SEDAINE
M. VAiNDERK PÈRE. — Ce n'est pas un temple', ce n'est pas une seule nation qu'il sert; il les sert toutes et en est servi : c'est l'homme de l'univers.
M. Vanderk fils.- — Cela peut être vrai; mais enfin en luimême qu'a-t-il de respectable?
M. Vanderk père. — De respectable! ce qui légitime dans un gentilhomme les droits de la naissance, ce qui fait la base de ses titres, la droiture, l'honneur, la probité.
M. Vanderk fils. — Votre conduite, mon père...
M. Vanderk pèhe. — Quelques particuliers audacieux.'^ font armer^ les rois, la guerre s'allume, tout s'embrase, l'Europe est divisée; mais ce négociant anglais, hollandais, russe ou chinois, n'en est pas moins l'ami de mon cœur; nous sommes sur la superficie de la terre autant de fils de soie qui lient ensemble les nations et les ramènent à la paix par la nécessité du commerce; voilà, mon fils, ce que c'est qu'un honnête négociant.
M. Vanderk FILS. — Elle gentilhomme donc, et le militaire?
M, Vanderk père. — Je ne connais que deux états audessus du commerçant (en supposant encore qu'il y ait quelque ditïérence entre ceux qui font le mieux qu'ils peuvent dans le rang où le ciel les a placés), je ne connais que deux états, le magistrat qui fait parler les lois et le guerrier qui défend la patrie.
M. Vanderk fils. — Je suis donc gentilhomme!
M. Vanderk père. — Oui, mon fils; il est peu de bonnes maisons auxquelles vous ne teniez et qui ne tiennent à vous.
M. Vanderk fils. — Pourquoi donc me lavoir caché?
M. Vanderk père. — Par une prudence peut-être inutile; j'ai craint que l'orgueil d'un grand nom ne devînt le germe de vos vertus ; j'ai désiré que vous les tinssiez de vous-même. Je vous ai épargné jusqu'à cet instant les réflexions que vous venez de faire, réfiexions qui, dans un âge moins avancé, se seraient produites avec plus d'amertume.
[Le Philosophe sans le savoir^ acte II, scènes m et iv.)
1. Un temple. Telle ou telle religion 3. Foiil armer. Quandlesvevbes faire, particulière. laisser, etc., se construisent avec l'inti-
2. ^«r/«rfe/u'. Pris en mauvaise part. nitif d'un verbe pronominal, le pronosn comme l'est souvent audace. s'omet.
Le tliéàtrc rcpréseiile uue rue de Séville où toutes les croisées sout grillées.
Le comte, seul, en grand manteau brun et chapeau rabattu. Il lire sa montre, en se promenant. — Le jour est moins avant- é que je ne croyais. L'heure à laquelle elle' a coutume de se montrer derrière sa jalousie est encore éloignée. N'importe; il vaut mieux arriver trop tôt que de manquer l'instant de la voir. Si quelque aimable^ de la cour pouvait me deviner à cent lieues de Madrid, arrêté tous les malins sous les fenêtres d'une femme à qui je n'ai jamais parlé, il me prendrait pour un Espagnol du temps d'Isabelle. — Pourquoi non? Chacun court après le bonheur. Il est pour moi dans le cœur de Rosine. — Mais quoi! suivre une femme à Séville, quand Madrid et la cour offrent de toutes parts des plaisirs si faciles! — Et c'est cela même que je fuis. Je suis las des conquêtes que l'intérêt, la convenance ou la vanité nous présentent sans cesse. Il est si doux d'êire aimé pour soi-même ! n, si je pouvais m'assurer sous ce déguisement... Au diable 1 mportunl
FIGARO, LE COMTE, caché.
Figaro, une guilare sur le dos, attachée en bandoulière avec un large ruban : il chantonne gaiement, un papier et un crayon (i la main.
Bannissons le chagrin,
Il nous consume :
Sans le feu du bon vin, Qui nous rallume,