‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 216 sur 340 · D'une manière convenable. leurs · texte numérisé non relu

D'une manière convenable. leurs

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iiiiposanl, et par (iuoli|iio.s cures heureuses, iiiii lui avaient fail plus d'IiDinuMir (pi'il ne le inérilail.

Il uc niaïupiail pasdo prali(|ues, ni par conséquent de bien. 11 n'eu faisait pas toutefois meilleure chère : on vivait chez, lui très fruf;aienient. Nous ne nianj^ions d'ordinaire que des pois, des fèves, des pommes cuilos ou du fromage. Il disait cpie ces aliments étaient les plus convenables à l'estomac', comme étant les plus propres à la trituration, c'esl-à-dire à être broyés aisément. Néanmoins, bien qu'il les crût de facile digestion, il ne vmilait point qu'on s'en rassasiât; en quoi, certes, il se montrait fort raisonnable. Mais, s'il nous défondait, à la servante et à moi, de manger beaucoup, en n'-compense^ il nous permettait de boire de l'eau à discrétion. Bien loin de nous prescrire des bornes là-dessus, il nous disait quelquefois : « Buvez, mes enfants ; la santé consiste dans la souplesse et l'humectation des parties^ Buvez de l'eau abondamment; c'est un dissolvant universel ; l'eau fond tons les sels Le cours du sang est-il ralenti ? elle le précipite; est-il trop rapide? elle en arrête l'impétuosité. » Notre docteur était de si bonne foi sur cela, qu'il ne buvait jamais luimême que do l'eau, bien qu'il fût dans un âge avancé. Il d('!finissait la vieillesse une phtisie naturelle qui nous dessèche et nous consume; et sur' cette définition, il déplorait l'igno-. rance de ceux qui nomment le vin le lait des vieillards. Il soutenait que le vin les use et les détruit, et disait fort éloqumement que celte liqueur funeste est pour eux, comme pour tout le monde, un ami qui trahit et un plaisir qui trompe.

Malgré ces doctes raisonnements, après avoir été huit jours dans cette maison, il me prit un cours de ventre ^ et je commençai à sentir de grands maux d'estomac, que j'eus la témérité d'attribuer au dissolvant universel et à la mauvaise nourriture que je prenais. Je m'en plaignis à mon maître, dans la pensée qu'il pourrait se relâcher et me donner un peu de vin à mes repas ; mais il était trop ennemi de celte liqueur pour me l'accorder. « Quand lu auras formé ^

1. Conreiinhlcs il l'cslomac. CL p. liiO, 3. Prt/V/M. Les parties du corps.

n. 2. i. Swr. Selon, d'après. Cf. p. 22, n. 5.

2. Eli récompense. En revanche. Cf. 5. Cours de rentre. Diarrhée.

p. 188, n. 3. 6. Formé. Nous disons ^\\xlôi pris .

l'habitude de boire de l'eau, me dit-il, tu en connaîtras l'excellence ; au reste, poursuivit-il, si tu te sens quelque dégoût pour Teau pure, il y a des secours innocents' pour soutenir l'estomac contre la fadeur des boissons aqueuses : la sauge, par exemple, et la véronique leur donnent un goût délectable ; et, si tu veux les rendre encore plus délicieuses, tu n'as qu'à y mêler de la fleur d'œillet, du romarin ou du coquelicot. »

Il avait beau vanter l'eau et m'enseigner le secret d'en composer des breuvages exquis, j'en buvais avec tant de modération, que, s'en étant aperçu, il me dit : « Eh! vraiment, Gil Blas, je ne m'étonne point si tu ne jouis pas d'une parfaite santé; tu ne bois pas assez, mon ami. L'eau, prise en petite quantité, ne sert qu'à développer les parties^ de la bile, et qu'à leur donner plus d'activité, au lieu qu'il les faut noyer dans un délayant copieux. Ne crains pas, mon cher enfant, que l'abondance de l'eau affaiblisse ou refroidisse ton estomac; loin de toi cette terreur panique que tu te fais peut-être delà boisson fréquente! Jeté garantis l'événementS et, si tu ne me trouves pas bon pour t'en répondre, Celse'' même t'en sera garant. Cet oracle latin fait un éloge admirable de l'eau; ensuite il dit en termes exprès que ceux qui, pour boire du vin, s'excusent sur^ la faiblesse de leur estomac, font une injustice manifeste à ce viscère, et cherchent à couvrir leur sensualité. »

Comme j'aurais eu mauvaise grâce de me montrer indocile en entrant dans la carrière de la médecine, je fis semblant d'être persuadé qu'il avait raison; j'avouerai même que je le crus effectivement. Je continuai donc à boire de l'eau sur la garantie de Celse, ou plutôt je commençai à noyer la bile en buvant copieusement de cette liqueur; et, quoique de jour en jour je m'en sentisse plus incommodé, le préjugé l'emportait sur l'expérience. J'avais, comme l'on voit, une heureuse disposition à devenir médecin. Je ne pus pourtant résister toujours à la violence de mes maux, qui s'accrurent

1. /««orfH/,ç. Inoffensifs. J.-C; son livre le plus remarquable

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