Ecrivain latin du icr siècle après vieillie
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h un jtoinl (jne ji^ |)ris onliii la rcsDlulioii do sortir do chez le docItMir Sangrado. Mais il me chargea d'un nouvel emploi qui me lit changer de senliinent. « liicoute, me dit-il un jour, je ne suis point de ces maîtres durs et ingrats qui laissent vieillir leurs domestiques dans la servitude avant que de' les récomix'nser. Je suis conlimt de toi, je t'aime; el, sans attendre que lu m'aies servi plus longtemps, j'ai pris la résolution de faire la forliuu' dôs aujourd'hui : je veux tout h l'heure te de'couvrir le tin de l'art '^ salutaire que je professe de[>uis tant d'années. Les autres médecins en font consister la connaissance dans mille sciences pénibles; et moi, je prétends tahri'ger un chemin si long et l'épargner la peine d'étudier la physique, la pharmacie, la hotani{iue et l'anatomie. Saclie, mt»n ami, qu'il ne faut qiie saigner et boire de l'eau chaude : voilà le secret de guérir toutes les maladies du monde. Oui, ce simple secret que je te révèle, et que la nature, impénétrable à mes confrères, n'a pu dérober à mes observations, est renfermé dans ces deux points, dans la saignée et dans la boisson fré(}uente. Je n'ai plus rien à l'apprendre, tu sais la médecine à fond; et, profitant du fruit de ma longue expérience, lu deviens tout d'un coup aussi habile que moi. Tu peux, continua-t-il me soulager présentement; tu tiendras le malin notre registre, et l'aprèsmidi lu sortiras pour aller voir une partie de mes malades, 'i'andis que j'aurai soin de la nt)ble.sse el du clergé, tu iras pour moi dans les maisons du tiers état où l'on m'appellera; et, lorsque tu auras travaillé quelque temps, je te ferai agréger à notre corps. Tu es savant, Gil Blas, avant que d'être * médecin, au lieu que les autres sont longtemps médecins, et la plupart toute leur vie, avant que d'être'' savants. »
Je remerciai le docteur de m'avoir si promplement rendu capable de lui servir de substitut; et, pour reconnaître les bontés qu'il avait pour moi, je l'assurai que je suivrais toute ma vie ses opinions, quand même elles seraient contraires à celles d'Hippocrate. Cette assurance pourtant n'était pas tout à fait sincère. Je désapprouvais son sentiment'^ sur
1. Aidiit (/lie de. Cf. p. 24, n. 1. .3, i. Avant que il'étre. Cf. n. 1.
2. Le fin de l'art. Ce que l'arl a de 5. Snn sentiment. Son opinion. Cf. plus subtil. p. y, n. 3.
l'eau et je me proposais déboire du vin tous les jours en allant voir mes malades. Je pendis au croc une seconde fois mon habit brodé' pour en prendre un de mon maître et me donner l'air d'un médecin. Après quoi je me disposai à exercer la médecine au;f dépens de qui il appartiendrait. Je débutai par un alguazil'- qui avait une pleurésie; j'ordonnai qu'on le saignât sans miséricorde et qu'on ne lui plaignît point l'eau. J'entrai ensuite chez un pâtissier à qui la goutte faisait pousser de grands cris. Je ne ménageai pas plus son sang que celui de Talguazil, et j'ordonnai qu'on lui fît boire de l'eau de moment en moment. Je reçus douze réaux* pour mes ordonnances; ce qui me fit prendre tant de goût à la profession, que je ne demandai plus que plaies et bosses. En sortant de la maison du pâtissier, je rencontrai Fabrice*. 11 me regarda longtemps avec surprise; puis il se mit à rire de toute sa force en se tenant les eûtes. Ce n'était pas sans raison : j'avais un manteau qui traînait à terre, avec un pourpoint et un haut-de-chausses quatre fois plus longs et plus larges qu'il ne fallait. Je pouvais passer pour une figure originale'^ et grotesque. Je le laissai s'épanouir la rate, non sans être tenté de suivre son exemple ; mais je me contraignis pour garder le décorum dans la rue et mieux contrefaire le médecin, qui n'est pas un animal risible*^. Si mon air ridicule avait excité les ris de Fabrice, mon sérieux les redoubla; et, lorsqu'il s'en fut bien donné : « Vive Dieu! Gil Blas, me ditil, te voilà plaisamment équipé. Qui diable t'a déguisé de la sorte? — Tout beau, mon ami, lui répondis-je, tout beau; respecte un nouvel Hippocrate! Apprends que je suis le substitut du docteur Sangrado, qui est le plus fameux médecin de Valladolid. Je demeure chez lui depuis trois semaines. Il m'a montré la médecine à fond; et, comme il ne peut fournir'' à tous les malades qui le demandent, j'en vois une partie pour le soulager. 11 va dans les grandes maisons, et moi dans les petites. — Fort bien, reprit Fabrice, c'est-à-
1. Gil Blas avait été précédemment 4. Ancien ami de Gil Blas. valet. 5. Originale. Excentrique.
2. Algua:U. Agent de la police espa- 6. Risible. Doué de la faculté de rire, gnole. 7. Fournir. S'employait au sens de