Il n'y avait rien de si ingrat. Au sens attention
où l'on ditd'une terre qu'elle est ingrate, 4. Cette indtistrie-lli. Cet artifice.
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llnsiiilo, c'était ma coilte à (jiii' j'av.iis rocours : ollc allait à merveille; mais je voulais bien ([n'elle allât mal, en laveur (l'une main nue <|tii se montrait en y retouchant et qui amenait nécessairement avec elle un bras rond, qu'on voyait pour le moins à demi, dans l'attitude où je le tenais alors.
Les petites choses que je vous dis là, au reste, ne sont petites que dans le récit ; car à les rapporter ce n'est rien : mais demande/.-en la valeur aux iiommes. Ce qu'il y a de vrai, c'est que, souvent, dans de pareilles occasions, avec la plus jolie physionomie du monde, vous n'êtes encore qu'aimal)le, vous ne faites que plaire; ajoutez-y seulement une main de plus, comme je viens de le dire, on ne vous résiste plus; vous êtes charmante.
[La Vie de Marianne, seconde partie.)
PO H nui l' DK MAOAMK DK MlUAN "
Ma bienfaitrice, que je ne vous ai pas encore nommée, s'appelait M™* de Miran; elle pouvait avoir cinquante ans. Quoiqu'elle eût été belle femme, elle avait quelque chose de si bon et de si raisonnable dans la physionomie, que cela avait dû nuire à ses charmes et les empêciier d'être aussi piquants qu'ils auraient dû l'être. Quand on a l'air si bon, on en paraît moins belle; un air de franchise et de bonté si dominant est tout à fait contraire à la coquetterie; il ne fait songer qu'au bon caractère d'une femme, et non pas à ses grâces; il rend la belle personne plus estimable, mais son visage plus indillerent; de sorte qu'on est plus content d'être avec elle que de la regarder.
U;t voilà, je pense, comme on avait été avec M™* de Miran; on ne prenait pas garde qu'elle était belle femme, mais seulement la meilleure femme du monde. Aussi, m'a-t-on dit, n'avait-elle guère fait d'amants, mais beaucoup d'amis, et même d'amies; ce que je n'ai point de peine à croire, vu
1. A qui. Cf. p. 341, n. 1. suile a pris de l'intérêt pour elle, puis
2. M""" de Miran a rencontré Ma- est devenue sa bienfaitrice. — C'est rianne dans l'église d'un couvent où la sans doute M™c de Lambert que peint jeune fille priait et pleurait, et tout de Marivaux sous le nom de M°>c je Miran.
celte innocence d'intention qu'on voyait en elle, vu cette mine simple, consolante et paisible qui devait rassurer l'amour-propre de ses compagnes, et la faisait plus ressembler à une confidente qu'à une rivale.
Les femmes ont le jugement sûr là-dessus. Leur propre envie de plaire leur apprend tout ce que vaut un visage de femme, quel qu'il soit, beau ou laid, il n'importe; ce qu'il a de mérite, fût-il imperceptible, elles l'y découvrent, et ne s'y fient pas' : mais il y a des beautés entre elles qu'elles ne craignent point; elles sentent fort bien que ce sont des beautés sans conséquence; et apparemment que c'était ainsi qu'elles avaient jugé de M"** de Miran.
Or, à cette physionomie plus louable que séduisante, à ces yeux qui demandaient plus d'amitié que d'amour, cette chère dame joignait une taille bien faite, et qui aurait été galante^ si M™" de Miran l'avait voulu, mais qui, faute de cela, n'avait jamais que des mouvements naturels et nécessaires, et tels qu'ils pouvaient pai'tir de l'àme du monde de la meilleure foi^
Quant à l'esprit, je crois qu'on n'avait jamais dit aussi'' qu'elle en manquât. C'était de ces esprits qui satisfont à tout sans se faire remarquer en rien; qui ne sont ni forts ni faibles, mais doux et sensés ; qu'on ne critique ni qu'on ne loue, mais qu'on écoute.
Fût-il question des choses les plus indifférentes, M""^ de Miran ne pensait à rien, ne disait rien qui ne se sentît de cette abondance de bonté qui faisait le fond de son caractère.
Et n'allez pas croire que ce fût une bonté sotte, aveugle, de ces bontés d'une âme faible et pusillanime, et qui paraissent risibles, même aux gens qui en profitent.
Non, la sienne était une vertu; c'était le sentiment d'un cœur excellent; c'était cette bonté proprement dite, qui tiendrait lieu de lumière, même aux personnes qui n'auraient point d'esprit, et qui, parce qu'elle est vraie bonté, veut avec scrupule être juste et raisonnable, et n'a plus envie de faire un bien, dès qu'il en arriverait un mal.
i. Ne .s'y fient pas. Se tiennent en 3. De la meilleure foi. La plus can-
garde contre ce mérite qui les offusque. dide.
2. Capable de provoquer l'amour. -i. Aussi. Non plus. Cf. p. 194, n. 2.
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s;i hoiili' iLiliirt'Ili', ;iu lieu (jiu' les f^lorieux ne clioqiiaicnl que sa raison et la sim|ilk'iti' de son taraclùre.
Klle panlonnail aux i;i'ands parleurs, et riail lionniMucul en ellc-mèine de l'enniii (piils lui dounaicul cl d(inl ils ne se doutaient pas.
Trouvait-elle des esprits hi/.arrcs, entêtés, qui n'eutendaieiil pas raison, elle prenait palicnce, et n'en était pas moins leur amie. KIi hien! c'étaient d'Iioiinêtes gens <pii avaient leurs petits défauts : chacun n'avait-il pas les siens? et voilà qui était lini. Tout ce qui n'était que faute de jugement, que petitesse d'esprit, bagatelle que cela avec elle; son bon cœur lie l'abandonnait i)our personne, ni pour les menteurs, qui lui faisaient pitié, ni pour les fripons, qui la scandalisaient sans la rebuter, pas même pour les ingrats, qu'elle ne comprenait pas. tille ne se refroidissait que pour les âmes malignes'; elle aurait pourtant servi lea personnes de cette espèce, mais à contre-cœur et sans goût; c'étaient là ses vrais méchants'^, les seuls qui étaient brouillés avec elle et contre qui elle avait une rancune secrète et naturelle qui Téloignait d'eux sans retour.
Une coquette qui voulait plaire à tous les hommes était plus mal dans son esprit ^ qu'une femme qui en aurait aimé quelques-uns plus* qu'il ne fallait; c'est qu'à son gré il y avait moins de mal à s'égarer qu'à vouloir égarer les autres; et elle aimait mieux qu'on manquât de sagesse que de caractères qu'on eût le co^ur faible que l'esprit impertinent et corrompu.
M°" de Miran avait plus de vertus morales que de chrétiennes, respectait plus les exercices de sa religion qu'elle n'y satisfaisait, honorait fort les dévots, sans songer à devenir dévote, aimait plus Dieu qu'elle ne le craignait, et concevait sa justice et sa bonté un peu à sa manière, et le tout avec plus de simplicité que de philosophie ; c'était son cœur, et non pas son esprit qui philosophait là-dessus.
1. Mulif/iies. Malveillantes, méchan- 5. Queli/ues-iins plus. Quelques-uns tes. Cf. p. 36, n. 7, de plus ; locution vieillie. Cf. p. 60, n. 2.
2. Sfs irais iiiéehanls. Les vrais rné- 5. Caruclère. Le mot, qui signifie chants à ses yeux. d'ordinaire fermeté, semble avoir ici le