penser des choses étranges. Helvétius avait dans l'âme tout le contraire de ce qu'il a dit. Il n'y avait pas uu meilleur homme : libéral, généreux sans faste, et bienfaisant parce quil était bon, il imagina de calom-

1. La cour du roi Stanislas. arbitre, fondait la morale sur l'intérêt

2. Produire. Même sens que mcllre Ces idées n'étaient point neuves; mais au jour. . il les exprimait sans ménagement.

3. Helvétius, dans ce livre, rame- 4. Conleiilioii. Forte application de nait l'tiomme à l'animal, niait le libre l'esprit.

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