Fcrail ciunouir. Cf. p. 307, n
VAUVENARGUES 36 f
par ce qu'il sait. Ce n'est rien d'ignorer beaucoup de choses lorsqu'on est capable de les concevoir et qu'il ne manque que de les avoir apprises.
CLAZOMÈNE, OU LA VKRïU MALHEUREUSE*
Clazomène a eu l'expérience de toutes les misères de Thumanilé. Les maladies l'ont assie'gé dès son enfance, et l'ont sevré dans son printemps de tous les plaisirs de la, jeunesse. Né pour les grands déplaisirs-, il a eu de la hauteur et de l'ambition dans la pauvreté. Il- s'est vu dans ses disgrâces méconnu de ceux qu'il aimait. L'injure a flétri sa vertu ; et il a été offensé de ceux^ dont il ne pouvait prendre de vengeance. Ses talents, son travail continuel, son application à bien faire, n'ont pu fléchir la dureté de sa fortune. Sa sagesse n'a pu le garantir de faire des fautes irréparables. 11 a souffert le mal qu'il ne méritait pas et, celui que son imprudence lui a attiré. Lorsque la fortune a paru se lasser de le poursuivre, la mort s'est offerte à sa vue. Ses yeux se sont fermés à la fleur de son âge, et, quand l'espérance trop lente commençait à flatter'' sa peine, il a eu la douleur insupportable de ne pas laisser assez de bien pour payer ses dettes et n'a pu sauver sa vertu de cette tache. Si l'on cherche quelque raison d'une destinée si cruelle, on aura, je crois, de la peine à en '' trouver. Faut-il demander pourquoi des joueurs très habiles se ruinent au jeu, pendant que d'autres hommes y font leur fortune? ou pourquoi Ion voit des années qui n'ont ni printemps ni automne, où les fruits de Tannée sèchent dans leur fleur ? Toutefois qu'on ne pense pas que Clazomène eût voulu changer sa misère pour la prospérité des hommes faibles. La fortune peut se jouer de la sagesse des gens vertueux ; mais il ne lui appartient pas de fléchir'"' leur courage.
1. c'est son propre portrait que fait 3. De ceux. Par ceux. Cf. p. 25, n. 3. fait Vauvenargues sous le nom de Cla- 4. Flnlter. Consoler, adoucir, zomène. 5. En. Cf. p. 36, n. 3. Nous dirions