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DISCOURS SUR LA CONTRIBUTION DU QUART DES REVENUS

(24 septembre 17S9.)

Messieurs, au milieu de tant de débats tumultueux, ne pourrai-je donc pas vous ramener à la délibération du jour par un petit nombre de questions bien simples? Daignez, messieurs, daignez me répondre.

1. Cif/«/f«/w//s. Débats, querelles. . jiour chaque citoyen, d'un quart de ses

2. Necker, alin de se procurer des revenus. Elle hésitait; Mirabeau interressources nécessaires, avait proposé vint par le discours suivant, qui fut à l'Assemblée nationale la contribution, improvisé.

4iH l.t: \l7//o SirCI.H /'.!/( I.HS THMES

Le premier minisire des Jinances ne vous a-t-il pas oiïert' le tableau le plus ellrayanl de notre situation actuelle ?

^6 vous a-t-il pas dit que tout délai aggravait le péril? Qu'un jour, une heure, un instani pouvaient le rendre mortel? Avons-nous un plan à substituer à ce qu'il nous propose ?

{Oui, s'écrie quelqu'un dans l'Assemblée.)

Je conjure celui qui a dit oui de considérer que son plan n'est pas connu ; qu'il faut du temps pour le développer, l'examiner, le démontrer- ; que, fùt-il immédiatement soumis à notre délibération, son auteur a pu se tromper ; que, fùt-iP exempt de toute erreur, on peut croire qu'il' s'est trompé ; que, quand tout le monde a tort, tout le monde a raison ; qu'il se pourrait donc que l'auteur de cet autre projet, même en ayant raison, eût tort contre tout le monde, puisque, sans l'assentiment de l'opinion publique, le plus grand talent ne saurait triompher des circonstances.

Et moi aussi ^ je ne crois pas les moyens de M. Necker les meilleurs possibles ; mais le ciel me préserve, dans une situation si critique, d'opposer les miens aux siens. Vainement je les tiendrais pour préférables ; on ne rivalise pas en un instani avec une popularité prodigieuse, conquise par des services éclatanls, une longue expérience, la réputation du premier financier connu, et, s'il faut tout dire, des hasards, une destinée telle qu'elle n'échut en partage à aucun autre mortel.

Il faut donc en revenir au plan de M. Necker.

Mais avons-nous le temps de l'examiner, de sonder ses bases, de vérifier ses calculs ? Non, mille fois non.

D'insignifiantes questions, des conjectures hasardées, des tâtonnements infidèles S voilà tout ce qui, dans ce moment, est en notre pouvoir. Qu'allons-nous donc faire par la délibéi-ation ? Manquer le moment décisif, acharner' notre amour-propre à changer quelque chose à un ensemble que

1. O/TVr/. Mis sous les yeux. 5. Moi non i)lus. Cf. p. 190, ii. 2.

2. Le démontrer. Faire voir qu'il est • 6./«/'(/('/ev.Auxfiuelsonnepoutscfier. bon. Cf. p. 25, n. 1. 7. Acharner. Ce verbe n'est guère

3. 7-"m/-i7. Le plan. employé dans l'usage actuel que comme i. Qu'il. L'auteur du plan. pronominal.

nous n'avons pas même conçu, et diminuer, par notre intervention indiscrète, l'influence d'un ministre dont le crédit financier- est et doit être plus grand que le nôtre.

Messieurs, certainement il n'y a là ni sagesse ni prévoyance ; mais du moins y a-t-il de la bonne foi?... Oh 1 si des déclarations solennelles ne garantissaient pas notre respect pour la foi publique*, notre horreur pour l'infâme mot de banqueroute, j'oserais scruter les motifs secrets, et peut-être, hélas! ignorés de nous-mêmes, qui nous font si imprudemment reculer au moment de proclamer l'acte d'un grand dévouement, certainement inefficace s'il n'est pas rapide et vraiment abandonné^. Je dirais à ceux qui se familiarisent peut-être avec l'idée de manquer aux engagements publics, par la crainte de l'excès des sacrifices, par la terreur de l'impôt : Qu'est-ce donc que la banqueroute, si ce n'est le plus cruel, le plus inique, le plus inégal, le plus désastreux des impôts?

Mes amis, écoutez un mot, un seul mot.

Deux siècles de déprédations et de brigandages ont creusé le gouffre où le royaume est près de s'engloutir. Il faut le combler, ce gouflre effroyable 1 Eh bien ! voici la liste des propriétaires français. Choisissez parmi les plus riches afin de sacrifier moins de citoyens; mais choisissez, car ne faut-il pas qu'un petit nombre périsse pour sauver la masse du peuple?

Allons, ces deux mille notables possèdent de quoi combler le déficit. Ramenez l'ordre dans vos finances, la paix et la prospérité dans le royaume... Frappez, immolez sans pitié ces tristes victimes ! précipitez-les dans l'abîme ! 11 va se refermer... Vous reculez d'horreur... Hommesinconséquents! Hommes pusillanimes! Eh! ne voyez-vous donc pas qu'en décrétant la banqueroute, ou, ce qui est plus odieux encore, en la rendant inévitable sans la décréter, vous vous souillez d'un acte mille fois plus criminel, et, chose inconcevable, gratuitement criminel ? Car enfin cet horrible sacrifice ferait du moins disparaître le déficit. Mais croyez-vous, parce que vous n'aurez pas payé, que vous ne devrez plus rien ?

1. La foi pii/iliijue.'Ls^ prohUé de l'E- 2. Abandonné. Fail SiVec 3Lha.adon.

tat à l'égard de ses créanciers.

LE XVme SIÈCLE PAR LES TEXTES 29

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Croyoz-vous que los milliers, les millions d'hommes qui perdront (Ml un inslanl par l'explosion terrible du par ses conlrc»con|)s tout ee qui Taisait la consolation dn leur vie, et |)eutétre leur unique moyen de la sustenter, vous laisseront paisiblement jouir de votre crime?

Cont(Miiplateiirs stoiques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France, impassibles égoïstes qui pensez que ces convulsions du désespoir et de la misère passeront, comme tani d'autres, etd'autant |)lus rapidement qu'elles soi-ont |)liis violentes, ètes-vous bien sTirs (|ue tanI d'hommes sans pain vous laisseront traM(|uiiI('meut savourer les mets dont vous n'aurez voulu diminuer ni le nombre ni la délicatesse ? Non, vous périrez... et, dans la conllagration universelle que vous ne frémissez pas d'allumer, la perte de votre honneur ne sauvera pas une seule de vos détestables jouissances.

Yoilà où nous marchons... J'entends parler de patriotisme, d'élans de patriotisme, d'évocation de patriotisme. Ah ! ne prostituez pas ces mots de patrie et de patriotisme. Il est donc bien magnanime, l'eUort de donner une partie de son revenu pour sauver tout ce (pi'on [tossèdc! Eh! messieurs, ce n'est là que de la simple arithmétique, et celui qui hésitera ne peut désarmer l'indignation que par le mépris que peut inspirer sa stupidité. Oui, messieurs, c'est la prudence la plus ordinaire, la sagesse la plus triviale, c'est votre intérêt le plus grossier que j'invoque.

Je ne vous dis plus, comme autrefois : Donnerez-vous les premiers aux nations le spectacle d'un |)euple assemblé pour manquer à la foi publique'? Je ne vous dis plus : Eh ! quels litres avez-vous a la liberté, quels moyens resteront pour la maintenir, si dès votre premier pas vous surpassez les turpitudes des gouvernements les plus corrompus, si le besoin de votre concours et de votre surveillance n'est pas le garant de votre Constitution? Je vous dis : Vous serez tous entraînés dans la ruine universelle, et les premiers intéressés au sacrilice que le gouvernement vous demande, c'est vousmêmes.

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