hlokt. Vin qui n'a pas encore fer- de grands airs
mente. 8. 11 s'agit du repas de midi.
soupe un peu grossière, mais bonne, saine, et chargée d'excellents légumes. On ne ricane point orgueilleusement de leur air gauche et de leurs compliments rustauds ; pour les mettre à leur aise, on s'y prête sans affectation. Ces complaisances ne leur échappent pas, ils y sont sensibles; et, voyant qu'on veut bien sortir pour eux de sa place, ils s'en tiennent d'autant plus volontiers dans' la leur. A diner, on amène les enfants-, et ils passent le reste de la journée à la vigne. Avec quelle joie ces bons villageois les voient arriver! « 0 bienheureux enfants ! disent-ils en les pressant dans leurs bras robustes, que le bon Dieu prolonge vos jours aux dépens des nôtres! ressemblez à vos père et mère, et soyez comme eux la bénédiction du pays! » Souvent, en songeant que la plupart de ces hommes ont porté les armes et savent manier l'épée et le mousquet aussi bien que la serpette et la houe, en voyant Julie au milieu d'eux, si charmante et si respectée, recevoir, elle et ses enfants, leurs touchantes acclamations, je me rappelle l'illustre et vertueuse Agrippine montrant son fils aux troupes de Germanicus^ Julie ! femme incomparable! vous exercez dans la simplicité de la vie privée le despotique empire de la sagesse et des bienfaits; vous êtes pour tout le pays un dépôt cher et sacré que chacun voudrait défendre et conserver au prix de son sang; vous vivez plus sûrement, plus honorablement, au milieu d'un peuple qui vous aime, que les rois entourés de leurs soldats.
Le soir, on revient gaiement tous ensemble. On nourrit et loge les ouvriers tout le temps de la vendange; et, même le dimanche, après le prêche du soir, on se rassemble avec eux et l'on danse jusqu'au souper. Les autres jours, on ne se sépare point non plus en rentrant au logis, hors le baron, qui ne soupe jamais et se couche de fort bonne heure, et Julie, qui monte avec ses enfants chez lui jusqu'à ce qu'il aille se coucher. A cela près, depuis le moment qu'on* prend le métier de vendangeur jusqu'à celui qu'on ^ le quitte, on ne
1. Dans lu leur. Construction archaï- 3. Son mari ; il s'agit de la première
que; nous disons ii la leur. Cf. p. 226, Agrippine.
n, 2. 4 et 5. Qu'on. Où l'on. — Cf. p. 40,
' 2. Ceux de .Julie. n. 2.
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iiirlc plus l;i \ir oiladiiic à la vir riisti(|ii('. Ces satiiriialcs ' sont hit'ii plus agréables ol plus sages (pic rollos des Honiains. Lo renvcrsonienl- qu'ils an'eclaioiil (Hail lro|) vain pouiinslriiirr le mailre ni^ l'esclave; mais la douce (';galil('' qui règne ici rétablit l'ordre de la nalure, forme une inslriiolion pour les uns, une consolation pour les autres, et un lien d'amitié pour tous.
Le lieu d'asseinl)lée est une salle ù rantiquc, avec une grande cbeniince où l'on fait bon feu. La pièce est ('clairée de trois lampes, auxquelles M. de Wolmar a seulement fait ajouter des capuchons de fer-blanc pour intercepter la fumée et réflécliir la lumière. Pour prévenir l'envie et les regrets, on tâche de ne rien étaler aux yeux de ces bonnes gens qu'ils ne puissent retrouver chez eux, de ne leur montrer d'autre opulence que le choix du bon dans les choses communes et un peu plus de largesse dans la distribution. Le souper est servi sur deux longues tables. Le luxe et l'appareil des festins n'y sont pas, mais l'abondance et la joie y sont. Tout le monde se met à table, maîtres, journaliers, domestiques; chacun se lève indifléremmenl pour servir, sans exclusion, sans préférence, et le service se fait toujours avec grâce et avec plaisir. On boit à discrétion ; la liberté n'a point d'autres bornes que l'honnêteté*. La présence de maîtres si respectés contient tout le monde, et n'empêche pas qu'on ne soit à son aise et gai. Que s'il arrive à quelqu'un de s'oublier, on ne trouble point la fête par des réprimandes, mais il est congédié sans rémission dès le lendemain.
[La Nouvelle Héloïse, cinquième partie, lettre VII.)