‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 218 sur 340 · Réaiix. Cf. p. '29, n. 4. subvenir et de suffire · texte numérisé non relu

Réaiix. Cf. p. '29, n. 4. subvenir et de suffire

3r»2 i.h: V »■///<• siixi.E /'.i« i.Ks Ti:.\rt:s

dire qu'il raliamlonne losanij;(lu i)oii|)lo cl se ri'serve celui des pcrsonni's tic (|ualil(''. Je le félieile de Ion partage; il vaut miiMix avoir alVaii-o ;\ la populace qu'an grand monde. Vive un médecin de faubourg! s(!s Canles sont moins en vue et ses assassinats ne font |)oinL de bruit. Oui, mon enfant, ajoula-l-il, ton sort me paraît digne d'envie; el, pour parler comme Alexandre', si Je n"<''laispas Fabrice, Je voudrais être (îil Blas. ')

l'our faire voir au tils du barbier Nunez qu'il n'avait pas tort de vanter le bonheur de ma condition présente, je lui montrai les réaux'^ de l'ulguazil et du pâtissier; puis nous entrAmes dans un cabaret pour en boire une partie. On nous apporta d'assez bon vin, que l'envie d'en^ goûter me (il trouver encore meilleur qu'il n'était. J'en bus à longs traits; et, n'en déplaise à l'oracle latin*, à mesure que j'en versais dans mon estomac, je sentais que ce viscère ne me savait pas mauvais gré des injustices que je lui faisais. Nous demeurâmes longtemps dans ce cabaret, Fabrice et moi; nous y rîmes bien aux dépens de nos maîtres, comme cela se pratique entre valets. Ensuite, voyant que la nuit approchait, nous nous séparâmes, après nous être mutuellement promis que le jour suivant, dans l'après-dînée, nous nous retrouverions au même lieu.

[Ibid., livre II, chap, iii.j

GIL BLAS CHEZ l'aUCIIEVÈQUE DE GRENADE

Le jour suivant, monseigneur me fil appeler de bon matin. C'était pour me donner une homélie^ à transcrire. Mais il me recommanda de la copier avec toute l'exactitude possible. Je n'y manquai pas; je n'oubliai ni accent, ni point, ni virgule. Aussi la joie qu'il en témoigna fut mêlée de surprise. <( Père éternel! s'écria-t-il avec transport lorsqu'il eut parcouru des yeux tous les feuillets de ma copie, vit-on jamais rien de plus correct? Vous êtes trop bon copiste pour n'être

1. On connaît son mot : te Si je n'é- 3. D'en goftlcr. En représente ici, non fais par Alexandre, je voudrais être pas d'asse:- bon vin, mais dn vin. Diogène. >• i. Celse. Cf. p. 320, n. 4.

2. 7{('rtH.r. Cf. p. 29, n. i. 5. //o/Héi(>. Sermon familier.

pas grammairien. Parlez-moi confidemment, mon ami; n'avez-vous rien trouvé en écrivant qui vous ait choqué? Quelque négligence dans le st3de, ou quelque terme impropre? Cela peut fort bien m'étre échappé dans le feu de la composition. — Oh! monseigneur, lui répondis-je d'un air modeste, je ne suis point assez éclairé pour faire des observations critiques; et, quand je le serais, je suis persuadé que les ouvrages de Votre Grandeur braveraient ma censure. » Le prélat sourit de ma réponse. 11 ne répliqua point; mais il me laissa voir, au travers de toute sa piété, qu'il n'était pas auteur impunément.

J'achevai de gagner ses bonnes grâces par celte flatterie. Un soir il répéta devant moi avec enthousiasme, dans son cabinet, une homélie' qu'il devait prononcer le lendemain dans la cathédrale. Il ne se contenta pas de me demander ce que j'en pensais en général, il m'obligea de lui dire les endroits qui m'avaient le plus frappé. J'eus le bonheur de lui citer ceux qu'il estimait davantage^, ses morceaux favoris. Par là je passai dans son esprit pour un homme qui avait une connaissance délicate des vraies beautés d'un ouvrage. « Voilà, s'écria-t-il, ce qu'on appelle avoir du goût et du sentiment! Va, mon ami, tu n'as pas, je t'assure, l'oreille béotienne^ » lin un mot il fut si content de moi, qu'il médit avec vivacité : « Sois, Gil Blas, sois désormais sans inquiétude sur ton sort, je me charge de t'en faire un ^ desptus agréables. Je t'aime; et, pour te le prouver, je te fais mon confident. »

Je n'eus pas sitôt entendu ces paroles, que je tombai aux pieds de Sa Grandeur, tout pénétré de reconnaissance. J'embrassai de bon cœur ses jambes cagneuses, et je me regardai comme un homme qui était en train de s'enrichir. « Oui, mon enfant, reprit l'archevêque, dont mon action avait interrompu le discours, je veux le rendre dépositaire de mes plus secrètes pensées. Ecoute avec attention ce que je vais te dire. Je me plais à prêcher. Le Seigneur bénit mes homélies", elles touchent les pécheurs, les font rentrer en

1. //owr/(>. Cf. p. 332, n. 5. 4. De t'en faire nii. En Teprésenle sort,

2. Davantage. Le comparatif pour le et non pas ton sort de plus haut. Cf. superlatif. Cf. p. 46, n. 2. p. 332, n. 3.

3. Les Béotiens passaient pour très 5. Homélies^ Cf. n. 1. obtus.

Page 1