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Etait plus mal jugée par elle. sens de bmilè

Telle était M"® de Miran, sur qui j'aurais encore bien des choses à^dire, mais à la fin, je serais trop longue ; et, si par hasard vous trouviez déjà que je l'ai été trop, songez que c'est ma bienfaitrice, et que je suis bien excusable de m'étre un peu oubliée dans le plaisir que j'ai eu de parler d'elle.

{Ibid., quatrième partie.)

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... Je lavais prié de se trouver au jardiu du Palais-Iloj-al. Il y (Hail avant moi. 11 vint m'emhrasser aussihit qu'il m'eut aperçu. 11 me tint serré longtemps entre ses hras, et je sentis mon visage mouillé de ses larmes. Je lui dis que je ne me présentais il lui qu'avec confusion, que la première chose dont je le conjurais était de m'apprendre s'il m'était encore permis de le regarder comme mon ami, après avoir mérité si justement de perdre son estime et son afîection^. Il me répondit du ton le plus tendre que rien n'était capable de le faire renoncer à cette qualité; que mes malheurs mêmes, et, si je lui permettais de le dire, mes fautes et mes désordres avaient redouldé sa tendresse pour moi; mais que c'était une tendresse mêlée de la plus vive douleur, telle qu'on la sent pour une personne chère qu'on voit toucher à sa perte sans pouvoir la secourir.

Nous nous assîmes sur un banc. « Hélas! lui dis-je avec un soupir parti du fond du cœur, votre compassion doit être excessive, mon cher Tiberge, si vous m'assurez qu'elle est égale à mes peines. J'ai honte de vous les laisser voir, car je confesse que la cause n'en est pas glorieuse; mais l'eiïet en est si triste, qu'il n'est pas besoin de m'aimer autant que vous faites pour en être attendri. » Il me demanda, comme une marque d'amitié, de lui raconter sans déguisement ce qui m'était arrivé depuis mon départ de Saint- Sulpice^ Je le satisfis; 'et, loin d'altérer quelque chose à la vérité', ou de diminuer mes fautes pour les faire trouver plus excu-

1 . Le chevalier des Grieux, amant il avait recommencé à vivre avec elle, de Manon, est réduit à la misère; il a 3. Le chevalier des Grieux avait écrit à un jeune prêtre, son ami, nommé passé quelque temps au séminaire de Tiberge, pour lui demander quelque as- Saint-Sulpice. pour s'y préparer âl'ésistance. tat ecclésiastique.

2. Son estime et son affection. Des 4. Altérer quelque chose ii lu vérité. Grieux n'avait pas suivi les conseils de Comme on dit changer quelque chose ii tel Tiberge ; après s'être séparé de Manon, ou tel fait. Cf. d'ailleurs p. 86, n. 3.

L'arrestation de Manon Lescaut.

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sahlcs. je lui parlai do ma passion avec loulr la f^rcc tpi't'llc Mrinspirail..lo la lui rcprc'sciilai comme un «le ces coups parliciiliris ihi ilcsliii,qui s'al tachent à la ruine d'un misérable, el lioiil il est aussi impossible à la vertu de se défendre (ju'il la été à la sagesse de les prévoir. Je lui lis une vive peinture de mes agitations, de mes craintes, du désespoir où j'étais deux heures avant que i]Q.^ le voir, et de celui dans lequel j'allais retomber si j'étais abandonné par mes amis aussi impitoyablement que par la fortune; enlin j'attendris tellement le bon Tiberge, que je le vis aussi afflige par la compassion que je l'étais par le sentiment de mes peines- Il ne se lassait point de m'embrasser et de m'exhorter à prendre du courage et de la consolation; mais, comme il supposait toujours qu'il fallait me séparer de Manon, je lui lis onlendre nettement que c'était cette séparation même ([ueje regardais comme la plus grande de mes infortunes, et que j'étais disposé à souffrir non seulement le dernier excès de la misère, mais la mort la pluscruelle, avant que de- recevoir un remède plus insupportable que tous mes maux ensemble.

« Expliquez-vous donc, me dit-il; quelle espèce de secours suis-je capable de vous donner, si vous vous révoltez contre toutes mes propositions? » Je n'osais lui déclarer que c'était de sa bourse que j'avais besoin. Il le comprit pourtant à la fln; et, m'ayanl confessé qu'il croyait m'entendre, il demeura quelque temps suspendu, avec l'air d'une personne qui balance. « Ne croyez pas , reprit-il bientôt , que ma rêverie^ vienne d'un refroidissement de zèle et d'amitié. Mais à quelle alternative me réduisez-vous, s'il faut que je vous refuse le seul secours que vous voulez accepter, ou que je blesse mon devoir* en vous l'accordant? car n'est-ce pas prendre part à votre désordre que vous y faire persévérer? Cependant, continua-t-il après avoir réfléchi un moment, je m'imagine que c'est peut-être l'état violent où l'indigence vous jette qui ne vous laisse pas assez de liberté pour choisir

1, 2. Aiaiil que de. Cf. p. 24, n. 1. 4. ()«[' je hlesse mon devoir. Blesser

3. /{rcenV. S'employait pour signifier s'emploie bien encore au sens figure';

l'état de quelqu'un qui s'absorbe dans mais nous ne dirions plus guère blesser

ses réflexions [rêver avait souvent le non devoir. Cf. plus bas violer Ions nos

st^-n? de réfléchir). demirs. qui a 1p même sens.

LABBÉ [>nh:VOST 351

le meilleur parti; il faut un esprit tranquille pour goûter la sagesse et la vérité. Je trouverai !e moyen de vous faire avoir quelque argent. Permettez-moi, mon cher chevalier, ajoutat-il en m'embrassant, d'y mettre seulement une condition ; c'est que vous m'apprendrez le lieu de votre demeure et que vous souffrirez (|ue je fasse du moins mes efforts pour vous ramener à la vertu, que je sais que vous aimez, et dont il n'y a que la violence de vos passions qui vous écarte. » Je lui accordai sincèrement tout ce qu'il souhaitait, et je le priai de plaindre la malignité' de mon sort, qui me faisait proûter si mal des conseils d'un ami si vertueux. 11 me mena aussitôt chez un banquier de sa connaissance, qui m'avança cent pistoles- sur son billet; car il n'était rien moins qu'en argent comptante J'ai déjà dit qu'il n'était pas riche. Son bénéfice' valait mille écus ; mais, comme c'était la première année qu'il le possédait, il n'avait encore rien touché du revenu : c'était sur les fruits^ futurs qu'il me faisait cette avance.

Je sentis tout le prix de sa générosité. J'en fus touché jusqu'au point de déplorer l'aveuglement d'un amour fatal qui me faisait violer tous les devoirs. La vertu eut assez de force pendant quelques moments pour s'élever dans mon cœur contre ma passion , et j'aperçus du moins, dans cet instant de lumière, la honte et l'indignité de mes chaînes. Mais ce combat fut léger et dura peu. La vue de Manon m'aurait fait précipiter'^ du ciel; et je m'étonnai, en me retrouvant près d'elle, que j'eusse pu" traiter un moment de honteuse une tendresse si juste pour un objet^ si charmant.

[Marion Lescaut.)

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