‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 219 sur 340 · u 11^: VI7//-' sil-xLH v.\n i.hs textes · texte numérisé non relu

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eux-iiiiiuo ol recourir à la péiiilence. J'ai la satisfaction de voir un avare, ell'rayé des images que je |)résenle à sa cupidité, ouvrir ses trésors et les répandre d'une prodifj;ue main, d'arracher un volu])luenx aux plaisii-s, de leinplir d'ambitieux les ermitages, et d'ad'ermirdans son devoir une épouse ébranlée par un amant st'ducteur. Ces conversjons, qui sont fréquentes, devraient toutes seules m'exciter au travail. Néanmoins, je t'avouerai ma faildesse; je me propose en(;ore un autre prix, un prix ([ue la délicatesse de ma vertu me reproche inutilement; c'est l'est imc que le monde a pour les écrits lins et limés. L'honneur de passer pour un parfait orateur a des charmes pour moi. On trouve mes ouvrages également forts et délicats. Mais je voudrais hieu éviter le défaut des bons auteurs qui écrivent trop longtemps, et me sauver avec toute ma réputation.

« Ainsi, mon cherliii Blas, continua le pi'f'lal, j'exige une chose de ton zèle : quand tu t'apercevras (jue ma plume sentira la vieillesse, lorsque tu me verras baisser, ne manque pas de m'en avertir. .Je ne me lie point à moi là-dessus; mon amour-propre pourrait me séduire '. Celte remarque demande un esprit di'siutéressé. Je fais choix du tien, que je connais bon: je m'en rapporterai à ton jugement. — Grâces au ciel, lui dis-je, monseigneur, vous êtes encore fort éloigné de ce temps-là! De plus, un esprit de la trempe de celui de Votre Grandeur se conservera beaucoup mieux qu'un autre, ou, pour parler plus juste, vous serez toujours le même. Je vous regarde comme un autre cardinal Ximenès^ dont le génie supérieur, au lieu de s'affaiblir par les années^, semblait en recevoir de nouvelles forces. — Point de flatterie, interrompit-il, mon ami! Je sais que je puis tomber tout d'un coup. A mon âge, on commence à sentir les intirmit(''s, et les infirmités du corps altèrent l'esprit. Je te le répète, Gil Blas, dès que tu jugeras que ma tète s'affaiblira, donne-m'en aussitôt avis. Ne crains pas d'être franc et sincère; je recevrai cet avertissement comme une marque d'afTection pour moi. D'ailleurs, il y va de ton intérêt : si, par malheur pour

1. Séduire. Abuser; proprement, écar- 3. S'affaiblir par les années. Le verbe ter du droit chemin. pronominal se construisait souvent

2. Ministre de Charles-Quint. comme le verbe passif avec par.

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toi, il me revenait qu'on dît dans la ville que mes discours n'ont plus leur force ordinaire, et que je devrais me reposer, je te le déclare tout net, tu perdrais avec mon amitié la fortune que je t'ai promise. Tel serait le fruit de ta sotte discrétion. » Le patron cessa de parler en cet endroit pour entendre ma réponse, qui fut une promesse de faire ce qu'il souhaitait. Depuis ce moment-là il n'eut plus rien de caché pour moi; je devins son favori...

Dans le temps de ma plus grande faveur, nous eûmes une chaude alarme au palais épiscopal; l'archevêque tomba en apoplexie. On le secourut si promptement et on lui donna de si bons remèdes, que quelques jours après il n'y paraissait plus. Mais son esprit en reçut une rude atteinte. Je le remarquai bien dès la première homélie* qu'il composa. Je ne trouvai pas toutefois la différence qu'il y avait de celle-là aux autres assez sensible pour conclure que l'orateur commençait à baisser. J'attendis encore une homélie pour mieux savoir à quoi m'en tenir. Oh! pour celle-là, elle fut décisive. Tantôt le bon prélat se rebattait ^ tantôt il s'élevait trop haut ou descendait trop bas. C'était un discours diffus, une rhétorique de régent usé, une capucinade^

Je ne fus pas le seul qui y prit garde. La plupart des auditeurs, comme s'ils eussent été aussi gagés* pour l'examiner, se disaient tout bas les uns aux autres : « Voilà un sermon qui sent l'apoplexie. » Allons, monsieur l'arbitre des homélies^ me dis-jealorsà moi-même, préparez-yousàfaire votre office. Vous voyez que monseigneur tombe; vous devez l'en avertir, non seulement comme dépositaire de ses pensées, mais encore de peur que quelqu'un de ses amis ne fût' assez franc pour vous prévenir. En ce cas-là vous savez ce qu'il en arriverait; vous seriez biffé de son testament.

Après ces réflexions, j'en faisais d'autres toutes contraires. L'avertissement dont il s'agissait me paraissait délicat à donner; je jugeais qu'un auteur entêté de ses ouvrages

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