GENS DE LETTRES ET GRANDS
Il est une autre espèce d'avantage qu'ils [les gens de lettres] croient trouver dans ce commerce [le commerce des grands] ; c'estce qu'ils appellent considération, et qu'il ne faut pas confondre avec la réputation : celle-ci est principalement le fruit des talents ou du savoir-faire'; celle-là est attacbée au rang, à la place, aux ricbesses, ou en général au besoin qu'on a de ceux à qui on l'accorde...
Tous les bommes, quoi qu'en dise l'imbécillité, la flatterie ou l'orgueil, sont égaux par le droit de la nature : le principe de cette égalité se trouve dans le besoin qu'ils ont les uns des autres et dans la nécessité où ils sont de vivre en société. Mais l'égalité naturelle est en quelque manière détruite par une inégalité de condition, qui, en distinguant les rangs, prescrit à cbacun un certain ordre de devoirs extérieurs; je à\s, extérieurs, car les devoirs intérieurs et réels sont d'ailleurs parfaitement égaux pour tous, quoique d'une espèce différente, tin effet; pour ne parler que des états^ extrêmes, le souverain doit la justice au dernier de ses sujets aussi rigoureusement que celui-ci doit l'obéissance.
Trois cboses distinguent principalement les hommes : les talents de l'esprit, la naissance et la fortune. On ne doit point être étonné que je commence par les talents. C'est en elfet dans eux que consiste la vraie différence des hommes. Cependant, s'il était question de régler la supériorité sur ce qui contribue le plus au bonheur, sur ce qui nous rend plus
1. Savoir-faire. — Le mot a pris un signifie ici Tliabileté dans l'action. sim plus ou moins défavorable; il 2. Etals. Conditions sociales.